Le spectre d’un Brexit sans accord fait son grand retour

Le temps presse, " the clock is ticking ". C’est un refrain moultes fois répété dans la saga du Brexit. Et il est toujours d’actualité. Européens et Britanniques entament une nouvelle semaine de négociations. L’objectif reste le même : trouver un accord de libre-échange d’ici la mi-octobre. Après cette date, le premier ministre britannique, Boris Johnson a menacé de mettre fin aux pourparlers, réveillant le spectre d’un no deal, une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord commercial.

Ce mardi 29 septembre, les deux équipes de négociation se retrouveront à Bruxelles. Ce sera le 9e cycle de pourparlers depuis le printemps dernier. Va-t-on enfin voir des avancées ? Rien n'est moins sûr. A en croire les déclarations à Londres, un accord commercial est encore possible. Dans le camp européen, on se montre beaucoup plus prudent. La semaine dernière, le négociateur en chef de l’Union, Michel Barnier, faisait un compte-rendu de la situation à des ministres européens. Il leur aurait dit que l’atmosphère était plus ouverte autour de la table des négociations mais que des divergences d’opinion significatives persistaient.

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Le chef des négociateurs européens, Michel Barnier, déterminé à trouver un accord. Mais réaliste... © Afp

Toujours les mêmes divergences

Les points de blocage sont connus. Les Européens veulent que leurs pêcheurs puissent encore plonger leurs filets dans les eaux territoriales britanniques après le Brexit. Sur ce point, Londres a ouvert un peu le jeu dernièrement. Mais les 27 veulent également établir une série de règles de concurrence équitables afin d’éviter du dumping environnemental, social ou fiscal de la part du Royaume-Uni. Mais sur ce point, en particulier sur les aides d’état aux entreprises, Londres reste intraitable.

Or, le temps presse. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a menacé de quitter la table des négociations si un accord n’était pas trouvé le 15 octobre prochain. Les Européens, eux, sont prêts à discuter jusque fin octobre. Au-delà de cette date, de toute manière, ce ne serait pas possible car il faut prévoir du temps pour les procédures de ratification afin que l’accord puisse entrer en vigueur le 1er janvier prochain.

Mais que veut Boris Johnson ?

Reste une question fondamentale que les Européens se posent mais qui reste sans réponse : Boris Johnson veut-il vraiment un accord ? La question s’impose tout particulièrement depuis qu’il a décidé unilatéralement de ne pas respecter l’accord de divorce signé avec les Européens en janvier dernier. S’il ne retire pas cette législation controversée d’ici la fin de ce mois de septembre, les 27 ont menacé le Royaume-Uni d’un recours en justice. Mais rien n’y fait. Ce lundi 28 septembre, le gouvernement britannique a répété qu’il n’entendait pas retirer sa législation controversée. Ce point de discorde hypothèque sérieusement les négociations sur les relations futures. " On traite avec un partenaire avec qui on ne peut pas se fier ", a résumé un diplomate européen à l’agence AFP.

Le retour du no deal

Cette atmosphère plombée a fait ressurgir le spectre d’un no deal d’ici trois mois. En effet, le 1er janvier 2021, marquera la fin de la période de transition pendant laquelle le Royaume-Uni continue d’appliquer les normes européennes. Sans cet accord, le commerce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne serait régi par les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce, autrement dit, ce serait le retour des contrôles et des tarifs douaniers des deux côtés de la Manche.

 

Les Européens aiment à répéter que le coût économique d’un no deal serait plus lourd pour les Britanniques qui exportent 47% de leurs produits vers l’Union européenne, alors que seuls 8% des exportations européennes prennent la route du Royaume-Uni. Mais l’addition risque d’être salée pour tout le monde.

 

L’impact pour l'Union européenne

Le Financial Times a publié en primeur ce lundi 28 septembre les conclusions d’une étude réalisée par Institut für Wirtschaftsforschung Halle, un institut économique allemand. Dans cette étude, il est dit qu’en cas de no deal 700 mille emplois seraient menacés dans les entreprises européennes qui exportent vers le Royaume-Uni. Avec près de 180 mille emplois en danger, l’Allemagne serait la plus affectée, suivie par la France, la Pologne et l’Italie. Mais proportionnellement, ce sont les petits pays qui souffriraient le plus. A commencer par l’Irlande qui perdrait 35 mille emplois, soit 2% de sa population active. Pour des pays comme la République tchèque, la Slovaquie… et la Belgique, les pertes d’emploi pourraient osciller entre 0,5 et 3.4%. Les industries automobile et de l’agroalimentaire qui exportent vers le Royaume-Uni seraient les plus touchées.

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Au Royaume-Uni, un no deal pourrait provoquer des embouteillages monstres avant la traversée de la Manche © Afp

L’impact pour le Royaume-Uni

Prenez maintenant les exportations britanniques vers l’Union européenne. Sans accord commercial, l’Union imposerait des tarifs douaniers sur les produits laitiers britanniques qui s’élèveraient à 37,5% ; ils seraient de 11,5% sur les vêtements, de 10% sur les automobiles.

 

Economiquement, pour le Royaume-Uni, un no deal pourrait s’avérer bien plus lourd que les conséquences de la pandémie de Covid-19. Le centre de recherche britannique, UK in a changing Europe, a publié une étude la semaine dernière. Cette étude évalue à 5,7 % l’impact d’un no deal sur le produit intérieur brut, autrement sur la richesse du Royaume-Uni, sur une quinzaine d’années, contre 2,1% pour le Covid-19.

 

 

UK in a changing Europe souligne aussi que l’absence d’un accord commercial pourrait conduire à d’autres no deals concernant l’aviation, la pêche, la sécurité ou la coopération judiciaire. Dans son étude, le centre de recherche renvoie enfin à des fuites sur des hypothèses faites par gouvernement britannique. Dans un rapport préliminaire sur le scénario du pire à la fin de la transition (à partir donc du 1er janvier 2021), il est question de possibles faillites des autorités locales, de pénuries et de hausses de prix, de menaces sur l’approvisionnement en nourriture et en carburant. Il est même question de faire éventuellement appel à la Royal Navy, les forces navales britanniques, en cas de tensions entre pêcheurs britanniques et européens.

Et maintenant ?

Début septembre, le premier ministre britannique, Boris Johnson, assurait qu’un no deal serait un " bon résultat " pour son pays. Tout le monde au Royaume-Uni ne partage pas son avis. Une majorité d’entreprises plaident pour un accord commercial avec l’Union européenne. 8 citoyens britanniques sur 10 jugent la relation entre leur pays et l’Union européenne, bien plus importante qu’avec le Commonwealth et les Etats-Unis. Mais jusqu’ici, Boris Johnson garde le cap d’un Brexit le 1er janvier 2021 avec… ou sans accord commercial.


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