Le Printemps arabe: une saison mouvementée loin d'être terminée

Un protestataire égyptien sur la place Tahrir, au Caire, en février 2011.
Un protestataire égyptien sur la place Tahrir, au Caire, en février 2011. - © EPA/FELIPE TRUEBA

En dix mois à peine, le Printemps arabe a transformé le visage du monde. De Marrakech à Damas, les révoltes n'auront épargné aucun tyran, aucun régime autoritaire. Mais si certains dictateurs sont déjà tombés (Mouammar Kadhafi, Zine el-Abidine Ben Ali, Hosni Moubarak), dans plusieurs autres pays, la lutte est loin d'être gagnée.

Près de dix mois après ses débuts, le Printemps arabe vient de prendre un nouveau tournant avec l’élimination de Mouammar Kadhafi. Depuis les premières émeutes dans les rues tunisiennes en décembre 2010, c’est toute une région qui tremble. Qui vacille. Qui change.

Mais si certains dictateurs ont disparu ou se trouvent aujourd'hui face à leurs juges, d’autres leaders sont parvenus à juguler, dans le sang ou par la loi, les mouvements démocratiques.

Il semble parfois difficile de parler d’un seul Printemps arabe, tant les révolutions et leurs conséquences sont plurielles. "Ce sont des mouvements indépendants mais qui se basent sur un socle commun", analyse Leila Mouhib, chercheuse en relations internationales (ULB). "Le point de départ de toutes ces révoltes, c’est bien évidemment la Tunisie. Ensuite, par un effet domino, le mouvement s'est répandu dans tout le monde arabe. Mais chaque peuple a ses propres revendications."

Certains points communs peuvent tout de même être relevés, comme l’identité des manifestants, relativement jeunes. Ou le rôle, indéniable, joué par les nouveaux médias dans cette vague révolutionnaire.

Ces dictateurs qui ne se relèveront pas

Première "victime" de ce printemps arabe, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a fui, le 14 janvier, la révolution de Jasmin pour se réfugier en Arabie Saoudite. Condamné par contumace à 35 ans de prison et 45 millions d’euros, l’ex-président suivra de loin les premières élections libres de l’histoire de la Tunisie, organisées ce week-end.

"Le président Ben Ali est parti, et c’est une bonne chose, mais tout doit encore se jouer", note Leila Mouhib. "N’oublions pas que Ben Ali ne gouvernait pas seul. Certains de ses anciens proches collaborateurs chercheront sans doute à se voir attribuer l’un ou l’autre poste important."

L’Egypte a également réussi à faire tomber un monument. Après plusieurs manifestations réprimées dans le sang (plusieurs centaines de personnes auraient été tuées), le pharaon Hosni Moubarak démissionne le 11 février et confie les rênes du pays au Conseil suprême des Forces armées. Depuis, l’homme est apparu alité aux premiers jours de son procès.

"Ce procès, c’est la justice des vainqueurs", estime la chercheuse de l’ULB. "Il est évidemment très symbolique mais il ne réparera pas toutes les exactions commises. Ce n’est pas non plus une garantie pour l’avenir. Je vous rappelle que l’armée tire toujours les ficelles, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle." Les récents épisodes violents, opposant coptes et musulmans, manifestants et forces de l’ordre, semblent donner raison à Leila Mouhib.

Après sept mois de guerre civile et une intervention musclée et remarquée des forces aériennes de l’OTAN, la Libye est parvenue ce jeudi à se débarrasser de Mouammar Kadhafi, qui la dirigeait d’une main de fer depuis 42 ans. D’aucuns auraient sans doute préféré que le dictateur soit capturé vivant, afin de le traduire, pour crimes de guerre, devant le tribunal de La Haye.

S’il est encore trop tôt pour savoir de quoi seront faits les prochains mois, il ne fait presque aucun doute que la Libye se relèvera difficilement de ces quatre décennies de tyrannie, de divisions, de mensonges et de répression.

S'accrocher, réprimer, continuer

Après la chute de Mouammar Kadhafi, les regards se tournent désormais vers la Syrie. Depuis le 15 mars, les rues de Damas, de Deraa et d’autres villes et villages sont fréquemment prises d’assaut par des hordes de manifestants. Mais le président Bachar el-Assad refuse d’abandonner le pouvoir et a choisi de réprimer violemment le mouvement de contestation.

Plusieurs voix se sont élevées, pour réclamer une intervention de la communauté internationale. Mais malgré les menaces et un bilan humain qui s’alourdit chaque jour, le tyran est toujours en place. "Le problème d’une intervention en Syrie, c’est que sur un plan purement stratégique, elle est plus délicate qu’une action en Libye", indique Leila Mouhib. "La Syrie est voisine d’Israël. Et tant Jérusalem que Washington tremblent à l’idée qu’un nouveau conflit puisse éclater dans cette région. Il faut donc constater que pour eux, le régime en place est, d’une certaine manière, une garantie de stabilité. Et puis, il n’y a pas en Syrie tout le pétrole que l’on trouve en Libye."

Le cas du Yémen a également fait couler beaucoup d’encre. Le 4 juin dernier, suite à quatre mois d’affrontements entre rebelles et forces armées, le président Ali Abdallah Saleh quittait le pouvoir. Après 32 ans d’un règne sans partage, il s'envolait vers l'Arabie Saoudite pour y être soigné. Mais le 23 septembre, l’homme était déjà de retour. Depuis, les combats ont repris. "Ni la contestation ni la répression ne semblent s’essouffler", note l’universitaire. "Il est difficile voire impossible de dire aujourd’hui comment tout cela va finir."

La contestation qui secoue en février le petit royaume de Bahrein est également réprimée dans le sang. Grâce, notamment, à l’intervention des forces armées saoudiennes et émiraties. En juillet, plusieurs autres protestataires sont réduits au silence. Le principal parti d’opposition chiite décide alors de se retirer du dialogue national. Mais le roi Hamad ben Issa al-Khalifa, sunnite, est toujours en place.

Des solutions démocratiques mais provisoires?

En Algérie, le souvenir de la terrible guerre civile est encore dans toutes les mémoires. Et malgré quelques émeutes au début de l’année 2011, le pays a été épargné par le mouvement de contestation qui secoue le monde arabe. "Mais s’il n’y a pas de mouvement de masse, on observe tout de même plusieurs révoltes individuelles. Ces dernières semaines, de nombreuses personnes au bout du rouleau se sont immolées sur les places publiques. Mais ça, la presse n’en parle pas."

Le gouvernement algérien a eu l’intelligence d’apporter une réponse concrète et rapide aux exigences des premiers révoltés en maintenant, de manière artificielle, le prix de différents produits de première nécessité. "Mais ce n’est qu’une réponse à court terme", prévient Leila Mouhib.

Le voisin marocain, lui, a décidé d’agir sur le long terme. Le souverain actuel, Mohammed VI, poursuit en quelque sorte les réformes entamées par son père, Hassan II. "La révision constitutionnelle de juillet s’inscrit dans cette longue vague de réformes. Les manifestations ont peut-être quelque peu accéléré le processus démocratique mais elles ne l’ont pas provoqué. J’aimerais tout de même rappeler que si le Maroc n’est pas une véritable démocratie, ce n’est pas non plus un régime violent et autoritaire comme l’était celui de Ben Ali."

PIAB

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