Russie: les électeurs sanctionnent le parti présidentiel

Le parti de Vladimir Poutine Russie unie a remporté les législatives russes de dimanche avec 45,83% des voix, selon les premiers résultats portant sur 15% des bureaux de vote, a annoncé le chef de la Commission électorale centrale Vladimir Tchourov. Selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote, le parti Russie unie a obtenu entre 46 et 48,5% des voix. Même si Russie unie laisse les autres formations loin derrière, il s'agit d'un recul d'une vingtaine de points par rapport aux législatives de 2007.

Selon certains observateurs, ce mauvais résultat-qui reste à confirmer au travers des résultats définitifs- marquerait une première prise de distance des Russes avec Vladimir Poutine, lassés par la mise en scène de l'échange des postes au sommet de l'Etat.

Les communistes, deuxième force à la Douma, recueilleraient quelque 19% des voix.

Arrestations

Plus de 170 opposants ont été interpellés dimanche alors qu'ils tentaient de prendre part à des manifestations non autorisées à Moscou et à Saint-Pétersbourg pour protester contre le déroulement des législatives, a annoncé la police dans ces deux villes.

"Plus de 100 personnes ont été interpellées place Trioumfalnaïa (lieu de rassemblement traditionnel de l'opposition radicale, ndlr) après de multiples avertissements sur le caractère illégal de la manifestation", a indiqué la police de Moscou, citée par l'agence Interfax. Parmi eux, l'écrivain et opposant Edouard Limonov, qui a annoncé son intention d'être candidat à la présidentielle de 2012. "Honte! ", ont scandé certains de ses partisans, "Limonov - président! ".

A Saint-Pétersbourg, 70 opposants qui tentaient d'organiser une manifestation non autorisée à Gostiny Dvor, dans le centre, ont également été interpellés, a indiqué à l'AFP Viatcheslav Steptchenko, porte-parole de la police. Ces chiffres ont été confirmés par un correspondant de l'AFP sur place.

"Vos élections sont une farce", criaient environ 400 manifestants dans la deuxième ville russe. "Une élection sans opposition est un crime", disait une pancarte brandie par un manifestant.

"On ne peut pas parler d'élections"

"On ne peut pas parler d'élection, en raison des fraudes massives et organisées de manière systématique par le parti au pouvoir. Il vaut mieux ne pas utiliser ce mot", a déclaré à l'AFP Sergueï Kovalev, ancien prisonnier politique à l'époque soviétique et aujourd'hui critique du Kremlin.
Dimanche, plusieurs sites web d'opposition impliqués dans la dénonciation des fraudes ont été victimes d'une mystérieuse attaque, apparemment bien concertée, qui les ont rendus inaccessibles. "Ces attaques ont été organisées par le Kremlin", estime Zoïa Svetova, journaliste d'opposition, dont l'hebdomadaire The New Times a vu son site bloqué.
Autre victime de cette opération, l'ONG Golos, qui avait mis en place un site interactif intitulé "La carte des fraudes" répertoriant plus de 5000 cas, pour la plupart imputés au parti au pouvoir Russie unie. Les site était toujours inaccessible dimanche soir.

Des fraudes et des pressions d'une ampleur sans précédent

"Cette élection se distingue des précédentes par l'ampleur des fraudes et des pressions. On a le sentiment qu'une très grosse falsification est en cours", a affirmé à l'AFP Zoïa Svetova, membre d'un groupe d'observateurs qui surveille notamment la pratique dite du "manège", où des groupes d'électeurs sont transportés d'un endroit à un autre pour voter plusieurs fois. Au sein de l'opposition, certains estiment que ces élections témoignent aussi d'une prise de conscience accrue d'une partie de la population
T.N. avec Belga
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