Le TGV Lyon-Turin: pomme de discorde pour le gouvernement italien

Le TGV Lyon-Turin: manifestation d'opposants à Avigliana (Pïémont)
Le TGV Lyon-Turin: manifestation d'opposants à Avigliana (Pïémont) - © DI MARCO - BELGAIMAGE

Le projet déchaîne les passions en Italie: la liaison ferroviaire mixte passagers et fret entre Lyon et Turin. Dans son contrat de gouvernement, la coalition populiste au pouvoir en Italie avait écrit noir sur blanc qu'elle voulait la remettre en question. Alors pourquoi et quelles en seraient les conséquences? 

La liaison transalpine Lyon-Turin est en quelque sorte l'Arlésienne: on en parle depuis des années mais rien ou presque n'a encore été réalisé… et pour cause le projet a toujours été très contesté dans les régions ou les tunnels doivent être creusés obligeant la France et l'Italie a modifier plusieurs fois le tracé. Cette liaison ferroviaire fait partie du Corridor 5 censé relier en train Lisbonne à Kiev. Une liaison de train à grande vitesse pour les passagers, doublées d'une ligne de train de marchandise pour permettre de mettre des camions sur le rail et désengorger ainsi les routes des Alpes. En chiffres, la nouvelle liaison Lyon-Turin permettrait de relier ces deux villes en une heure 45, contre 4 heures actuellement, mais aussi Paris à Milan en 4 heures contre 7 heures actuellement,un gain de temps évident. 

Remise en cause

Si le gouvernement italien remet ce projet en cause, c'est parce que premièrement, arrêter la construction de cette ligne ferroviaire est une promesse électorale du Mouvement 5 Etoiles. Il a soutenu les No TAV, les groupes de pression anti-TGV qui depuis près de 15 ans, s'opposent parfois violemment à ce projet estimant que la ligne existante est plus que suffisante. Cette promesse électorale de bloquer le TGV Lyon-Turin a permis au M5S de gagner des sièges dans le Piémont. Mais l'alliance avec La Ligue pose quelques problèmes, car le parti de Matteo Salvini est plutôt favorable aux grands chantiers et donc dans le contrat de gouvernement, ils se sont mis d'accord de stopper le projet si les coûts du chantier dépassent les bénéfices. Le rapport devrait être connu dans quelques semaines, et la décision devra être prise  avant les élections européennes.

Si l'Italie se retire du projet, l'Europe risque de lui faire payer des pénalités car des 25 milliards que coûtent les 271 km de la ligne dont un tunnel de 57 km entre la France et l'Italie, l'Europe s'était engagée à payer 40%, et serait  même prête a aller jusqu'à 50% L'argent serait alors perdu. De plus  si l'Italie bloque le projet, elle devrait aussi verser deux milliards de pénalité exigée par la France. La région du Piémont est très divisée sur la question, beaucoup estiment que cette liaison ferroviaire serait très bénéfique économiquement, certains disent que pour un euro investi il y aurait 4 euros de retombées économiques mais les militants du M5S estiment que ce genre de chantier ne permet que d'enrichir les industries et les pouvoirs forts. Ce sera donc une décision très difficile à prendre pour le gouvernement populiste italien qui pourrait bien en 2019 s'écharper sur un projet dont on parle depuis 28 ans… mais qui n'existe toujours pas.

Protestations contre l'axe ferroviaire Lyon-Turin, le 08 décembre dans la capitale piémontaise:

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