Le procès d'Anders Behring Breivik, le grand cirque médiatique

Plus de 800 journalistes assistent au procès d'Anders Breivik
Plus de 800 journalistes assistent au procès d'Anders Breivik - © AFP / DANIEL SANNUM LAUTEN

Il voulait être le centre du monde, de l'attention des médias... C'est réussi. Depuis ce matin, Anders Breivik est vu et entendu dans le monde entier. Son procès pour les attaques d'Oslo et d'Utoeya qui ont fait 77 morts a commencé lundi et devrait durer dix semaines.

Toutes les télévisions, les radios, les quotidiens nationaux et étrangers sont là. Pas assez d'accréditations pour tout le monde. Pas assez de places non plus dans la salle d'audience. Alors, les caméras s'installent devant le tribunal et les journalistes se succèdent sur leur petite estrade pour raconter la 1ère journée de ce procès historique. Le plus important depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et que raconter si ce n'est la même chose ? Le tueur froid apparaît déterminé, arrogant, sûr de lui, ne veut pas reconnaître le tribunal qui le juge.

Malaise dans la salle, malaise pour les journalistes présents à l'intérieur. "Impression étrange" confirme une collègue française.

Dehors pourtant, rien ne laisse présager de l'importance de l'événement. Pas d'attroupement devant les marches du tribunal, pas de fleurs au pied de la cathédrale, pas de circulation détournée, de quartier bouclé. À peine quelques hommes en armes aux portes du palais de justice.

Les Norvégiens ne veulent pas que Breivik change leur société, leurs valeurs. Ils ont gagné aujourd'hui, eux aussi. Personne ne crie vengeance, personne ne réclame la peine de mort. Non, ici le mot d'ordre c'est le calme, le respect de la loi, le besoin viscéral d'un procès juste, équitable, digne. S'il y avait eu un tribunal d'exception, cela aurait fait de Breivik un être à part, au-dessus des lois, quelqu'un par qui le changement serait arrivé. Insupportable pour les Norvégiens, tellement habitués à l'ouverture d'esprit, la tolérance et la démocratie.

Des voix s'élèvent néanmoins pour critiquer les médias. 150.000 articles auraient été publiés en Norvège depuis le 22 juillet 2011. Trop entend-on. Comment tourner la page quand chaque jour, Breivik fait parler de lui.

Pas oubliées

Les 800 journalistes présents décryptant les mots et les attitudes du tueur feraient presque oublier que dans ce terrible drame il y a des victimes. Les proches, les survivants, les sauveteurs, les riverains... Dix mille personnes seraient affectées de près ou de loin par l'affaire Breivik. Les psychologues qui les ont suivi évoquent des jeunes en grande majorité perdus, incapables de reprendre une vie normale, d'aller à l'école. Le gouvernement norvégien devrait leur permettre d'étudier chez eux, de prendre le temps nécessaire à leur réinsertion. Le gouvernement à débloqué 120 millions d'euros pour les aider.

Il y avait 564 personnes sur l'île d'Utoya le 22 juillet dernier. Elles ne seront pas toutes présentes dans la salle d'audience mais 27 tribunaux répartis dans tout le pays retransmettront les débats pour ses victimes. Certaines prendront la parole, d'autres pas. Toutes devront entendre le tireur raconter à quel point il est désolé. Désolé de ne pas avoir fait plus de victimes. Ce sera demain et pendant 5 jours. Anders Breivik aura la parole tout ce temps. Seulement après les experts, les enquêteurs et les rescapés témoigneront. Mais personne ici ne remet en cause la façon dont se tient le procès. La dignité est le maître mot.

Dans dix semaines, les cinq juges se prononceront, feront de Breivik un fou ou un tireur déterminé. Dans dix semaines peut-être, la Norvège tournera la page.

Esmeralda Labye

 

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