Les accords de Minsk: un verre à moitié plein

Il y a un an, les représentants de l'Ukraine, des séparatistes pro-russes et de la Russie signaient les accords de Minsk 2. Il s'agissait de réinstaller un cessez-le-feu, et d'essayer à nouveau de mettre fin aux affrontements. Ils ont fait près de 7000 morts dans l'Est de l'Ukraine depuis l’auto-proclamation d'indépendance des deux républiques de Lougansk et Donestk au printemps 2014. Aujourd'hui le cessez-le-feu tient globalement, même si, jour après jour, des tirs sont entendus, des incidents se produisent, parfois mortels. Récemment les inspecteurs de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) s'inquiétaient d'une nouvelle escalade. Ces inspecteurs sont chargés de contrôler la bonne application des accords de Minsk. Ils ne sont pas toujours bienvenus sur le terrain.

Mais tout le monde semble admettre que le cessez-le-feu tient globalement. Une partie seulement du volet militaire des accords de Minsk a été exécutée. Les forces gouvernementales et les séparatistes pro-russes ont retiré les armes lourdes, de manière à créer une zone tampon de 50 kilomètres au moins. Mais chaque camp retient encore des prisonniers. Les populations souffrent, dans la "zone grise" ou dans les territoires passés sous le contrôle des séparatistes: ils n'ont plus accès au réseau bancaire ukrainien, ni à leurs retraites et autres allocations. L'accès à l'eau n'est pas garanti.

Paralysie à Kiev

Les accords de Minsk contiennent aussi un volet politique, et c'est à ce niveau que le processus est bloqué. Parce que le contexte politique à Kiev n'y est pas favorable. Les accords de Minsk prévoient qu'un statut spécial sera accordé aux régions de lougansk et Donetsk. Cette réforme doit être inscrite dans la Constitution et il faut y organiser des élections. Ensuite interviendra la dernière phase du volet militaire : Kiev doit récupérer le contrôle sur sa frontière Est, par où des matériels et des "volontaires" russes circulent. Les groupes armés illégaux devront enfin être démantelés.

Jusqu'ici, le statut spécial des régions de Donetsk et Lougansk a été voté (en septembre 2014). Mais le président Porochenko et son gouvernement ne sont pas parvenus à l'inscrire dans la réforme constitutionnelle. Pour un grand nombre d'Ukrainiens, en particulier la mouvance nationaliste et populiste, donner plus d'autonomie aux combattants séparatistes soutenus par la Russie, c'est impensable. Pas question de faire de cadeau à celui qui est perçu soit comme un ennemi, soit comme une créature de l'ennemi russe.

En août, lors du vote en première lecture de la réforme constitutionnelle, les nationalistes et l'extrême droite ont manifesté devant le parlement. Deux personnes ont été tuées. Le Parti Radical a quitté la coalition gouvernementale. Le vote en deuxième lecture de la réforme constitutionnelle a été reporté. Car pour ce vote, il faut rassembler deux tiers des voix. Le président Porochenko n'est pas sûr d'encore pouvoir les obtenir. Le président, le Premier ministre Arseni Iatseniouk et le gouvernement sont affaiblis, divisés, discrédités. Pas seulement à cause de cette crise politique et militaire du Donbass, mais aussi parce que, deux ans après les espoirs et les martyrs du Soulèvement du Maïdan, les lendemains sont amers. Sur le plan économique, et sur le plan des réformes de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, la situation ne s'améliore pas. Même le Fond Monétaire International s'impatiente devant les lenteurs de Kiev. Le 10 février, dans un communiqué, la directrice générale du FMI Christine Lagarde a laissé planer la menace de suspendre le programme de prêts à l'Ukraine. Kiev a reçu environ un tiers des 17,5 milliards de dollars promis, en échange de réformes drastiques et souvent impopulaires. 

Vers une levée des sanctions décrétées contre la Russie?

Côté ukrainien, le contexte politique ne se prête donc pas à une pleine application des accords de Minsk. Pour la Russie, avoir à ses frontières une Ukraine affaiblie, punie parce qu'elle a voulu se rattacher au monde occidental est une revanche coûteuse. Elle a peut-être du sens pour les nationalistes qui rêvent de la Novorossia, ces territoires qui faisaient partie de l'ancienne Russie tsariste. Mais la Russie souffre des sanctions décrétées par les Occidentaux à cause de l'annexion de la Crimée et pour cause de soutien miliaire aux séparatistes du Donbass. Sans le crier très haut, Moscou espère la levée des sanctions, comme la France, et les États-Unis l'ont laissé miroiter.

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