Corée du Nord: le président Kim Jong-Il est mort, vive Kim Jong-Un

Photo non datée de Kim Jong-Il (G) et son fils Kim Jong-Un (D), diffusée le 14 décembre 2011 par l'agence officielle nord-coréenne
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Photo non datée de Kim Jong-Il (G) et son fils Kim Jong-Un (D), diffusée le 14 décembre 2011 par l'agence officielle nord-coréenne - © AFP

Le président de la Corée du Nord, Kim Jong-Il, dont la santé était réputée chancelante depuis des années, est mort samedi, et son fils, Kim Jong-Un, a été nommé "Grand Successeur", ont annoncé lundi les médias officiels du régime communiste.

Le dirigeant nord-coréen, âgé de 69 ou 70 ans, "a succombé à un grand épuisement mental et physique" le 17 décembre à 08h30 locales (le 16 décembre à 23h30 GMT), a annoncé l'Agence centrale de presse coréenne (KCNA), agence officielle nord-coréenne.

Kim Jong-Il, dont la mobilité était réduite depuis un accident cérébral en 2008, est décédé d'un "infarctus du myocarde sévère et d'une crise cardiaque" dans son train au cours d'un de ses traditionnels déplacements sur le terrain, a-t-elle ajouté, soulignant qu'une autopsie avait été réalisée dimanche.

Son fils, Kim Jong-Un, né en 1983 ou 1984, a été désigné pour prendre sa succession à la tête de l'unique dynastie communiste de l'Histoire, toujours selon l'agence officielle de Corée du Nord, qui a appelé les Nord-Coréens à le reconnaître désormais comme leur leader.

"Tous les membres du Parti (des travailleurs, ndlr), les militaires et le public devraient suivre fidèlement l'autorité du camarade Kim Jong-Un et protéger et renforcer le front uni du parti, de l'armée et du public", a-t-elle exhorté.

Les funérailles de Kim Jong-Il ont été fixées au 28 décembre à Pyongyang. Les autorités de l'Etat stalinien ont décrété un deuil du 17 au 29 décembre.

A Séoul, le gouvernement sud-coréen était placé en état d'alerte à l'annonce de la mort de Kim, les deux pays restant techniquement en état de conflit armée depuis l'armistice précaire signé à l'issue de la guerre de Corée (1950-53).

Les Etats-Unis surveillent de près la situation

"Nous surveillons de près les informations sur la mort de Kim Jong-Il. Le président (Barack Obama) a été mis au courant, et nous sommes en contact étroit avec nos alliés en Corée du Sud et au Japon. Nous restons engagés à la stabilité dans la péninsule coréenne, et à la liberté et la sécurité de nos alliés", a affirmé Jay Carney dans un court communiqué.

Un haut responsable du département d'Etat s'exprimant sous couvert de l'anonymat a indiqué pour sa part que la cheffe de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, avait également informée de la mort de Kim, sans plus de détails dans l'immédiat.

Etant donné le décalage horaire, l'information concernant la mort de Kim Jong-Il est tombée tard dimanche soir à Washington.

Kim Jong-Il, le "summum du mal"

Si l'exécutif américain est resté prudent et n'a pas communiqué dans l'immédiat sur le fond, un élu républicain à la Chambre des représentants a estimé que le dirigeant décédé représentait "le summum du Mal" et a espéré que sa mort ouvrirait un nouveau chapitre pour la Corée du Nord.

"Kim Jong-Il était le summum du Mal, un dictateur de la pire espèce qui dirigeait son pays d'une main de fer et infligeait constamment douleur et souffrance à son peuple", a affirmé Don Manzullo, représentant de l'Illinois (nord) et chef de la sous-commission de l'Asie orientale à la Chambre.

Un ancien porte-parole du département d'Etat sous Hillary Clinton, Philip Crowley, a pour sa part mis en garde contre les possibles dangers qui pourraient guetter les Etats-Unis et leurs alliés avec l'arrivée au pouvoir de Kim Jong-Un.

"Il pourrait y avoir des provocations (de la part du régime) pendant un certain temps, alors qu'il essaiera de faire ses preuves", a-t-il dit du jeune successeur de son père et désormais à la tête d'une puissance nucléaire.

"Si la Corée du Nord était un pays normal, la mort de Kim Jong-Il pourrait ouvrir la voie à un printemps de Pyongyang. Mais ce n'est pas un pays normal", a prévenu Philip Crowley sur son compte Twitter.

Réunion d'urgence du gouvernement japonais  qui présente ses condoléances

Le gouvernement japonais a convoqué lundi une réunion d'urgence de sécurité après l'annonce de la mort du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il.

