Nouvelles mesures au Liban: le pouvoir essaie de faire redescendre la pression de la rue

Il tente le tout pour le tout pour faire redescendre la pression. Le premier ministre Rafic Hariri a promis un "budget 2020 sans impôts supplémentaires pour la population", une baisse de 50% des salaires du président et des ex-présidents, des ministres et des députés, ainsi que de nouvelles taxes sur les banques. Hariri a aussi assuré soutenir la demande des manifestants d'élections anticipées. "Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées (...) moi Saad Hariri je suis personnellement avec vous". 

La colère ne faiblit pas

Retransmises en direct par haut-parleurs sur les lieux des rassemblements géants du centre-ville de Beyrouth, les annonces de M. Hariri n'ont apparemment pas convaincu: elles ont été accueillies par les dizaines de milliers de manifestants aux cris de "Révolution, révolution" et "le peuple veut la chute du régime", les slogans phares de la contestation. 

Du jamais vu au Liban

Elle écrit le nom de députés libanais sur des bouts de papier qu’elle accroche patiemment sur les barbelés installés par les forces de l’ordre. Zalfa Aboukaïs est employée. Elle a 27 ans et "manifeste contre les voyous au pouvoir depuis 30 ans", soit depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Cela fait 5 jours que le Liban est paralysé. Les Libanais sont révoltés et la classe politique est contestée. Des manifestants ont coupé de nombreuses routes à travers le pays pour empêcher les employés d’aller sur leurs lieux de travail, tandis que les appels à descendre dans la rue se multipliaient sur les réseaux sociaux. Les banques, les universités et les écoles sont restées fermées. 

Le peuple uni contre le pouvoir

Fait rare, cette mobilisation vise l’ensemble des dirigeants politiques et s’étend à tout le pays. C’est du jamais vu là-bas. De Beyrouth à la ville à majorité sunnite de Tripoli, dans le Nord, en passant par les localités chiites du sud et les villes druzes ou chrétiennes de l’est, ils sont des centaines de milliers à défiler dans un élan exceptionnel d’unité pour exprimer leur ras-le-bol. "Nous vivons dans la corruption totale. C’est une honte. C’en est assez, nous méritons de vivre beaucoup mieux que cela", explique Hana Bitar, une manifestante.

Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), la classe politique, quasi inchangée, est accusée d’affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence. La pénurie d’électricité est chronique et les coupures d’eau potable sont régulières.

Le pouvoir politique est-il corrompu ? C’est aussi l’avis de Joseph Bahout, chercheur à l’Institut français du Proche-Orient et enseignant à Sciences Po Paris. "La situation économique est plis que désastreuse, elle est au bord de l’effondrement. Les gens sont épuisés par les mauvais services, par l’incurie du gouvernement et surtout par la corruption qui est devenue flagrante dans la classe politique." 

L’activiste Dany Mortada est lui aussi dans la rue depuis le début. Il crie beaucoup, dort peu mais il est rempli d’espoirs. "Nous avons l’espoir, car les gens ont surmonté le sectarisme dans lequel ils se trouvaient. Les gens ont faim et c’est devenu cher de manger. Le carburant est impayable et les gens ne s’en sortent plus. Alors, ils n’ont d’autres choix que d’être dans la rue."

Le peuple reproche à la classe politique d’avoir pillé le pays où plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage chez les jeunes atteint près de 40%. La dette publique représentant 150% de son PIB. 

WhatsApp déclencheur du mouvement spontané

Le mouvement de contestation a été déclenché spontanément jeudi par l’annonce de nouvelles taxes sur l’essence et les cigarettes… Mais surtout d’une taxe sur les appels effectués via WhatsApp.

Une décision annulée aussitôt sous la pression des Libanais. C’est la panique au sein du gouvernement. Le Premier ministre Hariri n’exclut pas de démissionner. Le gouvernement doit tenir en milieu de matinée une réunion présidée par le chef de l’Etat Michel Aoun, pour se prononcer sur les réformes proposées.

Parmi la vingtaine de mesures attendues, le gouvernement devrait promettre de ne plus imposer de nouvelles taxes et de lancer un important programme de privatisations pour tenter de relever des infrastructures déliquescentes. 

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