Le résistant et les néo-nazis

La Grèce vote
La Grèce vote - © AFP PHOTO /Sakis Mitrolidis

Deux faits marquants lors du scrutin en Grèce : la gauche radicale devient le deuxième parti du pays, les néo-nazis de "Aube dorée" font 7%. Une difficulté pour l’Union européenne puisque les premiers refusent l’austérité telle qu’elle a été imposée à la Grèce et que les seconds sont en contradiction flagrante avec les valeurs de tolérance et de démocratie qui devraient caractériser cette Union.

 

Quand il est allé voter, le 6 mai dernier, Manolis Glezos a été applaudi à son arrivée. Chaleureusement. Spontanément. Cet homme-là est un "héros" en Grèce. C'est un résistant. Il l'était en 1941, quand il est allé décrocher le drapeau nazi qui flottait sur l'Acropole. Résistant, il l'est encore aujourd'hui. Il n'est pas rare de le voir dans les manifestations contre les mesures d'austérité votées ces derniers mois au parlement grec. A 89 ans, Manolis Glezos a un nouvel ennemi : la rigueur à la sauce européenne.

Un héros en résistance

"On ne veut pas de sauveur. On peut se sauver seuls", nous déclare-t-il à la sortie du bureau de vote. Mais est-ce compatible avec une Grèce au sein de l'Union européenne? "On est dans l'Europe, et cette lutte on va la faire avec le peuple européen pour renverser le régime de la dictature de l'argent. Il y aura le chaos pour les gens qui possèdent de l'argent" Et quand on lui dit que l'Europe donne de l'argent à la Grèce, l'homme s'énerve un peu : "L'Europe ne nous donne pas d'argent, elle nous donne un prêt! Qu'est-ce qu'ils nous ont donné? Rien! Mais ils nous ont rendus esclaves"

Manolis Glezos s'est engagé à fond dans cette nouvelle lutte. Il s'est même présenté aux élections. Sur la liste de Syrisa, le parti de la gauche radicale. Celui qui ne veut plus subir les mesures d'austérité dictées par l'Union européenne et le FMI. Comme on pouvait s'y attendre, Manolis Glezos a été élu haut la main. Mais comble de l'ironie, cet ancien résistant siègera dans l'hémicycle aux côtés des élus du parti "Aube dorée". C'est un parti néo-fasciste et il a récolté 7% des voix. Aux dernières élections, en 2009, il n'avait fait que 0,29%!

Les électeurs de "Aube dorée"

Pour comprendre cette fulgurante progression, nous nous sommes rendus dans un des quartiers où ce parti d'extrême-droite a réalisé un bon score. C'est un quartier ni pauvre ni riche. De prime abord, on a l'impression qu'il y fait bon vivre. A notre grand étonnement, il n'est pas difficile d'y rencontrer des électeurs de l' "Aube dorée".

A la terrasse d'un café, il y a une table entièrement occupée par des retraités. Ils y boivent un café, en discutant de la situation politique. Quand on leur demande pour qui ils ont voté, tous ont la même réponse : le parti néo-fasciste. Même Evangelos, pourtant il a été résistant pendant la guerre. "J'ai voté Aube dorée pour jeter hors du parlement les salauds, les arnaqueurs, les petits voleurs". Ah, les hommes politiques du passé n'ont pas bonne presse...

Le propriétaire du café les rejoint. Lui aussi, il a voté extrême-droite. Costas a 40 ans et il nous explique : "On a fait entrer l'Aube dorée au parlement à cause des mesures que les partis traditionnels nous ont imposées. Eux, ils ont volé tout l'argent. Les politiciens en Grèce sont des voleurs" Et il ajoute "S'il n'y avait pas tous ces étrangers et ce chaos quotidien, peut-être que l'Aube dorée n'existerait pas"

La crise a fait le lit de l'extrême-droite. Mais aussi l'arrivée massive d'immigrés. L'année dernière, il y en a eu 100 000 en Grèce. Un afflux que le pays n'arrive pas à gérer.

Vers de nouvelles élections

Aux élections du 6 mai dernier, ces deux partis, Syrisa et Aube Dorée, ont fait une incroyable percée. Pourtant, ils sont à l'opposé l'un de l'autre. Leur seul point commun : c'est leur opposition à l'austérité. Mais il n’a pas été possible de former un gouvernement.

Lorsque les Grecs revoteront le mois prochain, plusieurs sondages prédisent une première place pour Syrisa. L'"aube dorée", par contre, se tasserait. Le parti de la gauche radicale devra alors gérer cette victoire. Continuer à dire non à l'austérité telle qu'elle existe actuellement. Avec tous les risques que cela comporte.

Isabelle Huysen, journaliste

 

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