Le Premier ministre nippon, Yoshihiko Noda, a annulé un discours qu'il devait prononcer en milieu de journée à Tokyo et a immédiatement rejoint son bureau pour s'entretenir avec ses principaux ministres.

Il a précisé qu'il avait ordonné un renforcement des opérations de renseignement sur la Corée du Nord, d'agir de façon étroite avec les Etats-Unis, la Chine et la Corée du Sud, et de se préparer à tout développement inattendu.

Le ministre de la Défense, Yasuo Ichikawa, a déclaré qu'aucun mouvement suspect de l'armée nord-coréenne n'avait été signalé.

"J'ai demandé (aux chefs militaires) de rassembler des informations et d'être vigilants", a-t-il dit à l'issue d'une réunion. "Je n'ai pas été informé de quoi que ce soit d'inhabituel."

Le Japon, qui a occupé la péninsule coréenne dans la première moitié du XXe siècle, n'a pas de relations diplomatiques avec la Corée du Nord, qu'il considère comme une menace.

Kim Jong-Un, l'énigmatique numéro un

A moins de trente ans, l'énigmatique Kim Jong-Un, plus jeune fils de l'ex-numéro un nord-coréen Kim Jong-Il, accède à la tête de l'unique dynastie communiste au monde, dotée de l'arme nucléaire, sans n'avoir rien laissé transparaître de sa personnalité, ni de ses intentions.

Lundi, celui dont nul ne connaissait le visage d'adulte il y a un peu plus d'un an a été désigné pour prendre la succession de son père, quelques minutes après l'annonce du décès de ce dernier.

"Tous les membres du Parti (des travailleurs), les militaires et le public devraient suivre fidèlement l'autorité du camarade Kim Jong-Un et protéger et renforcer le front uni du parti, de l'armée et du public", a exhorté l'agence officielle de Corée du Nord.

Le reste du monde ne sait que peu de choses du benjamin des fils Kim

Ce n'est qu'en septembre 2010 que, pour la première fois, Pyongyang avait publié des clichés récents du jeune homme, pris aux côtés de son père en compagnie d'autres dignitaires.

La seule photo connue auparavant datait de plus de 10 ans. Et celle-ci annonçait, selon les analystes, l'accélération du processus de succession dynastique, quelques jours après que Kim Jong-Un eut accédé à de hautes fonctions au sein du Parti des travailleurs de Corée.

Un peu plus tôt, malgré son très jeune âge, il avait été nommé général quatre étoiles.

Selon les services de renseignement sud-coréens, le jeune homme qui serait né de la troisième épouse de Kim Jong-Il, une danseuse d'origine japonaise décédée d'un cancer, a été formé dans des institutions suisses où il est devenu un grand amateur de basket-ball.

Dans un régime où le culte de la personnalité a été porté à son paroxysme, l'appareil de propagande avait déjà préparé son avènement et il était désigné dès l'an passé sous le titre de "jeune capitaine" ou "jeune général".

Kenji Fujimoto, chef cuisinier japonais longtemps au service de Kim Jong-Il à Pyongyang, l'a décrit comme "fait du même bois que son père, son portrait craché, en ce qui concerne le visage, la corpulence et la personnalité".

Autant d'éléments qui lui auraient valu la préférence de son père, aux dépens de ses deux autres frères, l'aîné Kim Jong-Nam et le deuxième fils Kim Jong-Chul.

Une dynastie communiste

Kim Jong-Un n'était pas cité initialement par les analystes comme le mieux placé dans l'ordre de succession, son frère aîné faisant longtemps figure de favori mais celui-ci aurait perdu les faveurs paternelles depuis son expulsion du Japon où il avait tenté de pénétrer, muni d'un faux passeport, en 2001, même s'il a ensuite été nommé à un poste clef au sein du parti des Travailleurs, la formation unique qui préside d'une main de fer aux destinées du pays.

"Kim Jong-Un est connu comme ayant le potentiel pour devenir un leader fort, intransigeant. Il a la personnalité pour assumer des responsabilités", avait estimé l'an passé Cheong Seong-Chang, spécialiste de la Corée du Nord au centre de réflexion Sejong de Séoul.

Selon certaines sources, Kim Jong-Il avait obtenu le soutien de Pékin sur la désignation de son fils, ainsi que des garanties sur la survie du régime pendant une éventuelle phase de succession.

Depuis l'été 2009, les rapports officiels étaient transmis de père en fils.

"Résultat, depuis l'été 2010, Kim Jong-Un a une influence sur les affaires d'Etat comparable à celle de son père, à l'exception de la politique étrangère", avait relevé Cheong Seong-Chang.

