Le président Macron sur la corde raide ou sur la pente ascensionnelle?

En décembre dernier, certains observateurs le clamaient haut et fort sur tous les plateaux télés : il est fichu… Une cote de popularité comparable à celle de François Hollande en fin de quinquennat, une contestation qui l’oblige à ouvrir le carnet de chèques, le président paraissait subir les événements, en panne d’initiative, handicapé par le label "président des riches" qui lui colle à la peau tel le sparadrap du capitaine Haddock.

Et voilà qu’au fil du débat national, Emmanuel Macron retisse les liens : + 5 points au précédent sondage, et à présent + 6 points. Visiblement, le style combatif, en bras de chemise, dans les discussions citoyennes semble porter ses fruits. On retrouve un peu le Macron de la campagne électorale, vif, à l’écoute et convaincant. Mais pourquoi et comment a-t-il à ce point suscité autant d’opposition à son égard en un an et demi à l’Elysée ?

Les trois erreurs du président

Dans un essai magistral, Le président sur la corde raide, le politologue Roland Cayrol met en avant les erreurs d’Emmanuel Macron une fois installé à l’Elysée.

Tout d’abord, il a voulu frapper vite et fort, en réformant le code du travail, en augmentant les cotisations des retraités et en supprimant l’impôt sur la fortune, des mesures qui figuraient dans son programme de campagne. L’idée était de commencer par les mesures impopulaires et dans un second temps de réaliser d’autres promesses comme la suppression de la taxe d’habitation, bref de garder le meilleur pour la fin… Résultat : Emmanuel Macron est devenu pour beaucoup de Français le président des riches et les analyses chiffrées leur donnent raison : c’est bien la partie la plus aisée de la population qui a le plus bénéficié jusqu'ici des mesures macroniennes.

Ensuite, le président a oublié qu’il ne pouvait pas décider seul. Comme le dit Roland Cayrol : "On ne change pas la société par décret". Les Français doivent intégrer les changements et pour cela rien de tel que d’être associés aux décisions. Dans ce lien avec la société, les corps intermédiaires, comme les syndicats, les médias, les mairies ont leur rôle à jouer. A force de les snober, le président a donné l’image d’un monarque décidant seul dans son château, bien éloigné des préoccupations citoyennes. Et quand la crise des gilets jaunes a éclaté, il n'a pas trouvé de corps social intermédiaire pour amorcer le dialogue et encaisser le choc...

Ces petites phrases mauvaises pour l’image

Enfin, Emmanuel Macron sait qu’il est brillant, ce qui lui donne sans doute un excès de confiance à l’image peut-être de cette citation de Danton : "De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace…" Mais parfois, point trop n’en faut et parfois, il ferait mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche. "Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes…" Mais qui sont-ils ces fainéants ? "On met un pognon de dingue dans les minima sociaux…", sous-entendu : …et ça ne fonctionne pas. Mais quand on est président des riches, c’est pour le moins maladroit. Et il est tout aussi maladroit de proposer à un horticulteur au chômage de simplement "traverser la rue" pour trouver du boulot dans l’horeca.

Et maintenant? Que va-t-il faire?...

Il reste trois ans au président pour réussir son pari. S'il apprend de ses erreurs, il peut y parvenir. Les premiers résultats du grand débat national sont prometteurs pour lui mais comme on dirait en rugby, il lui faut à présent transformer l'essai. C'est-à-dire proposer des mesures concrètes après la synthèse de ces nombreux débats. Ensuite, le scrutin européen sera un premier test où il disputera la première place au parti de Marine Le Pen qui était arrivé en tête aux précédentes élections européennes en 2014. Les autres partis, de droite comme de gauche, paraissent dans les cordes. C'est le plus grand atout d'Emmanuel Macron : pour l'instant, en-dehors de la présidente du Rassemblement national, personne ne semble en mesure de lui faire de l'ombre.

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