Le plan européen de taxation du kérosène et d’interdiction des moteurs thermique fait bondir compagnies aériennes et constructeurs automobiles

Fin des voitures à essence, taxe kérosène dans l’aérien, taxation des importations, réforme du marché du carbone au risque de renchérir le prix des carburants : la Commission européenne a dévoilé mercredi son projet de "big bang" législatif pour atteindre les objectifs climatiques de l’UE. Mais ce plan suscite déjà une vive réaction de la part du secteur du transport aérien et de celui des producteurs automobiles.

La Commission européenne a présenté douze textes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du continent de 55% à l’horizon 2030 par rapport à 1990, mesures qui feront l’objet pendant au moins un an d’âpres discussions entre eurodéputés et Etats membres. La Commission propose notamment de taxer à partir de 2023 le kérosène pour les vols au sein de l’UE, tout en leur imposant un taux minimal de biocarburants de quoi alarmer les compagnies, qui redoutent une "distorsion de concurrence" avec le reste du monde.

Dans un souci d’équilibre, les quotas gratuits distribués aux industriels et compagnies aériennes de l’UE pour affronter la concurrence étrangère diminueraient très progressivement, entre 2026 et 2036, avant de disparaître, autre point de frictions pour le secteur aérien.

La proposition de la Commission européenne de taxer progressivement le kérosène pour les vols à l’intérieur de l’UE est "contre-productive", a réagi mercredi l’Association internationale du transport aérien IATA qui rejette le plan européen.

"L’aviation est engagée sur la voie de la 'décarbonation'" et n’a pas besoin "de mesures punitives comme les taxes" pour changer, a affirmé IATA dans un communiqué. 

"En fait, les taxes siphonnent l'argent de l'industrie qui pourrait soutenir les investissements" visant à réduire les émissions du secteur par la voie du renouvellement de la flotte et les technologies propres, fait valoir son directeur général, Willie Walsh.  

"Pour réduire les émissions, nous avons besoin que les gouvernements mettent en oeuvre un cadre politique constructif qui, dans l'immédiat, se concentre sur les incitations à la production" pour les carburants d'aviation durables (SAF) et "la mise en place du ciel unique européen", a-t-il ajouté.

D'autres lobbys du secteur ont réagi de façon similaire, les compagnies aériennes regroupées au sein de l'association A4E appelant également au développement d'avions électriques et à hydrogène.

Fin de l’essence/diesel : une solution "pas rationnelle"

La proposition de la Commission de réduire à zéro les émissions de CO2 des voitures neuves en 2035 revient à interdire les moteurs thermiques et "n’est pas une solution rationnelle", a critiqué mercredi l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).

"Interdire une technologie n’est pas une solution rationnelle à ce stade", a déclaré l’ACEA dans un communiqué. L’organisation estime que "toutes les options, y compris les moteurs thermiques très efficaces, les hybrides et les véhicules à hydrogène doivent jouer un rôle dans la transition vers la neutralité climatique".

En réduisant à zéro les émissions automobiles à partir de 2035, la proposition de législation de la Commission revient de fait à interdire la vente de voitures essence, diesel, mais aussi les technologies hybrides. Actuellement, seuls les véhicules électriques seraient en mesure de répondre à cette exigence.

"Nous demandons aux institutions de l’UE de se concentrer sur l’innovation plutôt que de rendre obligatoire, ou d’interdire de fait, une technologie spécifique", a déclaré Oliver Zipse, patron du constructeur allemand BMW et président de l’ACEA, dans le communiqué.

Il a par ailleurs mis en garde sur l’objectif de réduire de 55% le plafond d’émission de CO2 en 2030, par rapport aux 95 grammes autorisés actuellement.

La réglementation prévoit pour l’instant une réduction de 37,5% à cette date, déjà considérée comme très ambitieuse par les constructeurs.

"La proposition actuelle d’une réduction encore plus importante des émissions de CO2 d’ici 2030 nécessite une nouvelle augmentation massive de la demande du marché pour les véhicules électriques dans un court laps de temps", a déclaré M. Zipse.

"Sans une augmentation significative des efforts de toutes les parties prenantes – y compris les États membres et tous les secteurs impliqués – l’objectif proposé n’est tout simplement pas viable", a-t-il prévenu.

"En outre, le nouvel objectif de CO2 accélérera considérablement la transformation structurelle de la chaîne de valeur automobile, ce qui nécessitera une gestion attentive pour minimiser l’impact sur notre économie et nos emplois", ont estimé les constructeurs.

L’ACEA s’est félicitée de l’engagement de la Commission à développer fortement le réseau de bornes de recharge le long des routes européennes. Mais elle s’est dite "très inquiète que les objectifs soient très en deçà de ce qui est nécessaire".

Le plan européen promet 3,5 millions de points de recharge accessibles au public en 2030.

"Les constructeurs sont engagés à réduire les émissions à zéro. Tous les membres de l’ACEA soutiennent l’objectif de la neutralité climatique d’ici à 2050 et investissent des milliards dans des technologies durables et innovantes", affirme l’organisation qui regroupe les principaux constructeurs européens.
 

 

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