En septembre dernier, il avait fait une rare apparition publique aux côtés de son père à l'occasion d'un défilé militaire marquant le 63e anniversaire du régime communiste, selon les médias officiels.

La télévision nord-coréenne avait montré les deux hommes applaudissant depuis la tribune d'honneur au passage des unités motorisées, sur la vaste place qui porte le nom du fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-Sung, défunt père de Kim Jong-Il et grand-père du nouveau leader.

Kim Jong-Il: une poigne de fer dans un pays à terre

Kim Jong-Il, dont le décès samedi a été annoncé lundi, a dirigé la Corée du Nord d'une main de fer depuis 1994 et laisse à son fils une économie moribonde dans un pays marqué par une famine meurtrière et de graves pénuries alimentaires à répétition.

Kim Jong-Il, âgé de 69 ans et dont la santé était chancelante, a utilisé la propagande, un culte exacerbé de la personnalité, une armée docile et les camps de travail pour maintenir son pouvoir, comme l'avait fait son père avant lui.

Il a donné tort à ceux qui prévoyaient un effondrement du régime après l'assèchement de l'aide soviétique au début des années 90. A la fin de cette décennie, une famine a tué jusqu'à un million de personnes.

Mais il est resté "le Cher Leader" et a continué un programme de fabrication d'armes nucléaires, marqué par deux essais, en octobre 2006 et mai 2009.

La Corée du Nord connaît régulièrement des pénuries alimentaires sérieuses

L'Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a relevé le mois dernier une amélioration des récoltes, mais a souligné que de graves problèmes nutritionnels persistaient, estimant que près de 3 millions de personnes continueraient à avoir besoin d'une aide alimentaire en 2012.

Kim Jong-Il avait été victime d'une attaque cérébrale en août 2008. Il aurait également souffert de problèmes rénaux, de diabète et d'une tension élevée.

Les analystes estimaient depuis plus quelques années que ses décisions étaient de plus en plus erratiques, telles celle de torpiller en mars 2010 une corvette sud-coréenne, causant la mort de 46 marins et entraînant une volée de sanctions. Malgré une enquête internationale, la Corée du Nord avait démenti toute responsabilité.

Certains analystes voyaient dans ces actes le fruit des effets secondaires de l'attaque cérébrale. D'autres évoquaient sa volonté d'assoir à tout prix son plus jeune fils sur le trône du prétendant.

Son état de santé a toujours relevé du secret d'Etat, tout comme sa biographie, qui s'inscrit dans la légende.

Une biographie officielle embellie

Héritier élevé dans la nomenklatura communiste, la propagande le fait naître le 16 février 1942. Une étoile et un double arc-en-ciel seraient apparus ce jour-là. Certains rapports le font naître en 1941.

La montagne où il serait né, le Mont Paekdu, le plus haut sommet du pays (2.744 mètres), à la frontière chinoise, est sacrée. C'est là, dit-on, qu'est née la Corée.

En réalité, la plupart des historiens considèrent que Kim est né en Russie, dans un camp d'entraînement des partisans communistes d'où son père Kim Il-Sung a dirigé la guerre de résistance contre l'envahisseur japonais jusqu'en 1945.

Diplômé en économie politique, le jeune homme grimpe les échelons de la nomenklatura du Parti des Travailleurs de Corée (PTC) au pouvoir. Il s'occupe notamment de propagande.

Désigné comme successeur de son père, il prend officiellement les rênes du pouvoir, trois ans après la mort de Kim Il-Sung en 1994.

Il a été accusé d'avoir organisé l'attentat qui a tué 17 Coréens du Sud à Rangoun, en Birmanie, en 1983, et la destruction en vol d'un avion de la Korean Airlines (KAL) en 1987 (115 morts), quelques mois avant les jeux Olympiques de Séoul.

Le "Cher Leader" savait aussi très bien faire monter les enchères dans les négociations internationales entamées en 2003 pour convaincre Pyongyang de renoncer à ses ambitions atomiques.

Il a régulièrement claqué la porte de ces discussions à six pays (Corées, Chine, Etats-Unis, Japon, Russie) et nargué la communauté internationale en procédant à son premier essai nucléaire le 9 octobre 2006.

Dans cette partie de poker, Kim Jong-Il savait bien que l'arme suprême est une inestimable monnaie d'échange. A l'extérieur comme à l'intérieur, où la propagande se fait une loi de glorifier les capacités de défense nationales.

Le dossier est désormais entre les mains de son fils.

M.S. et agences
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