Le Premier ministre turc appelle à "une fin immédiate" des manifestations

Pour le Premier ministre turc Erdogan, "les manifestations ont perdu leur caractère démocratique et tourné au vandalisme".
Pour le Premier ministre turc Erdogan, "les manifestations ont perdu leur caractère démocratique et tourné au vandalisme". - © Belga

Recep Tayyip Erdogan a appelé vendredi à une "fin immédiate" des manifestations antigouvernementales qui secouent le pays depuis huit jours, à son retour en Turquie d'une tournée au Maghreb, avec le risque de provoquer une escalade des violences.

Recep Tayyip Erdogan est arrivé en Turquie dans la nuit, de retour d'une visite officielle de quatre jours dans les pays du Maghreb. Lors de la dernière étape de sa tournée, il a répété à Tunis qu'il ne céderait pas face au mouvement de contestation sans précédent qui agite la Turquie.

Plus de 3000 partisans du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan étaient réunis jeudi devant l'aéroport d'Istanbul pour l'accueillir à son retour de Tunisie, au septième jour des manifestations contre son gouvernement. Réunis à l'appel de son Parti de la justice et du développement (AKP), ces partisans agitaient des drapeaux turcs en scandant : "Nous sommes prêts à mourir pour toi, Tayyip" ou "le grand maître arrive".

Au même moment, plusieurs dizaines de milliers de manifestants étaient toujours réunis sur la place Taksim, au coeur de la mégalopole turque, pour réclamer la démission du Premier ministre.

"Rentrez chez vous !"

"J'appelle à une fin immédiate des manifestations, qui ont perdu leur caractère démocratique et ont tourné au vandalisme", a déclaré le Premier ministre Erdogan devant la venue l'accueillir à l'aéroport Atatürk d'Istanbul.

Le chef de gouvernement a remercié ses partisans pour leur calme et les a appelés à "rentrer chez eux". "Vous êtes restés calmes, responsables et vous avez fait preuve de bon sens. Nous allons tous maintenant rentrer chez nous", a-t-il lancé, flanqué de son épouse et de nombreux ministres. Il a assuré qu'il n'était pas que "le Premier ministre de 50%" des Turcs (son Parti AKP a obtenu 50% des scrutins aux législatives de 2011) mais qu'il avait toujours "été au service des 76 millions" de citoyens turcs, sans faire de discriminations. "Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les exactions de ceux qui vandalisent nos villes, endommagent les biens publics et font du mal au gens", a-t-il asséné.

Le Premier ministre a rendu hommage à la police qui "fait son travail pour assurer notre sécurité" et est "un rempart contre les terroristes, les anarchistes et les vandales", tout en admettant qu'elle avait pu avoir recours à une force excessive contre les manifestants.

Risque d'escalade

Contesté dans les rues d'Istanbul, d'Ankara et des grandes villes turques par une jeunesse qui dénonce l'islamisation rampante de la société et la main-mise de son parti sur le pouvoir, le chef du gouvernement a transformé dans la nuit son retour d'une visite au Maghreb en démonstration de force. Il devait prononcer un discours vendredi en milieu de journée dans un grand hôtel d'Istanbul avant de recevoir le commissaire européen à l'Elargissement Stefan Füle.

C'est la première fois que les partisans du chef de file de l'AKP descendent dans la rue. Et même s'il ne s'agissait pas d'une confrontation directe, elle marque un virage dans la gestion de la crise politique par Recep Tayyip Erdogan.

En outre, selon des médias turcs, un jeune manifestant de 17 ans a été passé à tabac à Eskisehir (nord-ouest) par des hommes armés de bâtons qui l'ont grièvement blessé à la tête.

Réunis sur l'emblématique place Taksim, dans le centre d'Istanbul, des dizaines de milliers de manifestants ont débattu, dansé, chanté, aux cris de "Tayyip, démission", alors que les plus hardis d'entre eux consolidaient les barricades qui bloquent l'accès à la place. Un rassemblement similaire s'est tenu à Ankara.

Vendredi matin, la situation était calme dans ces deux villes, où les manifestants qui ont dormi dans l'herbe ou sous des tentes installées dans le parc Gezi se réveillaient lentement, toujours aussi déterminés.

"Nous ne partirons pas", a assuré un styliste de mode de 36 ans. "Les gens vont continuer à venir", a-t-il pronostiqué, "nous n'avons peur de rien, avant tout le monde craignait de parler, maintenant c'est fini".

Le parc Gezi, et ses imposants platanes, a été le déclencheur de la contestation, les protestataires demandant l'arrêt du projet d'aménagement. Mais la revendication première a vite laissé place aux exigences de démission du gouvernement.

Les détracteurs du Premier ministre lui reprochent un exercice "poutinien" du pouvoir: médias sous la main-mise du pouvoir, concentration par l'APK de l'ensemble des leviers, arrestations en masse des opposants kurdes et d'extrême gauche.

Le leader islamo-conservateur, artisan - en onze ans au pouvoir - d'une politique qui a fait de la Turquie une puissance régionale dotée d'une économie en pleine expansion qui frappe à la porte de l'Union européenne, a pu constater au Maroc et en Tunisie sa perte de crédit: le roi du Maroc Mohammed VI ne l'a pas reçu et son voyage à Tunis a été marqué par des manifestations hostiles.

La communauté internationale, Etats-Unis et pays européens en tête, appellent depuis plusieurs jours le gouvernement turc à la "retenue" et dénonce la brutalité de la répression policière.

Le mouvement de contestation a provoqué la mort de deux manifestants et d'un policier. Outre les trois morts, 4.785 ont été blessées en une semaine, dont 48 très grièvement, selon un dernier bilan du syndicat des médecins turcs.

Au lendemain d'une forte chute (-4,70%), la bourse d'Istanbul a ouvert vendredi en baisse de 1,20% mais pourrait creuser ses pertes en fonction des déclarations du chef du gouvernement dans la journée, selon des analystes.

Le ministre des Finances, Mehmet Simsek, s'en est pris à la presse étrangère pour sa couverture des troubles, l'accusant de vouloir donner "un mauvais image" de la Turquie. Il a cependant admis "une crispation" des marchés financier en raison des événements.


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