Le Polonais Donald Tusk, nouveau visage de l'Europe, venu de l'Est

Le Polonais Donald Tusk, nouveau visage de l'Europe, venu de l'Est
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Le Polonais Donald Tusk devient lundi le nouveau visage de l'Europe en prenant la présidence du Conseil européen, avec comme principaux défis l'avenir des relations avec la Russie et la revitalisation de l'UE.

Cet homme de 57 ans à la mâchoire carrée et au regard bleu acier, promet un style différent de Herman Van Rompuy, qui avait inauguré la fonction il y a cinq ans. L'ancien Premier ministre belge, grand amateur de haïku, s'est imposé à la tête des 28 par son art du compromis.

Donald Tusk, élevé dans le berceau du mouvement Solidarnosc, sera peut-être moins consensuel, au moment où l'UE doit faire face à une Russie offensive. "Il parlera pour lui-même, et parfois il dira ce qu'il pense", confie un diplomate européen.

Il complète le trio de tête de l'Union, au côté du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et de la chef de la diplomatie, Federica Mogherini, entrés en fonction il y a un mois.

Le choix de M. Tusk pour le poste stratégique chargé de coordonner le travail des dirigeants de l'UE et d'incarner l'Europe aux yeux du monde, est révélateur de la montée en puissance des anciens pays du bloc soviétique, 25 ans après la chute du Mur et 10 ans après leur adhésion.

"Je viens à Bruxelles d'un pays qui croit profondément à ce que signifie l'Europe", avait-il déclaré au soir de sa nomination. "Sa perspective est très différente de celle des Européens de l'Ouest", souligne Agnieszka Lada, de l'Institut des affaires publiques de Varsovie. "Il cherchera à mieux comprendre ce que pensent les Polonais, les Baltes, les Tchèques ou les Hongrois".

"Un rôle plus important en politique étrangère" pour l'UE

Après des années dominées par la crise, Donald Tusk veut que l'UE joue un "rôle plus important en politique étrangère", note une source européenne. Son premier dossier sera celui de la crise en Ukraine, dans laquelle la Pologne a toujours été en pointe, à la veille d'une réunion ministérielle de l'Otan mardi à Bruxelles.

"Ce ne sera pas un sujet facile pour lui, mais il sait qu'il faut négocier avec la Russie", souligne Mme Lada. "Tusk est pragmatique", confirme Janis Emmanouilidis, du European Policy Center à Bruxelles. "S'il voit la possibilité et la nécessité de négocier avec la Russie, il le fera".

Il a aussi mis en tête de ses priorités la relance d'une Europe fatiguée. En présentant mercredi son vaste plan d'investissement de 315 milliards d'euros, M. Juncker a appelé les Etats à y prendre toute leur part, à commencer par l'Allemagne. Lors du premier sommet européen qu'il présidera le 18 décembre, M. Tusk, un proche de la chancelière Angela Merkel, plaidera pour une mise en oeuvre du plan "aussi rapide que possible".

A l'unisson avec M. Juncker, il veut faire les efforts nécessaires pour éviter un départ du Royaume-Uni de l'UE, une menace encore agitée par David Cameron vendredi lors de l'annonce de son plan sur l'immigration.

Né le 22 avril 1957 à Gdansk, où fut lancé le syndicat Solidarité, Donald Tusk est un libéral convaincu. Cet historien de formation, fan de football, avait ravi le pouvoir en 2007 aux frères jumeaux ultra-conservateurs Kaczynski. C'était l'un des vétérans du Conseil européen quand ses pairs l'ont désigné fin août, après sept ans à la tête du gouvernement polonais.

"Il a une longue expérience, il sait comment interagir avec ses pairs", assure M. Emmanouilidis. Mais il doit "apprendre à négocier au niveau européen" car il ne sera "plus sur la scène nationale, où il était l'homme fort", souligne Mme Lada. S'il ne connaît pas le "système" bruxellois, il pourra compter sur son brillant chef de cabinet, Piotr Serafin, ancien ministre polonais des Affaires européennes, note-t-elle.

Donald Tusk a apparemment surmonté ce qui était présenté comme sa principale faiblesse: sa méconnaissance de l'anglais. Il y a trois mois, il s'en était sorti avec un jeu de mots en promettant qu'il allait "parfaire" cette langue --"polish (comme polonais) my English"--. Il parle allemand et apprend aussi le français, l'autre langue de travail des institutions européennes.

RTBF avec Belga

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