Le Yémen: un chemin vers la paix qui semble bien long

Le Yémen: un chemin vers la paix qui semble bien long
Le Yémen: un chemin vers la paix qui semble bien long - © SALEH AL-OBEIDI - AFP

Le gouvernement yéménite soutenu par les Saoudiens, tout comme les rebelles Houthis, appuyés eux par l'Iran, ont montré un "engagement renouvelé" à travailler à une solution politique et ont présenté des "garanties solides" selon lesquelles ils participeraient aux pourparlers, a déclaré Martin Griffiths, l'envoyé spécial des Nations Unies au Yémen. Aucune date n'a été cependant été évoquée pour ces pourparlers.

L'ONU s'était vivement inquiétée des conséquences des récents combats autour de Hodeida, point d'entrée de plus des trois-quarts des importations et de l'aide humanitaire internationale au Yémen, où 14 millions de personnes sont en situation de pré-famine.

Le conflit a pris de l'ampleur après la rébellion de 2011 contre le président Ali Abdallah Saleh. Depuis lors, les acteurs de ce conflit meurtrier se multiplient.

Deux acteurs face à face

D'une part, les Houthis, d'obédience zaïdite, font partie d'une branche du chiisme qui se concentre dans le nord du Yémen. Elle représente environ un tiers de la population. Le mouvement qui les représentent s'appelle Ansarullah ("Les partisans de Dieu"). Il est dirigé par un jeune chef politico-religieux, Abdel Malek al-Houthi.

S'estimant marginalisés après l'insurrection de 2011 contre l'ex-président Ali Abdallah Saleh, les Houthis ont lancé une offensive fulgurante depuis leur fief de Saada dans le nord du pays, et sont entrés dans la capitale Sanaa en septembre 2014 avec la complicité d'unités restées fidèles à Ali Abdallah Saleh.

D'autre part, Ali Abdallah Saleh, qui a été au pouvoir pendant 33 ans, a été allié aux Houthis de 2014 à 2017. Mais, en décembre 2017, des combats ont opposé ses partisans aux Houthis qui lui ont reproché une ouverture vers l'Arabie saoudite.

Saleh a été tué par des Houthis et ses fidèles se sont éparpillés, mais son parti, le Congrès populaire général (CPG), qui a longtemps dominé la vie politique, reste une force avec laquelle il faut compter.

Le CPG est "forcé de faire un choix" entre le gouvernement et les Houthis, estime un diplomate.

Impuissant au début face à la rébellion, le président Hadi n'a repris l'initiative qu'à l'été 2015, grâce à l'intervention de la coalition sous commandement saoudien.

La critique des frappes saoudiennes

Mercredi, les forces pro-gouvernementales avaient interrompu l'offensive qui s'était intensifiée 12 jours auparavant sur Hodeida, alors que la pression internationale s'accentuait pour une cessation des hostilités et une reprise des pourparlers de paix. Ryad, qui intervient depuis 2015 au Yémen à la tête d'une coalition militaire, qui soutient les forces gouvernementales face aux rebelles Houthis, s'est déclarée en faveur des derniers efforts de paix.

L'Arabie saoudite fait face à une pression internationale grandissante depuis le meurtre le 2 octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul.

Les combats au Yémen ont fait quelque 10 000 morts et plus de 56 000 blessés depuis 2015, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des responsables humanitaires estiment que le bilan des victimes directes ou indirects du conflit est largement plus élevé.

"L'Arabie saoudite soutien soutient l'émissaire (de l'ONU) dans ses efforts d'organiser des négociations à Stockholm avant la fin de ce mois" de novembre, a déclaré jeudi le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir. "L'Arabie saoudite et ses alliés dans la coalition travaillent avec l'envoyé de l'ONU pour parvenir à une solution politique au Yémen", a-t-il renchéri en conférence de presse.

La balle est à présent dans la camp des Nations unies. Le négociateur Martin Griffiths doit se rendre à Sanna, la capitale tenue depuis quatre ans par les Houthis. Il tentera d'obtenir un accord des Houthis, après l'annonce ce midi de la participation d'une délégation gouvernementale en Suède.

La coalition pro-gouvernementale conduite par l'Arabie saoudite multiplie les gestes de bonne volonté. Il faut dire que le prince héritier saoudien est sous pression internationale depuis l'assassinat du journaliste Jamal Kashoggi. Plusieurs de ses alliés occidentaux, fournisseurs d'armes et de renseignements, pressent désormais pour trouver une issue à ce conflit qui a fait au moins 10 000 depuis quatre ans.

Une des grande difficulté d'une telle entreprise est cependant la présence d'un troisième acteur sur la scène du conflit: les djihadistes. Aqp (Al Qaeda dansla péinsule arabique) et le Groupe Etat islamique se disputent les territoires déchirés par la guerre. Et il y a peu de chances qu'ils se mettent autour de la table des négociations.

Le Yémen fait face à "la pire situation humanitaire du monde" (vidéo)

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