Le plateau de Bemahara et ses Tsingy: 157.710 hectares d'espace protégé à Madagascar

Les vestiges d’un autre temps se dressent fièrement. Des pics, des canyons, des voûtes où l’on reconnaît très clairement des coraux et des coquillages. Ce plateau gris est une curiosité malgache, réservée à la côte ouest de l’île.

"Madagascar s’est séparée du continent africain suite au mouvement tectonique. Il y a des millions d’années, l’océan recouvrait ce plateau. Les coraux et les coquillages s’y sont accumulés et ont formé ces roches grises. L’érosion par la pluie a ensuite creusé cette matière en forme d’arêtes."

Alicha est née dans la région. Le tourisme est ici la première source de revenu. Le plateau de Bemahara est isolé du reste du pays. Situé à 100 kilomètres de la côte, cela peut prendre des jours pour le rejoindre si l’on ne possède pas le moyen de transport le plus rapide pour affronter l’unique piste qui y mène. Deux millions de touristes affluent dans la dizaine d’hôtels du village le plus proche, majoritairement en 4X4. Mais même avec ce moyen de transport, le trajet le plus direct demande au minimum 12 heures de piste et ses secousses.

"Les touristes qui viennent à Madagascar veulent voir les Tsingy, pendant la haute saison, je fais ce circuit tous les jours. Moi, j’aime ça, je sais que ça leur fait plaisir, et j’adore aussi me balader dans les Tsingy."

Creusés par 200 millions d’années

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Alicha est née dans la région. En tant que guide, elle fait ce circuit tous les jours pendant la haute saison touristique. © Anna BELLISSENS

Escalader ces fossiles tranchants, creusés par 200 millions d’années, cela vaut son pesant d’or. Le Parc National inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO peut également se parcourir sur plusieurs jours. Sur les berges de la rivière voisine des Tsingy, les traces des ancêtres vazimbas se laissent observer. "Vous voyez, là-haut, on aperçoit des crânes entreposés sur la roche !" La balade en pirogue réserve elle aussi bien des surprises.

"En fait, Tsingy veut dire 'marcher sur la pointe des pieds', nos ancêtres n’avaient pas de chaussures comme nous, c’est comme cela que le mot est né."

Il est aujourd’hui recommandé au touriste de s’équiper de semelles bien épaisses pour affronter cette randonnée de 4 heures. Un véritable labyrinthe qui ne se visite qu’accompagné d’un guide… avec quelques passages pour mettre son vertige à rude épreuve, comme celui du pont suspendu à mi-parcours.

"On va y aller l’un après l’autre, accrochez bien vos mousquetons."

Le circuit est entièrement sécurisé et le Parc National prête des baudriers aux candidats aventuriers. La roche tranchante attend en contrebas. Mieux vaut ne pas tomber.

"Il ne faut pas avoir le vertige. Pas comme certains. Mais c’est vraiment un bonheur de pouvoir grimper dans cette nature si impressionnante. Heureusement que c’est aménagé pour que chacun puisse connaître et protéger les beautés de Madagascar", commente Lucie, une touriste française, qui vient de passer l’épreuve sans sourciller.

Un peuple caché dans les grottes?

Une surprise après l’autre, la spéléologie fait également partie du parcours. Les grottes sont nombreuses au sein du Parc National de Bemahara.

"Certains racontent qu’il existerait un peuple caché dans la forêt et dans les grottes", confie Alicha en entrant dans l’obscurité. Et de renchérir : "Pas dans celle que nous traversons, mais les chasseurs de gibiers racontent qu’ils ont déjà vu ce peuple lors de leurs expéditions". Les touristes restent bouche bée.

"Mais combien sont-ils ?" Impossible à dire : "On ne sait pas. Parce qu’on ne les voit pas", conclut la guide avant de ressortir de la grotte par une échelle en fer.

De quoi laisser les visiteurs sans voix, mais avec un souvenir inoubliable de cette rencontre avec les vestiges de l’océan.

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