Le spectre d'une démission agité devant le président allemand

Le président allemand Christian Wulff lors d'une conférence de presse le 22 décembre 2011 à Berlin
Le président allemand Christian Wulff lors d'une conférence de presse le 22 décembre 2011 à Berlin - © Johannes Eisele

Le président allemand Christian Wulff, un allié de la chancelière Angela Merkel, était confronté mardi à des appels à démissionner après avoir tenté d'intimider des journalistes pour étouffer une gênante affaire de crédit privé.

En juin 2010, Mme Merkel était parvenue à grand peine à faire élire M. Wulff, à ce poste largement honorifique mais qui peut être une autorité morale, en remplacement de Horst Köhler, un autre de ses alliés contraint à la démission.

Lundi, les informations se sont succédées sur la journée du 12 décembre où Bild, considéré comme le plus puissant quotidien européen avec ses 12 millions de lecteurs, a annoncé à Christian Wulff qu'il allait publier des révélations sur un prêt très avantageux obtenu auprès d'un couple de riches entrepreneurs.

M. Wulff aurait alors appelé tour à tour Friede Springer, actionnaire majoritaire du groupe d'édition, ainsi que Mathias Döpfner, le président du directoire de Springer, pour leur demander d'intervenir pour stopper la publication de l'article.

Après avoir essuyé des refus, il avait laissé un message véhément sur le répondeur du téléphone portable de Kai Diekmann, le rédacteur en chef, menaçant notamment de poursuivre l'auteur de l'article devant les tribunaux.

Pris individuellement, tous ces faits "pourraient être considérés comme des maladresses", estimait le Financial Times Deutschland. "Mais leur accumulation finit par dessiner un tout inquiétant et petit à petit impossible à assumer", ajoutait le quotidien des milieux d'affaires.

"Sa crédibilité est atteinte à travers tous ces faux-pas. Un homme qui traîne tout cela derrière lui ne peut plus rester président", tranchait le FTD.

"C'est déjà effarant qu'un chef d'Etat essaye d'intervenir auprès d'un rédacteur en chef pour empêcher un article défavorable de paraître. Que pour ce faire, il mette dans la balance des menaces de poursuites judiciaires est absurde. Qu'il le fasse sur un répondeur est d'une naïveté surprenante", écrivait le Hamburger Abendblatt.

Selon le rédacteur en chef de Bild, M. Wulff avait d'abord accepté de donner sa version des faits avant de se rétracter juste avant le bouclage.

"Le mélange de naïveté et d'aplomb avec lequel Wulff a agi est atterrant. Il n'est plus qu'un conseiller municipal d'Osnabrück ou ministre-président de Basse-Saxe", sa fonction avant d'accéder à la présidence de la république, écrivait le Süddeutsche Zeitung, jugeant qu'il n'avait pas l'envergure d'un président.

Plus que les conditions d'obtention de ce prêt, c'est le fait qu'il avait nié avoir des relations d'affaires avec cet entrepreneur, en février 2010, devant le Parlement régional de Basse-Saxe, qui ont donné un premier coup de canif à sa crédibilité.

Peu avant Noël, M. Wulff avait présenté des excuses, mais estimant seulement ne pas avoir été "rigoureux". Lundi, sa porte-parole, a assuré de son attachement à la liberté de la presse.

La classe politique restait mardi plus réservée, se contentant de réclamer des explications. Mais personnes même dans son parti conservateur Union chrétienne-démocrate (CDU) n'est monté au créneau pour le défendre.

Pour certains, le sort de Wulff était entre les mains de la chancelière Merkel.

"Un jour ou l'autre, la chancelière finira bien par faire froidement le calcul que le garder en poste lui cause à elle et au pays plus de dommages qu'une deuxième démission d'un président" allemand, juge le journal Weser-Kurier.


AFP

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