Le synode sur la famille s'ouvre dimanche, délicat exercice d'équilibre pour le pape

Le synode sur la famille s'ouvre dimanche, délicat exercice d'équilibre pour le pape
Le synode sur la famille s'ouvre dimanche, délicat exercice d'équilibre pour le pape - © POOL YVES HERMAN - BELGA

Avec l'ouverture dimanche dans une ambiance électrique du second synode en deux ans sur les défis de la famille chrétienne, le pape François s'apprête à un exercice d'équilibriste sur des sujets qui divisent l'Eglise catholique : divorce, union libre, homosexualité...

Plusieurs questionnaires envoyés dans les diocèses ont révélé le gouffre entre la doctrine rigoureuse de l'Eglise et la pratique -souple et changeante- de beaucoup de croyants. Un premier synode il y a un an avait aussi révélé de profondes divisions, malgré un attachement commun à l'essentiel.

Le second synode devra remettre ses conclusions le 25 octobre, après quoi il reviendra au pape de décider seul, probablement au printemps, des inflexions à apporter ou non au discours de l'Eglise.

François a nommé à la mi-septembre les 360 participants de ce second round: un savant dosage entre "conservateurs" et "libéraux" qui n'a pas exclu les plus radicaux des deux camps. Mgr Johan Bonny, l'actuel évêque d'Anvers, représentera l'Eglise de Belgique au synode.

Le pape François a également invité le cardinal Godfried Danneels, archevêque émérite de Malines-Bruxelles et l'évêque de Gand Mgr Luc Van Looy, a participer à ce second synode.

Face à ces centaines d'évêques ayant personnellement renoncé il y a des décennies à fonder une famille, seuls 17 couples auront la charge de faire entendre la voix des laïcs.

Pour le pape argentin, la famille traditionnelle subit une crise profonde et l'Eglise doit savoir répondre aux évolutions du temps sans pour autant s'y conformer. Réaffirmant régulièrement la "beauté" de la famille chrétienne, François a aussi évoqué ces derniers mois les situations où une séparation était "nécessaire", par exemple en cas de violences. Condamnant vigoureusement avortement, mariage homosexuel ou encore euthanasie, il a appelé en juillet en Bolivie à prier pour "un miracle" afin de trouver "des solutions et des aides concrètes aux nombreuses difficultés" des familles brisées.

Le conflit principal tourne autour des divorcés remariés: le sacrement du mariage religieux étant indissoluble, l'Eglise ne reconnaît pas le divorce civil et considère un remariage civil comme une infidélité au premier -et unique- conjoint. Sans être excommuniés, c'est-à-dire exclus de l'Eglise, les divorcés remariés n'ont plus droit aux sacrements comme la communion ou la confession.

Livres, pétitions et colloques fleurissent de part et d'autres pour réclamer un assouplissement ou défendre l'intangibilité de la doctrine, dans une atmosphère empoisonnée.

Le cardinal allemand Walter Kasper a ainsi fustigé les conservateurs "fondamentalistes", tandis que le cardinal américain Raymond Leo Burke dénonçait ceux qui veulent pousser le pape à "prendre des décisions qui vont contre la vérité du Christ".

Le pontife argentin s'est cependant tenu en retrait. Touchera-t-il au dogme ? Rien n'est moins sûr. Début septembre, il a simplifié et rendu gratuites les procédures de reconnaissance de nullité, qui reviennent à dire qu'en raison d'un vice au départ (pressions, immaturité...), le sacrement du mariage n'a jamais eu lieu. Une forme de divorce de facto jusqu'alors réservée à ceux qui en avaient les moyens.

Au premier synode, des prélats occidentaux, cherchant réponse à la déchristianisation massive, avaient aussi plaidé pour une tolérance envers les unions libres stables, présentées comme une possible étape vers un mariage religieux en pleine connaissance de cause. Certains avaient même reconnu la valeur du lien pouvant unir des couples homosexuels, au contraire vécu par les conservateurs, comme le cardinal italien Carlo Caffara, comme un "défi lancé par le monde occidental à l'encontre de l'Eglise".

Le rapport final du synode de 2014 avait d'ailleurs révélé nettement les deux sujets qui fâchent: si l'ensemble semblait consensuel, des paragraphes relativement ouverts sur les divorcés et les homosexuels n'avaient pas obtenu la majorité des deux-tiers requise pour être validés.

Selon un participant au premier synode, la question de l'homosexualité divise tellement qu'elle devrait être encore moins abordée cette année. Les conservateurs, nombreux parmi les cardinaux créés sous Jean Paul II et Benoît XVI, recrutent dans le Sud, notamment en Afrique. Certains jugent les Eglises des pays occidentaux décadentes et contaminées par le relativisme. Les unions homosexuelles sont une "régression de la culture et de la civilisation", a ainsi estimé cette semaine le cardinal guinéen Robert Sarah.

Ce dialogue et les conclusions que le pape François en tirera pourraient devenir l'une des pièces maîtresses de son pontificat, mais il lui faudra beaucoup de doigté pour réconcilier des camps opposés cherchant à rallier une majorité d'évêques modérés et pragmatiques.

Le synode pourrait finalement proposer quelques ouvertures pastorales sans toucher aux dogmes. Attendues ensuite en plein "Jubilé de la miséricorde", l'année sainte décrétée par François à partir de décembre, les conclusions du pape risquent alors de laisser chacun sur sa faim.

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