Le sang continue de couler: le Soudan du Sud a 7 ans... et n'a pas grand-chose à fêter

Le sang continue de couler au Soudan du Sud et, de l’optimisme, il ne reste qu’un vague souvenir.
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Le sang continue de couler au Soudan du Sud et, de l’optimisme, il ne reste qu’un vague souvenir. - © Andreea CAMPEANU

Sur le drapeau du Soudan du Sud, la bande de couleur rouge, au centre, représente le sang versé pendant la guerre d’Indépendance, une étoile jaune symbolise l’optimisme du peuple pour un futur meilleur. Le sang continue de couler et, de l’optimisme, il ne reste qu’un vague souvenir.

À Juba, la capitale, lundi 9 juillet, quelques-uns arboraient néanmoins ces couleurs, et avec elles, leur fierté sud-soudanaise. Les autres, la majorité, tuaient le temps tout au long de ce jour férié sans cérémonie officielle.

Il n’y avait pas grand-chose à célébrer pour le septième anniversaire du plus jeune pays du monde.

"Les gens ont faim"

Assise sur une natte dans la cour de sa maison, dans le quartier de Gudele, en périphérie de la ville, Betty Achang Ocheng nous presse de partir avant que la nuit tombe. "Il y a des agressions, du banditisme, dit-elle. Les gens ont faim, ils s’en sortent comme ils peuvent."

La cinquantaine, cette mère de famille est nutritionniste à l’hôpital pour enfants Al Sabah, à Juba. "Il arrive qu’on doive hospitaliser une fratrie entière pour malnutrition. Nous ne voyions pas ça avant", constate-t-elle. L’hôpital manque de médicaments, de sang pour les transfusions… Le personnel de santé est démotivé, les absences sont fréquentes.

Un salaire de 10 euros

La semaine précédente, Betty a reçu son salaire mensuel, le premier depuis avril. Mais avec l’inflation, la somme versée équivaut à 10 euros. Une somme dérisoire. "Ceux qui ont l’opportunité de se faire engager par des organisations humanitaires partent", dit-elle. Elle aussi est sur le point de jeter l’éponge.

"Trois de mes enfants vont à l’école en Ouganda, je veux qu’ils aient une bonne éducation. Avec ce que je gagne, après avoir acheté un sac de charbon pour cuisiner, il ne reste presque plus rien."

Violation des droits de l'Homme

Le Soudan du Sud, indépendant en 2011, a plongé dans un conflit meurtrier deux ans plus tard. Initié par une lutte de pouvoir entre le président Salva Kiir et l’ancien vice-président Riek Machar, il s’enlise et ne cesse, depuis près de cinq ans, d’entraîner de nouvelles atrocités. L’armée, les rebelles et une multitude de groupes armés ont été accusés de graves violations des droits de l’Homme, y compris le massacre de civils, le viol et la torture.

Sur douze millions de Sud-Soudanais, deux millions ont été déplacés à l’intérieur des frontières, autant ont fui les combats vers les pays voisins.

Petits arrangements entre ennemis

À Juba, la capitale, règne un semblant de normalité. En apparence. Le conflit a entraîné l'effondrement de l'économie du pays, qui tire ses revenus du pétrole, dont la production a été réduite à néant. A cause de l’insécurité, les routes commerciales sont également perturbées, ce qui a fait grimper les prix de toutes les commodités. Début 2015, un dollar s’échangeait pour 6 livres sud-soudanaises au marché noir, contre 250 aujourd’hui. L’État est incapable de payer ses fonctionnaires, mais continue d’acheter des armes.

Des discussions sont en cours, entre le président Salva Kiir et le chef de l’opposition Riek Machar, avec les chefs d’État de la région pour médiateurs. Pendant que se négocient de petits arrangements entre ennemis, qui ont pris l’habitude de ne pas les respecter, la population survit au jour le jour. Sur le drapeau sud-soudanais, aucune couleur, pourtant, ne devait représenter la souffrance.

 

Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Centre Pulitzer pour le reportage de crise.

Images des camps de réfugiés de Juba et de Bentiu, au Soudan du Sud

Prises de vue de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés tournées en mai et juin 2017.

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