Législatives turques: Erdogan à la course aux voix en Belgique

Législatives turques: Erdogan à la course aux voix en Belgique
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Le président turc Recep Erdogan était en Belgique dimanche. Son meeting à Hasselt fut un véritable succès de foule, l'ambiance dans la salle était surchauffée. Pourquoi a-t-il choisi de venir en Belgique?

Hasselt n'est pas un mauvais choix, à la veille d'élections en Turquie. La commune est à deux doigts de la frontière avec les Pays-Bas; elle se trouve à côté de l’Allemagne. Un peu plus loin, il y a la France. Dimanche, il y aurait même eu des Turcs qui venaient de Suisse. L’endroit était donc bon pour avoir du public.

La date du 10 mai est également importante. Dans un mois, des élections législatives auront lieu en Turquie et les sondages ne sont pas très encourageants pour le président Erdogan, habitué à avoir des scores assez importants lors des élections. Pourquoi ne sont-ils pas encourageants ? Parce que le Premier ministre actuel - rappelons qu’Erdogan est devenu président en Turquie – Ahmet Davutoglu manque de charisme.

Ensuite, le président Erdogan ambitionne une espèce de changement de régime. Il voudrait que la fonction de président soit plus importante politiquement qu’elle ne l’est maintenant. Il faudrait donc changer : faire glisser le régime de parlementaire à un régime présidentiel. Pour cela, il a besoin de majorité spéciale.

Quatre millions d'électeurs à l'étranger

Comme les Turcs de l’étranger peuvent voter, il faut aussi campagne. Il est tenu à une certaine neutralité puisqu’il est président de Turquie, mais doit rester au-dessus de la mêlée. Il n’a pas appelé à voter pour son parti. Il a simplement dit tout ce que son parti avait fait de bien.

Un journaliste turc, basé à Bruxelles a écouté le président. "C’est un discours de campagne qui est surtout orienté vis-à-vis de l’opinion publique turque et des élections turques. C’est vraiment un discours de politique intérieure ce qu’il a fait. Il a stigmatisé l’opposition d’une part et, d’autre part, il a rappelé que, lorsqu’il était Premier Ministre, pendant douze ans, tous les travaux qu’il a effectués, que ce soit au niveau de la santé, du transport, de l’énergie, de l’économie ou autre. Donc, c’est un réel discours de politique intérieure".

 

Pourtant, Erdogan ne se présente pas. La Constitution l’oblige à rester neutre. Il a simplement rappelé que d’un côté il était président, et qu’il était équidistant de tous les partis politiques, ce qu’il ne signifiait pas d’après lui, mais qu’il avait bien évidemment un choix personnel. Sachant que le parti au gouvernement est le parti dont il est issu lui-même, l’AKP. Il se sent dans l’obligation non pas de soutenir l’AKP, mais – a-t-il dit – notamment de déployer ou de faire la part des choses vis-à-vis des critiques qu’avait l’opposition concernant le Gouvernement et lui-même. Il s'agissait donc plus d'un plus un discours comme leader de parti.

Il a réellement un message à faire passer. Le Premier ministre actuel n’a pas le même charisme que Erdogan et, actuellement, les sondages montrent que le parti de Erdogan, que lui-même a créé, serait un petit peu en-deçà de ce qu’il prévoyait dans les sondages. Il serait entre 39 et 41%. Donc, il est là pour avoir un petit peu la voix des Turcs qui vivent en Europe qui, pour la première fois, pourront voter pour les élections législatives.

Ceux-ci représentent à peu près 4 millions d’électeurs, ce qui fait grosso modo 8% des voix. C’est un scrutin très important et c’est vraiment un enjeu d’aller piquer des voix aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique sachant que ça n’avait pas du tout été prévu.

Cette organisation a été réalisée en dernière minute. Le programme de Erdogan pour le mois de mai était normalement tranquille. Ils ont, tout d’un coup, organisé ces différents meetings dans les pays européens, et tout ce qu’ils veulent c’est réellement avoir la majorité suffisante pour créer un referendum en Turquie parce qu’il a expliqué : la nouvelle Turquie sur le système présidentiel un peu entre l’américaine et la française. Et pour ça, il a besoin d’au moins 330 sièges.

C’est pour cela qu’il fait la course aux voix.

WF, avec W. Vandervorst

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