Le "skate soccer", une initiative venue du Ghana pour changer le regard sur la polio

Le projet "skate soccer" pour permettre aux personnes souffrant de la polio de jouer, eux aussi, au football.
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Le projet "skate soccer" pour permettre aux personnes souffrant de la polio de jouer, eux aussi, au football. - © Dylan GAMBA

Plusieurs centaines de personnes en souffrent au Ghana. Une maladie synonyme d’exclusion sociale avec de grandes difficultés pour trouver un emploi. Depuis 12 ans, Albert Frimpong tente de faire changer le regard sur la maladie en organisant des entraînements de skate soccer, à Accra mais également à Kumasi, la deuxième ville du pays.

Le football est une religion dans le pays. Les soirs de grandes compétitions européennes, les bars de la capitale, Accra, sont remplis. Plus les discussions s’éternisent, plus les probabilités de débattre autour du ballon rond grandissent. Le dimanche, après l’église, des matches s’organisent sur les terrains vagues.

Mais pour ceux qui souffrent de la poliomyélite, plus couramment appelée polio, difficile de prendre part à cette ferveur. Les malades, qui ont une atrophie de leurs membres inférieurs, ne bénéficient d’aucune aide de l’État et des institutions et ont des difficultés à trouver du travail. Ils sont la plupart du temps contraints de mendier.

"Je veux qu’ils retrouvent de l’estime en eux"

Une situation qui exaspère Albert Frimpong. Ancien joueur de baseball, il a lancé en 2008 le projet "skate soccer". Le but : permettre aux personnes souffrant de la polio, mais aussi ceux qui ont du être amputés d’un membre inférieur, de jouer au football. "Je veux qu’ils retrouvent de l’estime en eux et les aider pour qu’ils arrêtent de mendier", plaide-t-il.

Tous les dimanches, entre 50 et 60 personnes se réunissent à Tudu, un quartier populaire de la capitale Accra, sur un terrain utilisé le reste de la semaine comme une station de taxis. Les joueurs se déplacent sur des planches en bois munies de roulettes, les jambes repliées en tailleur. Les passes s’effectuent avec la paume de la main. Pour éviter les frottements liés aux contacts répétés des mains avec l’asphalte, certains se munissent de gants, voire de claquettes. Les règles sont similaires à celles du football, et empruntent également des éléments au handball et au basket. L’objectif étant d’envoyer le ballon dans les buts adverses.

Deux fois par semaine, une vingtaine de joueurs se réunissent aussi à Kumasi, la deuxième ville du pays. Albert Frimpong a également lancé la fédération internationale de skate soccer, basée à Accra, et qui compte désormais 8 membres, dont le Nigeria et le Togo.

"Je me sens bien quand je suis sur le terrain"

A l’issue de la rencontre largement remportée par son équipe, Abdallah Aka Shako est en sueur après un effort particulièrement physique. Le jeune homme de 27 ans s’adonne au skate soccer depuis les débuts du projet. "Je me sens bien quand je suis sur le terrain", avance-t-il.

Mais la situation est beaucoup plus difficile en dehors. "Tu es dans la merde dans ce pays quand tu n’as pas d’argent", poursuit-il. Atteint de la polio alors qu’il n’avait que deux ans, il a rapidement dû arrêter les études. Il est contraint de mendier près de l’aéroport d’Accra, un trajet qui lui prend chaque jour deux heures sur son petit tricycle, qui lui a coûté 500 cedis (un peu moins de 90 euros), soit pratiquement le salaire mensuel ghanéen.

"Il est très difficile de trouver un travail", avance Abdallah. "Certains ici sont commerçants, mais ils sont auto-entrepreneurs car personne ne veut les employer", estime de son côté Albert Frimpong.

Changer les mentalités autour de la polio

Le but d’Albert est également de faire changer les mentalités autour de la maladie. Ce dimanche, plusieurs dizaines de personnes se sont installées autour du terrain pour assister à la rencontre. Les buts sont célébrés par des applaudissements nourris. L’équipe a également récemment trouvé un sponsor.

Mais Elvis Alipui, membre du mouvement ghanéen sur le handicap et ancien du comité paralympique, estime que les autorités doivent prendre leurs responsabilités. "La plupart de ceux qui souffrent de la polio, mais aussi d’un handicap en général, ne vont pas à l’école et subissent des discriminations", souligne-t-il. Malgré de nombreuses heures de discussion, infructueuses, passées au ministère des Sports, Elvis déclare "ne pas vouloir laisser tomber".

Après les deux heures d’entraînement hebdomadaires, les pratiquants du skate soccer rentrent chez eux dans un trotro, un van collectif, spécialement affrété pour eux, car les transports collectifs ne sont pas adaptés.

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