Les 100 jours d'administration Biden, la politique des grandes enjambées

La date tant attendue des 100 jours d’administration Biden est à nos portes. Une échéance toute symbolique. Elle ne correspond à aucun prescrit légal, encore moins constitutionnel. Il s’agit d’une tradition. Elle a été initiée par Franklin D. Roosevelt, en 1933, quand il s’est lancé dans le New Deal, pour contrer les effets de la grande dépression. Une borne posée pour mettre en avant toute une série de mesures prises dès l’entrée en fonction.

De nombreux commentateurs comparent d’ailleurs les deux présidents arrivés en pleine tourmente. Deux présidents qui ont aussi décidé de remédier à une crise profonde en mettant leur pays sur le cap du changement. Et Joe Biden a, dès sa prestation de serment, annoncé que tout trancherait par rapport au mandant précédent. Tant le style que la nature des mesures entreprises. En 100 jours, il a parcouru déjà une certaine distance à grandes enjambées. Petit tour d’horizon.

La crise du Covid-19

La pandémie de coronavirus était sans nul doute le chantier sur lequel tout le monde attendait le nouveau président. Dès avant son investiture et dans les toutes premières heures de son mandat, Joe Biden a lancé plusieurs mesures. L’obligation du port du masque dans les lieux publics et le lancement d’un grand programme de vaccination.

Je réitère mon appel à chaque gouverneur, maire et dirigeant local pour qu’ils maintiennent et rétablissent l’obligation du port du masque. S’il vous plaît, ce n’est pas de la politique. Rétablissez l’obligation si vous l’avez laissé tomber, et les entreprises devraient également exiger des masques. Ne pas prendre ce virus au sérieux est précisément ce qui nous a mis dans ce pétrin tout au début

Il a annoncé que pour le 100e jour de sa présidence, 100 millions de vaccinations auraient été pratiquées. Un objectif qu’il a annoncé comme accompli dès le 58e jour. C’est l’une des vertus que lui trouve Elaine Kamarck, analyste politique à Brookings Institution : "Il est en très bonne forme parce qu’il a appris une leçon très importante que tous les politiciens n’apprennent pas, qui est de promettre peu et de surpasser les attentes".

Les sondages réalisés confirment d’ailleurs ce commentaire. Selon YouGov72% des Américains ont une opinion favorable par rapport à la gestion de la pandémie par l’administration Biden.

Plans de relance près de 4200 milliards de dollars sur la table

Quelques semaines après l’investiture, Joe Biden a lancé un plan de soutien de l’économie de 1900 milliards de dollars. Celui-ci s’est présenté comme une première aide destinée aux foyers américains touchés par la crise et par les restrictions sous la forme d’un chèque de 1400 dollars.


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Un second plan a été élaboré pour moderniser les infrastructures du pays. Des routes aux ponts, des écoles aux transports publics, en tout, l’administration Biden se propose d’investir 2300 milliards de dollars en vue de rénover le pays. Un moyen aussi de relancer l’activité économique et de faire circuler l’argent.

Un plan concernant la santé est aussi dans les cartons de la présidence. Il serait chiffré à près de 1000 milliards de dollars.

En tout, c’est 20% du PIB américain qui ont été votés en nouvelles dépenses publiques.

La question qui fâche, celle de la migration

Tout au long de sa campagne électorale, Joe Biden avait promis une politique migratoire plus humaine que celle de son prédécesseur. Il s’est retrouvé confronté à des arrivées massives à la frontière mexicaine et une gestion encore compliquée par la crise sanitaire. Le sondage de YouGov ne lui accorde que 43% d’opinions favorables dans sa gestion du dossier. Pour ABC et l Washington Post, celles-ci s’effondrent à 37%. C’est sans nul doute le point noir des 100 premiers jours de la nouvelle administration.

A l’international, le sommet du climat

America is back ! L’Amérique est de retour ! C’était l’un des objectifs que s’était fixés Joe Biden dès le départ de Donald Trump. Revenir dans l’accord climat quitté avec fracas par le précédent occupant de la Maison Blanche. Cela s’est concrétisé par l’organisation d’un sommet à distance pour le climat. Il a dévoilé lors de ce dernier les nouveaux objectifs des Etats-Unis. Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% à 52% d’ici 2030 par rapport à 2005. Jusque-là, l’engagement des Etats-Unis était de diminuer les émissions de 26 à 28% d’ici 2025. L’effort est donc presque doublé.


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D’autres pays, comme le Japon, le Royaume-Uni et le Canada ont également annoncé des ambitions accrues sur la voie de la réduction des émissions polluantes et d’une neutralité carbone pour 2050.

Dans le même temps, les Etats-Unis ont rejoint l’Organisation Mondiale de la Santé, la construction du mur-frontière avec le Mexique a été arrêtée et les restrictions de voyage pour les ressortissants de pays majoritairement musulmans ont été levées.

Retour de la diplomatie américaine mais fermeté de ton

Joe Biden se savait attendu sur la scène internationale. Il a fait preuve de fermeté avant même que de nouveaux dossiers ne viennent s’imposer à lui. C’est ce que souligne le politologue américain Larry Sabato du Center for Politics de l’Université de Virginie : "Il est présent depuis longtemps. Il sait qu’inévitablement la Russie, la Chine en particulier et d’autres, testeront un nouveau président avec une crise ou une confrontation imprévue au début de la présidence. Et je pense que Biden a décidé d’anticiper cela et de se déplacer sur l’échiquier avant les autres puissances, il leur a envoyé un message indiquant qu’il y a un nouveau leadership ici".

Il s’est montré ferme à l’égard de Vladimir Poutine sur divers dossiers comme l’Ukraine, le sort du dissident russe Navalny ou encore la cyber-hostilité de la Russie à l’égard des Etats-Unis. Il y a eu des sanctions de tous types allant jusqu’à l’expulsion de diplomates des deux bords. Mais il a aussi œuvré à la tenue d’un sommet Russie-USA qui pourrait bien avoir lieu au mois de juin.


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Du côté chinois, Joe Biden a manié le fleuret moucheté en déclarant à propos de son homologue Xi-Jinping: 

Il n’y a pas une once de démocratie en lui

Il a aussi multiplié les démarches visant à soutenir Taïwan dans ses démêlés avec Pékin tout en maintenant une ligne dure vis-à-vis de la capitale chinoise, notamment en ce qui concerne les Droits Humains.

Trump reste en embuscade

Joe Biden ne mentionne pas souvent son prédécesseur par son nom. "L’autre gars", Donald Trump l’observe depuis son club de golf de Mar a Lago. Il garde une influence importante au sein du parti républicain et pourrait se profiler aux élections de mi-mandat en 2022 et, qui sait, pour les présidentielles de 2024. Les 100 jours de Joe Biden seront aussi l’objet de toutes les attentions de Donald Trump.

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