Le Venezuela de Nicolás Maduro est-il au bord de la guerre civile?

Il ne faut pas oublier que le Venezuela est un pays très violent. En 2016, il y a eu 28 500 morts violentes, notamment assassinats.
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Il ne faut pas oublier que le Venezuela est un pays très violent. En 2016, il y a eu 28 500 morts violentes, notamment assassinats. - © JUAN BARRETO - AFP

C'est l'histoire d'un pays à la situation politique, économique et sociale catastrophique. Un pays où le président, Nicolás Maduro, a fait élire l'Assemblée constituante, avec 40 % des suffrages selon les autorités socialistes, 12 % à peine selon l’opposition. Un scrutin condamné de partout: Washington, Buenos Aires, Bogota et Bruxelles aussi, où la porte-parole de la commission parle de vote douteux. Crise profonde donc au Venezuela, où le président se dit victime d’un complot international de la droite.

Le pouvoir de Maduro génère des tensions de plus en plus importantes

Une situation confirmée par Frédéric Louault, professeur en sciences politiques à l’ULB, spécialiste de l’Amérique latine: "On peut considérer qu’il y a un risque de guerre civile. La guerre civile est malheureusement un des scénarios possibles pour le Venezuela. À entendre le président de la République même, Nicolás Maduro, ce qu’il ne peut pas obtenir par les urnes, il l’obtiendrait par les armes. Donc on voit bien que le pouvoir lui-même se prépare à une situation de tension maximale. Nicolás Maduro cherche à prolonger l’héritage de l’ère de son prédécesseur, Hugo Chávez, mais le Venezuela est dans une période de crise économique et sociale profonde et le pouvoir commence à perdre certains éléments, notamment, vous l’avez dit, l’Assemblée législative qui a été conquise par l’opposition en 2015. Et cette perte de l’Assemblée législative par le pouvoir de Maduro génère des tensions de plus en plus importantes au sein de la classe politique et Maduro cherche à récupérer finalement les pouvoirs perdus et récupérer les pleins pouvoirs politiques."

Lente érosion

Comment le Venezuela en est-il finalement arrivé là ? "D'abord, il y a eu un basculement dans les années 2000. Ce fut un long processus de polarisation politique et de radicalisation, notamment au niveau de la représentation politique. Il faut remonter à l’élection du prédécesseur de Nicolás Maduro, Hugo Chávez, qui a gouverné le Venezuela de 1999 à 2013. Hugo Chávez qui, dès 1999 d’ailleurs, avait organisé l’élection d’une Assemblée constituante, comme il y a eu dimanche dernier, sauf que Hugo Chávez était d’abord passé par un référendum, c’est-à-dire que tous les Vénézuéliens avaient autorisé l’élection d’une nouvelle assemblée, ce que n’a pas fait Nicolás Maduro", précise le professeur de l'ULB.

L'héritage de Chavez

Hugo Chavez avait-il pour autant réussi là où Nicolás Maduro se heurte à un mur ? Il convient de nuancer: "Et ensuite, après l’élection de cette nouvelle Assemblée constituante en 1999, une nouvelle Constitution a été votée et a été ratifiée par le peuple vénézuélien et c’est cette Constitution, votée même avec l’appui des partisans de Hugo Chávez, que l’héritier de Chávez, Nicolás Maduro, cherche à changer maintenant. Entre temps, il y a eu un processus de polarisation très important, qui est lié aussi aux réactions de l’opposition à l’époque, c’est-à-dire qu’en 2002 il y a déjà eu un coup d’État contre Hugo Chávez, il y a eu une tentative de révocation de Hugo Chávez en 2004 et il y a eu des tensions de plus en plus fortes entre le gouvernement Chávez et l’opposition. Et à la mort de Hugo Chávez en 2013, son héritier a eu du mal à gérer les héritages et à renforcer cette polarisation, et notamment à multiplier les actions pour essayer, par des voies très contestables au niveau démocratique, de tenir en laisse, si on peut dire, l’opposition", ajoute Frédéric Louault.

L'inflation estimée à 2200%

Le Venezuela en proie à de très graves difficultés économiques, situation paradoxale puisque le peuple manque de tout, la population est rationnée, alors que les réserves pétrolières assurent des revenus conséquents au pays.

"Le Venezuela est effectivement un pays rentier, un pays qui dépend presque à 100 % de la rente pétrolière et qui a bénéficié dans les années 2000, sous Hugo Chávez, d’une hausse importante des cours des matières premières. Hugo Chávez d’ailleurs qui pouvait entretenir une économie redistributive et donc obtenir de nombreux appuis politiques, notamment parmi les classes populaires, et qui pouvait même se payer le luxe de financer des programmes sociaux à l’étranger, à New York, à Londres, d’appuyer le développement à Cuba par exemple, et de faire du Venezuela un pays important dans l’espace régional américain. À partir de 2011, il y a eu une première alerte pour le pouvoir, alors que Hugo Chávez était encore un président de la République, avec la baisse des cours du pétrole et finalement une raréfaction des ressources financières et une baisse du programme redistributif vénézuélien. Et ensuite, ça s’est accéléré après la mort de Hugo Chávez, et depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro en 2013, le Venezuela sombre vraiment dans une crise très profonde", explique celui qui est également vice-président de l’OPALC en France, l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes. 

En 2016, le produit intérieur brut a baissé de 18 %, l'inflation a encore augmenté de 200 % et les problèmes d’accès à l’alimentation se sont démultipliés. Les Vénézuéliens ont faim et le pays est aussi au bord de révoltes, qui sont des révoltes de la faim, des révoltes liées à une augmentation très importante de la pauvreté ces deux dernières années. 

Plusieurs scénarios pour une solution éventuelle

Le Venezuela peut-il espérer sortir de cette crise noire sans passer par la case révolution? Encore une fois, les avis divergent et personne ne peut avec certitude deviner ce qui se passera dans les semaines, mois à venir.

"C’est très difficile de trouver une solution maintenant puisque l’opposition a refusé de participer à cette élection d’une Assemblée constituante. Donc il n’y a pas de solution politique à court terme, il y a plusieurs scénarios. Le premier, ce serait que le Venezuela sombre dans une dictature beaucoup plus assumée et affirmée, et Nicolás Maduro en donne chaque jour certains éléments. Une deuxième solution, thèse à ne pas écarter complètement, serait celle d’un coup d’État, même si Nicolás Maduro cherche et a mis en place des garde-fous pour que l’armée soit de son côté. L’hypothèse d’un coup d’État pour renverser le président est donc toujours possible. Et la troisième hypothèse, ce serait celle d’un pourrissement de la situation avec une situation qui s’envenimerait encore. Il y a une centaine de morts au Venezuela dans le cadre de mobilisations, d’actions contre le gouvernement, dues notamment à la répression de ces manifestations. Mais, derrière cette centaine de morts, il ne faut pas oublier que le Venezuela est un pays très violent. En 2016, il y a eu 28 500 morts violentes, notamment assassinats. C’est l’un des pays les plus violents au monde si on met de côté les pays en guerre. Et il y a un risque vraiment de violences sociales beaucoup plus importantes et de révoltes beaucoup plus profondes."

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