Le recrutement d'adolescents européens par le groupe EI: une menace difficile à contrer

Les images de propagande sur la toile sont un facteur important d'engagement. Ici, une photo d'entraînement d'un groupe djihadiste syrien, Ahrar-al-Sham, à Idlib.
Les images de propagande sur la toile sont un facteur important d'engagement. Ici, une photo d'entraînement d'un groupe djihadiste syrien, Ahrar-al-Sham, à Idlib. - © AFP

Trois adolescents ont été arrêtés cette semaine en France. Ils étaient soupçonnés de préparer un attentat sur le sol français, pour le compte du groupe Etat islamique. Ces jeunes avaient à peine 15 ans. Et ce ne sont pas les premiers mineurs d'âges recrutés par les djihadistes. Comment expliquer que d’aussi jeunes hommes soient attirés par ce genre d’entreprise violente ?

La situation du groupe État islamique dans les pays où ils sont en guerre amène quelques éléments qui éclairent en partie le phénomène. La position des djihadistes du groupe Etat islamique y est précaire. Tant en Syrie qu’en Irak, leurs pertes sont nombreuses. Le groupe Etat islamique change donc apparemment de tactique. Comme les départs en Syrie se font plus rares, il recrute des jeunes, et des femmes, pour semer la terreur en Europe. Avantage: les moyens nécessaires pour commettre des actes violents sont beaucoup moins importants. On se rappelle que les deux jeunes qui ont exécuté le prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray étaient, par exemple, équipés d'armes blanches.

Des recruteurs prennent alors contact avec des jeunes. En général, le processus est plus ou moins le même: des contacts via un groupe d’amis très proches, ou via le net– certains jeunes ciblés sont tout d’abord fascinés par les images violentes. Puis, de fil en aiguille, la toile se tisse, et le jeune est mis en contact avec d’autres personnes.

N'importe qui

Pour Serge Garcet, professeur en criminologie et membre du Centre d’études sur le terrorisme et la radicalisation de l’Université de Liège (CETR), ces jeunes, en général en décrochage scolaire, ou mal dans leur peau, sont des cibles parfaites: "Tous ces jeunes qui ont le sentiment quelque part de ne pas être entendus, de ne pas être reconnus, ou qui sont en décrochage scolaire, ont une réponse tout à fait organisée, structurée, qui va leur donner et du pouvoir et une forme de légitimité par rapport à leur souffrance, au travers d’actes tels que ceux-là."

Pour Serge Garcet, "n’importe qui est en malaise sans nécessairement être pathologique peut à un moment donné être tenté et fasciné par ce genre de discours". L’influence du discours religieux est importante, ajoute-t-il, mais c’est un facteur parmi d’autres, et ce n’est pas, estime-t-il, le point central qui fait basculer un jeune dans l’engagement dans ces groupes violents.

Ce qui est déterminant, c'est de se trouver intégré dans un groupe, qui fait que c'est le "nous" - victimes - contre le "eux" - bourreaux d'enfants et de musulmans en Syrie ou en Irak - qui va déterminer l'identité du jeune. 

De là à passer à l’acte? Pour le criminologue, il faut voir le processus comme un continuum. "Le discours va être appuyé par des personnes qui ont un potentiel de séduction, qui sont charismatiques, et qui, elles, sont dans l’action armée. Et donc ces jeunes peuvent aller chercher toute une série de valeurs chez ces personnes, en termes d’identification, qui vont permettre de faire sauter les verrous moraux. Et permettre le passage à l’acte."

Un phénomène difficile à juguler

Serge Garcet travaille avec un grand nombre de ces jeunes, qui sont placés en IPPJ pour suivre des programmes de "déradicalisation". Et il se dit pessimiste. Pour lui, ces suivis risquent de ne pas porter leurs fruits. "On considère parfois qu’un discours porté par un éducateur ou un imam pourrait modifier la façon de penser d’un jeune. Mais prenez l’image de la plasticine, par exemple. Si vous prenez une boule noire qui symboliserait le discours idéologique, et une boule blanche qui est serait le jeune lui-même.  Avec le temps, vous malaxez ces deux boules l’une avec l’autre. Vous aurez une boule grise, dont la couleur est indéterminée. Et le blanc et le noir sont tout à fait imbriqués. La logique de déradicalisation serait de revenir à l'état initial. Or le temps a passé, et il y eu un mélange, une imprégnation, qui fait que le blanc n’est plus blanc, et que le noir n’est plus noir."

Travailleurs de terrain et chercheurs seraient donc, pour le moment, assez démunis. Et Serge Garcet estimpe que nous devront vivre avec ce phénomène, tant il est difficile à circonscrire.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK