Le président Tourtchinov demande à la Russie de respecter le choix européen de l'Ukraine

Olexandre Tourtchinov a appelé, dès dimanche soir, la Russie à respecter "le choix européen" de l'Ukraine, dans une adresse à la nation diffusée à la télévision. "Nous sommes prêts à un dialogue avec la Russie, en développant nos relations sur un pied d'égalité (...) et qui respecteront le choix européen de l'Ukraine. J'espère que cette orientation sera confirmée à la présidentielle" fixée au 25 mai, a-t-il déclaré en soulignant que l'intégration européenne était "une priorité" pour l'Ukraine.

Le président du Parlement assume les fonctions de chef de l'Etat

Le président du Parlement ukrainien Olexandre Tourtchinov va assurer la présidence par intérim du pays en remplacement de Viktor Ianoukovitch, destitué samedi, selon une résolution votée dimanche par les députés. La Constitution ukrainienne prévoit que le président du Parlement assume les fonctions de chef de l'Etat en cas de vacance du pouvoir. Une élection présidentielle anticipée a été fixée au 25 mai.

"Je demande aux députés de lancer immédiatement le processus de constitution d'une nouvelle majorité parlementaire et la formation d'un gouvernement d'unité nationale. Cela doit être fait d'ici mardi", avait-il demandé aux députés juste avant.

L'un des principaux responsables de l'opposition ukrainienne, le champion du monde de boxe poids lourds, Vitali Klitschko, s'est réjoui que "Ianoukovitch ait été mis KO". Son parti, Oudar (coup), a demandé le lancement d'un mandat d'arrêt international, "pour que les criminels qui se sont enfuis ou qui souhaitent le faire n'échappent pas à la justice". Une enquête a déjà été ouverte contre 30 hauts responsables de la police, pour leur rôle dans la répression.

Le Parlement ukrainien a également voté dimanche la restitution à l'Etat de la luxueuse résidence du président Viktor Ianoukovitch, destitué la veille. La résolution prévoyant "la restitution à l'Etat" de la résidence de Mejiguiria a été votée par 324 voix. Cette résidence en banlieue de Kiev, dont la privatisation illégale avait été dénoncée ces dernières années par les médias et l'opposition, était devenue le symbole de la corruption du régime.

Des milliers d'Ukrainiens ont pu la visiter depuis samedi.

Des documents potentiellement explosifs détaillant un système de pots-de-vin organisé et une liste de journalistes à surveiller ont par ailleurs été découverts dans la résidence de M. Ianoukovitch en banlieue de Kiev.

Tentative de fuite de Ianoukovitch vers la Russie

Le président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch a essayé en vain samedi de corrompre des gardes-frontières à Donetsk (est), ville dont il est originaire pour qu'ils laissent son avion décoller.

"Un avion privé, qui devait décoller de l'aéroport de Donetsk (est), n'avait pas ses autorisations en ordre. Quand les responsables sont arrivés pour vérifier les documents, ils ont été accueillis par des hommes armés qui leur ont proposé de l'argent pour pouvoir décoller sans autorisation", a déclaré le porte-parole des gardes-frontières, Serguiï Astakhov.

Peu après, deux véhicules blindés se sont arrêtés près de l'avion et le président en est sorti et a quitté l'aéroport. Selon le nouveau président du Parlement, Olexandre Tourtchinov, M. Ianoukovitch tentait de s'enfuir en Russie.

A l'heure actuelle, on ignore toujours où il se trouve. Des députés ont tapé du poing sur la table lors d'une session au Parlement dimanche pour exiger de savoir où il se trouve, mais sans obtenir de réponse dans l'immédiat. Aucune poursuite officielle n'a jusqu'ici été lancée à son encontre.

Le président déchu a, par ailleurs, été lâché dimanche par son propre parti, qui l'a jugé "responsable des événements tragiques" en Ukraine et a condamné sa "trahison" dans un communiqué.

"L'Ukraine a été trahie, les Ukrainiens dressés les uns contre les autres", a déclaré le Parti des régions, mettant en cause "la responsabilité de Ianoukovitch et de ses proches".

L'étau se resserre autour des proches de Ianoukovitch

Le procureur général Viktor Pchonka et le ministre des Impôts Olexandre Klimenko, tous deux réputés appartenir à la "Famille", surnom du clan politico-financier de Viktor Ianoukovitch, ont connu la même mésaventure à l'aéroport de Donetsk.

Ils ont été empêchés par les gardes-frontières de partir "à l'étranger", mais ont réussi à s'échapper lorsque leurs gardes du corps ont ouvert le feu contre les gardes-frontières, selon des sources officielles concordantes.

"Des mesures ont été prises pour arrêter Pchonka et Klimenko et lancer des poursuites contre eux", a indiqué dimanche devant le Parlement le nouveau procureur général par intérim, Oleg Makhnitski, qui occupe désormais le poste de l'un des deux fugitifs.

Le ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko, lui aussi destitué par le Parlement, ainsi que d'autres ministres ont "aussi été vus" dans l'aéroport de Donetsk, a déclaré le nouveau ministre de l'Intérieur par intérim, Arsen Avakov.

Samedi, deux membres hauts en couleurs du Parti des régions, le gouverneur de la région de Kharkiv, Mikhaïlo Dobkine, et le maire de la ville Guennadi Kernes ont en revanche réussi à franchir "en voiture" la frontière russo-ukrainienne, selon les garde-frontières.

M. Dobkine, connu pour ses déclarations impétueuses, avait adopté plus tôt cette semaine une position très dure face aux manifestants de Kiev, qui "veulent dicter la volonté de la foule aux autorités légitimes". Il a estimé qu'il fallait les "punir physiquement, les détruire s'il faut".

Ioulia Timochenko pas intéressée par le poste de Premier ministre

L'opposante Ioulia Timochenko a déclaré dimanche qu'elle n'était pas intéressée par le poste de Premier ministre en Ukraine, dans un message publié sur le site internet de son parti, au lendemain de sa libération.

"Je vous demande de ne pas envisager ma candidature pour le poste de Premier ministre", a écrit Ioulia Timochenko.

L'ex-égérie de la Révolution orange devait consacrer sa première journée de liberté à rencontrer des ambassadeurs occidentaux, avant de rendre visite à sa mère à Dniepropetrovsk (est), selon son parti Batkivchtchina (Patrie).

Elle doit rencontrer "très prochainement" la chancelière allemande Angela Merkel. Cette dernière lui a demandé d’œuvrer pour l'unité du pays et lui a proposé de venir se soigner en Allemagne.

Mme Timochenko souffre notamment de problèmes au dos. Une équipe de médecins allemands avait obtenu l'autorisation de l'examiner en avril 2012, mais leur recommandation de la soigner en Allemagne n'avait jamais été acceptée par Kiev.

Semblant de normalité

Dimanche, le centre de Kiev, métamorphosé en quasi-zone de guerre après trois mois de crise aigüe, renouait avec un semblant de normalité, avec la réouverture des magasins fermés depuis plusieurs jours.

Des centaines de personnes, familles avec jeunes enfants, curieux bardés d'appareils photo, sympathisants émus défilaient dans la rue Institutska, théâtre des pires massacres de la semaine, pour observer de leurs propres yeux les barricades et leurs défenseurs et rendre hommage aux victimes.

Dans le même temps, le siège du Parti communiste, allié du parti de Viktor Ianoukovitch au Parlement, a été saccagé par des manifestants et les inscriptions "Criminels", "assassins", "esclaves de Ianoukovitch" ont été taguées sur la façade du bâtiment.

Quelques 40 statues de Lénine ont aussi été déboulonnées ou vandalisées depuis le début de la semaine, principalement dans l'est du pays, selon les médias ukrainiens.

L'Ukraine est loin d'être tirée d'affaire

Les affrontements ont fait près de 80 morts cette semaine, un niveau de violence inédit pour ce jeune pays issu de l'ex-Union soviétique.

Si les manifestants se sont bien gardés de démonter les barricades qui hérissent plusieurs rues du centre-ville, l'ambiance était plus légère après le ralliement de la police à la cause des manifestants et la "neutralité" annoncée de l'armée. Mais l'Ukraine, de l'avis général, est loin d'être tirée d'affaire. Les inquiétudes au sujet du sort de ce pays de 46 millions d'habitants restent très vives. Il apparaît en effet à la fois profondément divisé et au bord de la faillite financière. Une situation suivie de près par la communauté internationale.

Manifestation dans le sud de l'Ukraine contre "les fascistes à Kiev"

Quelque 2000 personnes se sont rassemblées dimanche pour dénoncer "les fascistes au pouvoir à Kiev", à l'appel de mouvements pro-russes, à Sébastopol, dans le sud de l'Ukraine, qui héberge la flotte russe de la mer Noire.

"Le nouveau pouvoir veut priver les Russes de leurs droits et de leur citoyenneté", mettaient en garde les organisateurs, en référence aux Ukrainiens russophones.

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2000 personnes dénoncent à Sébastopol "les fascistes au pouvoir à Kiev" © Alexander KHUDOTEPLY - BELGAIMAGE

Sébastopol se situe en Crimée, une péninsule dans le sud de l'Ukraine, qui a d'abord appartenu, au sein de l'Union soviétique, à la Russie, avant d'être rattachée à l'Ukraine en 1954. Elle continue d'héberger la flotte russe de la mer Noire.

La Crimée est une "république autonome", dont les autorités locales avaient suggéré début février d'amender la Constitution locale en y inscrivant que la Russie est "garante" de cette autonomie par rapport au reste de l'Ukraine, relançant les inquiétudes sur des tendances séparatistes.

Le monument de l'armée soviétique à Sofia peint aux couleurs de l'Ukraine

Le monument de l'armée soviétique à Sofia s'est retrouvé dimanche matin peint aux couleurs du drapeau ukrainien, après que le mouvement d'opposition dans ce pays a fini samedi par obtenir la destitution du président Viktor Ianoukovitch.

Sous un drapeau bleu et jaune, les auteurs ont écrit dans la nuit "Gloire à l'Ukraine!!!" en ukrainien sur le piédestal du monument, situé dans le entre de la capitale bulgare.

L'une des statues de soldats soviétiques de la Seconde Guerre mondiale a été peinte aux couleurs de l'Ukraine et le monument a été marqué d'un jeu de mots injurieux avec le nom du président russe Vladimir Poutine.

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Le monument de l'armée soviétique à Sofia peint aux couleurs de l'Ukraine © NIKOLAY DOYCHINOV - BELGAIMAGE
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Sous un drapeau bleu et jaune, les auteurs ont écrit dans la nuit "Gloire à l'Ukraine!!!" © NIKOLAY DOYCHINOV - BELGAIMAGE

Russes arrêtés pour une manifestation en signe de solidarité avec l'Ukraine

La police russe a interpellé dimanche quatre personnes, dont un homme qui s'était illustré en novembre en clouant ses organes génitaux sur la place Rouge, pour une manifestation à Saint-Pétersbourg en signe de solidarité avec le mouvement de protestation en Ukraine.

Le groupe de militants a entassé des pneus pour faire une mini-barricade près de la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé, l'une des plus emblématiques de la deuxième ville de Russie, et les ont enflammés.

Ils brandissaient aussi des drapeaux ukrainiens et frappaient sur des morceaux de tôle. L'action n'a duré qu'une vingtaine de minutes, la police et les pompiers étant arrivés rapidement sur les lieux.

RTBF avec agences

 

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