Le port de Beyrouth en ruine, le glas de l'économie libanaise ?

Le port de Beyrouth en ruine, le glas de l'économie libanaise ?
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Le port de Beyrouth en ruine, le glas de l'économie libanaise ? - © ANWAR AMRO - AFP

Ce port est stratégique. Rien moins que le poumon économique du Liban. Et, depuis quelques heures, il est à terre. Le port de Beyrouth est détruit, nouvel emblème d’un pays exsangue économiquement. Avant de le voir renaître, – mais combien de mois, d’années seront nécessaires pour qu’il retrouve de sa splendeur ? -, et avant même d’identifier les failles ou les dysfonctionnements, état des lieux d’un incontournable carrefour maritime. Ou du moins ce qu’il représentait.

Beyrouth fait partie de ces grands ports historiques, quasi mythiques, dont les traces d’une première exploitation sont si anciennes qu’elles restent difficiles à dater. Une histoire plus récente nous conte cependant l’extraordinaire développement du port de Beyrouth à la fin du 19e siècle, une histoire faite d’agrandissements dans des lieux qu’il a toujours fallu rendre moins étroits.

Un irrésistible besoin d’espace

Après la guerre, dès le début des années 1990, le port dévasté se réinvente. Il se modernise et s’agrandit. C’est toute l’infrastructure du port qu’il faut repenser. L’ensemble accueille des bâtiments administratifs, un nouveau terminal de conteneurs voit le jour dans les années 2000. Le port a besoin de plus en plus d’espaces de stockage et d’équipement autant sur le marché local qu’en matière de transbordement.

Car elle est là l’activité principale du grand port libanais : le transbordement de marchandises. Grues et portiques n’en finissent plus de fleurir. Beyrouth est devenu l’un des principaux ports d’escale pour les navires porte-conteneurs. Pour preuve, parmi les blessés suite aux explosions : des Syriens, des Egyptiens. Des membres d’équipages arrivés hier au port. Un navire venu d’Ukraine transportait du blé à destination de la Syrie. L’équipage allait profiter d’une escale libanaise.

Quelques heures après les explosions, la scène est intacte. Partout ces containers qui ressemblent à des boîtes de conserve éventrées, dont le contenu est déversé sur le sol. Des valises, des chaussures, même des paquets de chips importés tapissent les lieux dévastés. Et les voitures importées, endommagées dans les explosions, font hurler leurs alarmes.

Détruite également : la zone de cargaison. En plus des douze entrepôts recensés sur place, un gigantesque silo à blé du Moyen-Orient a totalement disparu.

La crainte de l’isolement

Elle est donc là, les Libanais la ressentent et la guettent comme jamais. La crainte de l’isolement, activée par l’épisode traumatisant s’il en est, de la destruction du port nourricier de Beyrouth. Car désormais, le repli est devenu palpable. La crise sanitaire a réduit le fonctionnement de l’aéroport à 10% de sa capacité. Et la seule frontière ouverte du Liban actuellement est celle avec son voisin syrien au nord et à l’est, sa frontière sud avec Israël étant complètement fermée, les deux pays étant officiellement en guerre, même si la main tendue des autorités israéliennes en matière d’aide peut susciter quelque espoir.

La seule alternative pour le Liban pour importer des denrées en grande quantité est son port du nord, près de la frontière syrienne, mais s’il est incapable de rivaliser avec celui de Beyrouth. Enfin, le port dévasté inquiète aussi d’autres pays, comme la Syrie ou la Jordanie, très dépendants de l’acheminement de denrées qui transitaient par Beyrouth.

La ville de Beyrouth dévastée par deux explosions (JT du 05/08/2020)

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