Législatives: le Kosovo choisit entre "guerriers" et "modernes"

Un Kosovar dans un bureau de vote à Pristina, le 11 juin 2017, pour les élections législatives
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Un Kosovar dans un bureau de vote à Pristina, le 11 juin 2017, pour les élections législatives - © Armend NIMANI

Les Kosovars ont voté dimanche lors de législatives qui leur ont laissé le choix entre la vieille garde des "guérilleros", favorite, et les partis appelant au "changement".

Avec une participation classique de 41,4%, le scrutin s'est clos à 17H00 GMT. Les premiers résultats sont attendus dans la soirée, mais la répartition des sièges ne devrait être pas être connue avant lundi, voire en milieu de semaine.

La majorité qui sortira de ces législatives, les troisièmes depuis que le Kosovo a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008, aura fort à faire. Elle sera confrontée à une situation économique catastrophique qui pousse une grande partie de sa jeunesse à l'exode.

La communauté internationale attendra d'elle qu'elle renoue avec la Serbie, qui ne reconnaît pas l'indépendance de son ancienne province albanaise, et avec qui les relations sont exécrables depuis plusieurs mois.

Or, si le candidat de centre-droit Avdullah Hoti, 41 ans, a dit qu'il entendait renouer le dialogue avec Belgrade, les deux autres postulants au poste de Premier ministre, celui de la coalition des "guerriers" Ramush Haradinaj, 48 ans, et celui du mouvement Vetevendosje, Albin Kurti, 42 ans, ont dit leur opposition à l'accord de normalisation conclu en 2013, notamment à la mise en place des "municipalités" où vivent les quelque 100 à 150.000 Serbes du Kosovo.

Ramush Haradinaj, alias "Rambo", est considéré à Belgrade comme un criminel de guerre. Lui décrit la Serbie comme une "ennemie". Mais selon plusieurs analystes, l'exercice du pouvoir pourrait le ramener à plus de modération, surtout sous l'influence du PDK.

'Risque d'instabilité'

Autre sujet épineux, la possible inculpation de hauts responsables du pays par les nouvelles cours spéciales chargées de juger des crimes de guerre commis par l'Armée de libération du Kosovo (UCK). Ultime guerre ethnique en ex-Yougoslavie, ce conflit entre indépendantistes et forces de Belgrade avait fait 13.000 morts entre 1998 et 1999, dont 10.000 Kosovars albanais.

A la fermeture des bureaux de vote à 17H00, Ramush Haradinaj tablait sur une "victoire convaincante" qui allait le conduire à "former un gouvernement". Les responsables de sa coalition, d'anciens guérilleros, ont choisi de taire leurs différends pour s'allier derrière le principal parti du pays, le Parti démocratique du Kosovo (PDK) du président Hashim Thaçi.

Mais même en tête, il n'est pas certain qu'ils puissent gouverner seuls en atteignant les 51 sièges (sur 120) auxquels s'ajouteront sans doute les dix députés des minorités non serbes (turcs, roms, bosniaques,...) qui soutiennent traditionnellement le vainqueur. Les Serbes désignent également dix députés.

Faute de majorité nette, les "guerriers" resteraient à la merci d'un accord entre leurs adversaires. Vetevendosje semblait bien placé pour créer une surprise et profiter du ras-le-bol d'une partie de la population avec son discours alliant thématiques économiques de gauche, combat contre la corruption et rhétorique nationaliste.

Le fléau de la corruption

Pour espérer gouverner, Albin Kurti devrait s'allier avec la coalition de centre droit formée derrière la ligue démocratique du Kosovo (LDK) d'Avdullah Hoti. Deux camps qui ne partagent que leur opposition aux "guerriers".

Ce sont les députés d'Albin Kurti qui jetaient du gaz lacrymogène dans l'Assemblée pour s'opposer à l'accord de délimitation de la frontière avec le Monténégro, qui était défendu par le LDK. Et leurs positions semblent opposées sur les discussions avec la Serbie. Leur alliance préfigurerait d'un gouvernement fragile.

Or, prédit l'European Centre for minority issues (ECMI), il y aura un "véritable risque d'instabilité" quand "débuteront les arrestations" par les cours spéciales. Parmi les inculpés potentiels, sont cités plusieurs dirigeants, dont le président Hashim Thaçi, ou le puissant patron du PDK, Kadri Veseli.

Retraité de 66 ans, Ekrem Haziri espère que ce scrutin "ouvrira un nouveau chapitre": "Il est temps d'arrêter le détournement de l'argent des contribuables." Si le sujet est un thème traditionnel de Vetevendosje, Avdullah Hoti a également promis "une guerre sans compromis à la corruption", un fléau.

"Après 17 ans au pouvoir", les institutions "se caractérisent désormais par le crime, la corruption et le népotisme", accuse dans un rapport le centre slovène de réflexion spécialisé dans les Balkans IFIMES. Faute de quoi, les Kosovars "attendront en vain l'abolition du régime des visas pour les Etats de l'Union européenne", prédit IFIMES.

Un sujet crucial dans un pays où, sur 1,8 million d'habitants, un sur deux a moins de 30 ans. Beaucoup rêvent d'imiter les 400.000 Kosovars déjà exilés.

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