Le tourisme à Tchernobyl boosté par une série américaine

Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl explose. C’est le plus grand accident nucléaire de l’histoire. Une catastrophe, dont la chaîne de télévision HBO a bien perçu le potentiel dramatique. Elle en a tiré une mini-série à succès, qui fait à son tour le succès touristique du site ukrainien. Sergiy Ivanchuk, directeur de Solo Easttours, constate une augmentation de 30% du nombre de touristes par rapport au mois de mai 2018. Les réservations pour les mois de juin, juillet et août ont quant à elles augmenté de 40% depuis la diffusion de la série. Le constat est le même chez son concurrent Tchernobyl Tour. Et pourtant, le tourisme nucléaire avait déjà le vent en poupe.

La série raconte les conséquences de l’explosion, la vaste opération de nettoyage qui a suivi, et l’enquête. Elle donne à voir les abords du site nucléaire, un paysage apocalyptique, où errent des chiens vagabonds, où la végétation envahit des bâtiments abandonnés. Tchernobyl Tour propose une visite des lieux dépeints dans la série, y compris le bunker où a été prise la décision de ne pas évacuer le site après l’explosion (l’ordre d’évacuation n’arrivera que 36 heures plus tard…).

S’il y a trop de touristes, ça gâchera toute l’expérience

Les voyageurs embarquent dans un bus dans le centre de Kiev et parcourent 120 km avant de commencer le tour. Parmi eux, Gareth Burrows, un anglais : " on ne peut pas venir à Kiev sans visiter cet endroit unique. Nous n’avions pas vu la série avant de prévoir notre voyage. Nous ne l’avons regardée que parce qu’on venait, justement. Mais je suis sûr que ça va augmenter le tourisme, ça va éveiller l’intérêt." Avec la guide Viktoria Brozhko, le petit groupe découvre le monument aux victimes, visite des villages abandonnés, et déjeune dans le seul restaurant de la ville de Tchernobyl. Pour Viktoria, Tchernobyl, " c’est le seul lieu en Ukraine où on peut encore sentir l’atmosphère de l’URSS. " Elle emmène aussi ses visiteurs voir le réacteur numéro 4, couvert depuis 2016 par un dôme de métal de 108 mètres de haut.

La balade passe également par Pripiat, une ville fantôme où vivaient 50.000 personnes dont la plupart travaillaient à la centrale. Un parc d’attractions déglingué y accentue le sentiment de désolation. Gareth est impressionné : " C’est surréaliste d’être ici. C’est vraiment isolé. C’est dingue de voir comment la nature reprend le dessus, sur la route et les bâtiments, et de voir comment tout est en train de s’écrouler. D’après ce que j’ai vu, Pripiat a l’air d’avoir été une jolie ville le long de la rivière. Bien sûr, c’est inhabitable aujourd’hui. C’est dommage. " Thieme Bosman, un jeune Néerlandais de 18 ans, fait aussi partie du groupe. Il redoute les effets de la mini-série de HBO : " Si ça devient vraiment un site envahi par les touristes, ça gâchera toute l’expérience. Il y a déjà beaucoup de touristes ici et ça empêche déjà de sentir vraiment dans une ville complètement abandonnée. "

Les radiations, un risque que j’étais prêt à prendre

Avant de faire quelques achats au magasin de souvenirs, les touristes passent un contrôle de radiation. " OK parfait, vous n’êtes pas contaminés ! ", s’exclame la guide. Les radiations font manifestement moins peur à Thieme que les touristes : " Bien sûr, on a ça dans la tête mais, vous savez, je voulais tellement voir tout ça que c’est un risque que j’étais prêt à prendre. "

La catastrophe de Tchernobyl a directement tué 31 personnes et forcé des dizaines de milliers d’autres à fuir. Le nombre total de personnes tuées par des maladies provoquées par les radiations, comme le cancer, ne fait pas consensus. Une étude biélorusse estime le nombre total de personnes mortes d’un cancer lié à l’accident à 115.000, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) l’estime à 9000.

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