Charlie Hebdo: le parcours vers le "jihad" de deux frères français

Les assaillants à Charlie Hebdo: des frères très connus des services de police
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Les assaillants à Charlie Hebdo: des frères très connus des services de police - © Tous droits réservés

Les deux principaux suspects de la tuerie intervenue mercredi dans les bureaux de l'hebdomadaire Charlie Hebdo sont connus: deux frères, de nationalité française et originaires de la région parisienne, qui auraient déjà été impliqués dans des dossiers "islamistes". Saïd et Chérif Kouachi sont âgés respectivement de 34 et 32 ans.

L'un des deux a déjà séjourné en prison (condamné à 3 ans dont 18 mois de sursis) pour avoir voulu rejoindre les jihadistes en Irak. Il s'agit de Chérif Kouachi, un jihadiste connu des services antiterroristes. Il a été arrêté en 2005 et condamné en 2008 pour avoir participé à la bande des Buttes-Chaumont, une filière d'envoi de combattants en Irak, où ils rejoignaient les rangs de la branche irakienne d'Al-Qaïda, dirigée à l'époque par Abou Moussab al-Zarkaoui.

Passé de jihadiste

D'après le journal Le Monde, Chérif Kouachi aurait rencontré les autres membres de la bande au collège, dans le 19ème arrondissement de Paris. Chérif Kouachi aurait déjà témoigné, à l'époque, de sa volonté de réaliser des actions violentes, comme un attentat-suicide.

Il a ensuite été soupçonné d'avoir projeté l'évasion Smaïn Belkacem, un des cerveaux des attentats de 1995 à Paris. Il a bénéficié d'un non lieu dans ce dossier.

C'est à ce moment-là que les services antiterroristes ont vu apparaitre son frère Saïd au cours d'une surveillance, précise France Info. Saïd Kouachi, n'a, lui, jamais été condamné, même si, à l'époque de l'arrestation de Chérif, il avait été soupçonné de faire partie de la même organisation islamiste.

Le plus âgé des deux frères aurait laissé sa carte d'identité dans la voiture utilisée pour l'attaque: c'est ainsi que les services de sécurité l'auraient identifié.

Les deux hommes étaient bien suivis, précise Premier ministre français, Manuel Valls. L'un comme l'autre étaient fichés à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ainsi qu'à la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP).

Regardez cette émission diffusée sur FR3 en 2005: on y explique le dossier impliquant la "bande des Buttes-Chaumont". Chérif Kouachi y apparaît après une heure (à 1h05' précisément) de vidéo:

Des enfants "sans perspective"

Nés à Paris, orphelins, leur jeunesse s'est déroulée dans un foyer d'accueil, comme leurs trois frères et soeurs. A l'époque de l'arrestation du plus jeune, ils vivaient de petits boulots, mais également de toutes sortes de trafics et de vols. Chérif a été éducateur sportif, puis livreur de pizza. Après un virage religieux soudain, à l'époque de l'invasion de l'Irak par les forces américaines, il rencontre un certain Farid Benyettou dans une mosquée y effectue des prêches et recrute. C'est la naissance de la filière dite des Buttes-Chaumont.

Son frère et lui sont dépeints par leur avocat de l'époque, Vincent Olivier, comme des "enfants qui ont été abandonnés très jeunes, qui ont passé leur enfance en foyer et qui a l’âge de 21, 22 ans, n’avaient aucune perspective ni sociale, ni professionnelle". "Je pense qu’a cette époque la, ils ont trouvé l’impression d’intégrer une famille, d’avoir un but dans la vie. Mais lorsque j’ai retrouvé monsieur (Chérif) Kouachi au sortir de sa garde à vue, la première chose qu’il m’a dite, c’est qu’il était soulagé d’avoir été arrêté parce qu’il ne voulait pas partir mais qu’il avait peur, s’il se dérobait à ses engagements, d’être considéré comme un lâche".

Un lycéen suspect à Charleville

Le troisième suspect, Mourad Hamid, serait le beau-frère de Chérif Kouachi. Se sachant recherché, il s'est présenté spontanément vers 23h mercredi à la police de Charleville-Mézières dans le département des Ardennes.

Âgé de 18 ans, il est soupçonné d'avoir aidé les deux tireurs en jouant le rôle de "logisticien qui aurait pu faire soit des repérages, soit en aidant les assaillants dans leur fuite", d'après les informations disponibles. Il aurait été en contact avec les deux frères, sans être forcément sur place, soit en amont en faisant du repérage, soit juste après l'attaque pour faciliter la fuite des deux tueurs. Il était inscrit en terminale dans un lycée de Reims. Mais certains témoignages de condisciples attestent de sa présence mercredi en classe. Aucune charge n'a finalement été retenue contre lui.

Quelles relations avec les jihadistes étrangers?

Selon Didier François, spécialiste des questions de défense d'Europe 1, ce sont des personnes "très connues des services spécialisés", âgés d'une trentaine d'années et "loin du profil des jeunes paumés recrutés en quelques clics sur internet". Ils ont débuté leur carrière de jihadiste il y a un peu plus de 10 ans "un peu une éternité", précise le spécialiste.

Sur France Info, le politologue Gilles Kepel, spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain, estime, quant à lui, qu'il existe une réelle ressemblance entre le type d’action menée à Paris mercredi et "ce que l’ont voit sur les vidéos diffusées par Daech sur les jeunes européens partant sur le front en Irak et en Syrie".

Enquête dans l'entourage

La police française a publié les photos de ces deux frères, et lancé un appel à témoins. Ces personnes sont "susceptibles d'être armées et dangereuses", a prévenu la préfecture de police de Paris, précisant qu'ils "font l'objet de mandats de recherche".

Selon une source proche du dossier, sept gardes à vue sont intervenues dans la nuit de mercredi dans l'entourage des deux frères. Les personnes interpellées sont entendues par les enquêteurs. Ces derniers peuvent les retenir pendant 36 heures: c'est la règle dans les dossiers de terrorisme.

Chérif Kouachi vivait à Reims, ainsi que Saïd. C'est dans l'appartement de ce dernier que les forces du GIGN sont intervenues ce mercredi pendant la nuit.

RTBF

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