Le projet fou de la nouvelle capitale d'Égypte, construite en plein désert

La semaine dernière, le président égyptien Al-Sissi était réélu pour un deuxième mandat à la tête du pays. Il a quatre ans devant lui pour faire aboutir ses projets. Dont celui de la création de la nouvelle capitale administrative d’Égypte, construite en plein désert. En 2021, la ville devrait compter 5 millions d'habitants. Un projet fou qui fait sa fierté mais qui suscite aussi des craintes et des appréhensions dans tout le pays.

Le désert. À perte du vue. Ici, il y a moins d'un an, il n'y avait rien : pas de route ni même d'électricité. Pourtant, depuis quelques semaines, c'est la nouvelle capitale d’Égypte qui sort du sable à plus de 60 kilomètres de la capitale actuelle.

Quatre fois plus grande que Bruxelles

Chaque jour, ils sont 20.000 ouvriers à travailler sur les différents chantiers. Ahmed, Mahmoud et leurs amis sont ici depuis quelques mois : "Moi je suis ferronnier. Lui, il travaille au pointage des ouvriers et au recrutement parfois", explique Ahmed.

Mahmoud, lui, est sur le chantier depuis le mois d’octobre : "Ici, on travaille presque tous douze heures par jour, six jours sur sept. On a seulement congé le vendredi".

À une heure du Caire, l’Égypte mise tout sur sa nouvelle capitale : 700 kilomètres carrés, quatre fois plus grande que Bruxelles. Une ville que les autorités annoncent écoresponsable et ultramoderne avec un aéroport, un stade et des milliers de logements.

Avec des objectifs affichés pour le pays : prouver sa puissance et attirer de nouveaux investisseurs. "Cette idée, elle date d'il y a 40 ans", explique Khaled El Husseiny, porte-parole du projet de la nouvelle capitale d’Égypte. Il poursuit : "Aujourd'hui, on est en train de réaliser notre rêve. C'est d'autant plus important qu'au Caire il y a beaucoup de problèmes d’infrastructures et que la population dans la ville a dépassé les 18 millions d'habitants".

"Une ville pour les riches"

Pourtant, au Caire, de nouveaux bâtiments sont construits. Presque chaque mois. Mais ils restent vides, inoccupés car très peu ont les moyens de les louer et encore moins de les acheter. Mohaned El Bendary est un opposant au régime du Président Al-Sissi. Il dénonce : "Tous les ministères vont déménager dans la nouvelle capitale. Ce sont des services à la population. Or, les gens n'y auront pas accès. Et que dire des fonctionnaires qui devront y aller travailler. Ils gagnent à peine 150 euros par mois alors qu'un appartement de 100 mètres carrés coûte plus de 130.000 euros".

Ces 30 dernières années, une trentaine de villes sont sorties de terre. Aujourd'hui, elles n'abritent que 2% de la population égyptienne. "La question, c'est de savoir si ce nouveau projet a été mis en place pour la réussite personnelle du président ou pour servir la population. Ils construisent une ville pour les riches. Ils vont se réfugier là-bas, très loin des moins riches et des pauvres du Caire." Khaled El Husseiny tente de se justifier : "C'est vrai que la nouvelle ville ne sera pas destinée aux très bas salaires. On est en conscient. Mais on essaie d'y travailler".

Dans un an, le président fraîchement réélu devrait s'installer dans la nouvelle capitale, avec un budget annoncé de 43 milliards d'euros pour ce projet pharaonique. D'ici 2021, la ville devrait incarner l’Égypte du futur... à moins qu'elle ne soit qu'un mirage, dans le désert égyptien.

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