Lee Yong-Soo sur les "femmes de réconfort" : "Je veux que le Japon reconnaisse son crime"

C’est un cri du cœur que lance Lee Yong-Soo, 92 ans, lors d’un webinaire organisé par l’Université de Harvard, intitulé "Déconstruire le négationnisme japonais sur la question des 'femmes de réconfort' à travers les mouvements populaires aux Etats-Unis".

En pleurs, elle appelle le Japon à présenter des excuses officielles à toutes les femmes qui comme elle, ont servi d’esclaves sexuelles pour les soldats de l’armée impériale durant la Seconde guerre mondialeAprès un premier échec en janvier, Lee Yong-Soo demande à son pays de traduire le Japon devant la Cour internationale de justice.

Début 2021, le tribunal de Séoul a pris une décision historique. Il a condamné le Japon à dédommager une douzaine de femmes qui, comme Yong-Soo, ont été forcées de se prostituer. On les appelait alors "les femmes de réconfort". Il y a huit ans, elles étaient douze Sud-Coréennes à porter plainte. Finalement, seules cinq survivantes se sont présentées au tribunal ce 9 janvier 2021, jour du verdict. 80 ans après les faits et pour la première fois de l’histoire, elles ont été reconnues victimes. Le Japon est condamné à verser 74.000 euros à chacune d’elles ainsi qu’aux familles de celles disparues avant le verdict.

Seulement des excuses

"Je ne veux pas d’argent du Japon. Je veux qu’il reconnaisse complètement son crime de guerre et qu’il présente des excuses sincères", explique Lee Yon-Soo. Même si la décision du tribunal de Seoul est une première dans l’histoire, le Japon l’a tout de suite rejetée. "Sur base du concept de droit international, l’Etat est immunisé contre la juridiction civile d’un tribunal d’un pays étranger. Compte tenu de cette règle, le gouvernement maintient sa position, selon laquelle l’affaire doit être classée", expliquait alors le Premier ministre japonais, Yoshihide Suga.

Mais Lee Yon-Soo l’affirme, elle ne compte pas s’arrêter là : "Quand je mourrai et que je rencontrerai d’autres victimes au ciel, que pourrai-je leur dire ? Je n’aurai aucune excuse lorsqu’ils me gronderont de ne pas résoudre le problème avant de mourir. Mon dernier souhait est de voir notre gouvernement porter cette question devant la Cour internationale de justice et obtenir son verdict".

Les autres victimes

Lee Yon-Soo porte le souvenir et la voix de 200.000 femmes qui, comme elle, ont servi à assouvir les besoins sexuels des soldats japonais durant la Seconde guerre mondiale. Lee Yon-Soo avait alors 16 ans quand on l’a forcée à se prostituer.

Beaucoup de ces femmes étaient célibataires et souvent mineures. On leur faisait croire à un recrutement pour devenir serveuse ou ouvrière. Toutes n’étaient pas Sud-coréennes. Certaines venaient de Chine, de Birmanie, des Philippines, de Taïwan, d’Indonésie, des Pays-Bas, d’Australie et même du Japon.

La paix à la fin

"Je souhaite que les deux pays résolvent la question de manière permanente devant le tribunal international et vivent en paix l’un avec l’autre", explique alors Lee Yon-Soo. La décision en janvier du tribunal de Seoul a dégradé les relations entre les deux pays. Des relations déjà fragilisées lorsque cet épineux épisode de l’Histoire a resurgi en 1990, grâce des mouvements féministes. Le recours devant la CIJ sonne comme une dernière cartouche dans cette bataille historique que se livrent la Corée du Sud et le Japon depuis maintenant 30 ans.

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