Le Venezuela tiraillé entre deux camps: retour sur une semaine décisive

Le Venezuela, est encore et toujours en proie à la crise politique. Une nouvelle manifestation doit avoir lieu aujourd’hui à l’appel de l’opposant Juan Guaidó, qui s’est proclamé président par intérim il y a une semaine.

Depuis, le Venezuela est profondément divisé. D’abord sur la scène internationale, où souffle un air de guerre froide, avec d’un côté les États-Unis et plusieurs pays d’Amérique latine qui ont reconnu Juan Guaidó comme président, et puis de l’autre la Russie et la Chine, entre autres, qui soutiennent Nicolás Maduro. Qu’en est-il au cœur de la société vénézuélienne ? Retour sur une semaine décisive au Venezuela.

Il y a les pro-Guaido...

Le 23 janvier, une foule de manifestants ont investi les rues de Caracas. Des Vénézuéliens venus de quartiers aisés, mais aussi de quartiers populaires ; tous se sont retrouvé et ont marché côte à côte sur l’avenue Francisco de Miranda pour exprimer leur rejet du président Nicolás Maduro, une élection jugée illégitime, et pour dénoncer leurs conditions de vie. 

José Antonio, 69 ans, est posté au sommet d’un pont pour admirer ce cortège qui n’en finit pas, la larme à l’œil. "Trop, c’est trop ! C’est trop difficile, vraiment trop difficile. On est pris à la gorge, il n’y a pas de médicaments, il n’y a pas de nourriture, rien ! Les enfants meurent ici. On est mal, on a atteint la limite, la coupe est pleine."

Et pour certains, la solution se trouve en Juan Guaidó, "il est fabuleux. Nous avons enfin un leader pour aller de l’avant et en finir avec ces dictateurs".

...et les pro-Maduro

Mais il n’y avait pas que l’opposition. Quelques rues plus loin, une autre manifestation, convoquée en soutien au président Nicolás Maduro. La foule était vêtue de rouge, la couleur de la révolution chaviste.

Selon lui un vieil homme, il est stupide de croire que c’est en suivant "une marionnette des États-Unis qu’ils s’en sortiront", car c’est précisément Washington qui est responsable de la crise à ses yeux.

"À cause de la guerre économique, il y a un groupe de gens qui sont énervés, mais nous, les révolutionnaires, les personnes conscientes, on sait qu’on est victime d’un blocus des États-Unis et de tous les États impérialistes. Contre eux, on défendra la patrie avec les armes dans la rue s’il le faut."

L’opposition, comme toute une partie de la communauté internationale, conteste la réélection de Nicolás Maduro, pas assez libre et transparente, et elle le juge illégitime.

Une position grotesque, selon Enrique, un ami d’Andrés. "Nous sommes invincibles, nous sommes un peuple et voici le peuple qui a soutenu le commandant Chávez en son temps et qui soutient le président ouvrier Nicolás Maduro, élu démocratiquement ; une élection où l’opposition pouvait présenter un candidat, mais ils ont fait le pire choix possible de boycotter ce scrutin national par peur de perdre. Et maintenant, avec des leaders irresponsables, ils essayent de déstabiliser le Venezuela."

Un complot contre le Venezuela?

Cette autoproclamation de Juan Guaidó a transformé la crise vénézuélienne en crise géopolitique, avec deux camps qui s’affrontent.

Pour les chavistes, cet emballement médiatique et politique international est la preuve qu’il existe bel et bien un complot contre le Venezuela. Déjà, la reconnaissance presque immédiate de Juan Guaidó par les États-Unis et plusieurs pays latino-américains leur paraît louche.

Il y a ensuite cet ultimatum de plusieurs pays européens, dont la Belgique, ce week-end. Ils ont dit laisser huit jours à Nicolás Maduro pour annoncer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront Juan Guaidó. Ce qui agace le plus Milagros, 60 ans, c’est que ces pays fassent des leçons de démocratie au Venezuela, alors qu’ils ont déjà beaucoup de problèmes à régler. Elle prend l’exemple de la France.

"Emmanuel Macron avec les gilets jaunes n’est un exemple pour aucun pays. Il a tout un peuple contre lui et il ne fait que réprimer les personnes qui manifestent. Tous les pays devraient d’abord se remettre un peu en question avant de parler de ce qui se passe chez les autres."

Nous les Vénézuéliens, nous sommes fatigués de leur dire d’arrêter de se mêler de nos affaires

Les chavistes sont vent debout contre ce qu’ils estiment être une ingérence, le soutien à un coup d’État, ni plus ni moins. Et ce n’est pas nouveau à en croire Jorge, un jeune prêtre.

"Nous les Vénézuéliens, nous sommes fatigués de leur dire d’arrêter de se mêler de nos affaires. Ils demandent des élections, OK. De toute façon, nous allons les gagner. Ça fait 20 ans qu’on gagne les élections."

Pourtant, dans les faits, le soutien populaire semble être plutôt du côté de l’opposition depuis le 23 janvier. Juan Guaidó a réussi l’exploit de faire manifester beaucoup d’habitants de quartiers populaires, traditionnellement acquis au chavisme. Ce qu’il a échoué, c’est de convaincre l’armée, ciment du gouvernement, qui a redit sa loyauté à Nicolás Maduro. Et c’est maintenant le principal objectif des jours qui viennent à en croire le député d’opposition, Leonardo Regnault.

Le peuple vénézuélien réclame que la situation change

"Ce que nous disons aux soldats, ce que l’on dit à ce peuple militaire comme aux civils, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de se ranger du côté de la Constitution. Il ne faut pas avoir peur de se ranger du côté de la liberté. Nous sommes 85% de Vénézuéliens en train de rejeter ce gouvernement et tout le peuple vénézuélien réclame que la situation change."

Majoritaire ou non, tant que l’armée restera du côté du chavisme, la situation ne bougera pas. Mais chez les militants d’opposition, la machine du changement est en marche et rien ne pourra l’enrayer. C’est en tout cas ce qu’assure Luis, la trentaine.

"La grande majorité, on n’est pas des opposants, on est contre ce gouvernement qui nous prive de nourriture, qui nous fait mourir de faim, et ça peut exploser, ça peut exploser à n’importe quel moment."

La société vénézuélienne, à l’image de ses deux présidents, est tiraillée entre deux camps qui paraissent irréconciliables. Et plus la situation s’enlise, plus la peur que le dénouement soit violent se fait sentir.

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