Le Pérou vote aux législatives pour sortir de la crise politique

Le Parlement péruvien, le 24 janvier 2020 à Lima
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Le Parlement péruvien, le 24 janvier 2020 à Lima - © Luka GONZALES

Les Péruviens élisent ce dimanche un nouveau Parlement unicaméral, après sa dissolution en septembre par le président Martin Vizcarra sur fond de scandales de corruption, un scrutin qui devrait sanctionner le fujimorisme, la principale force politique du pays. Les bureaux de vote seront ouverts de 13H00 à 21H00 GMT et les premiers résultats sont attendus à partir de 01H00 GMT de lundi.

Ces premières élections législatives anticipées de l'histoire péruvienne pourraient voir l'opposition fujimoriste (droite populiste) perdre la majorité qu'elle détenait depuis le scrutin de 2016. "Le fujimorisme sera le grand perdant de ces élections", juge ainsi l'analyste Luis Benavente, directeur du cabinet Vox Populi, interrogé par l'AFP.

La promesse d'un effondrement électoral

Les sondages prédisent même un effondrement de la première force politique du Pérou, fondée par l'ex-président Alberto Fujimori (1990-2000) et qui mêle populisme autoritaire, conservatisme sociétal et libéralisme économique.

Des 73 sièges sur 130 qu'il détenait, le parti Fuerza popular, dirigé par sa fille Keiko Fujimori, ne devrait en conserver que "20 à 25", prédit Luis Benavente. "Comparé au contrôle absolu qu'il avait, il perdrait beaucoup", ajoute-t-il.

Éclaboussée par l'affaire Odebrecht, du nom du géant du BTP brésilien qui a versé durant des années des millions de dollars de pots-de-vin à la classe politique latino-américaine, notamment au Pérou, la cheffe de file de l'opposition a effectué treize mois de détention provisoire dans ce dossier. A sa sortie de prison fin 2019, elle a annoncé une pause dans ses activités politiques. 

"Le vainqueur de l'élection ce sera Martin Vizcarra, car il aura réussi à changer le Parlement qui lui était hostile ces dernières années", résume l'analyste Augusto Alvarez Rodrich. Lancé dans une croisade anti-corruption, le chef de l'Etat a dissous fin septembre le Parlement, contrôlé par les fujimoristes et accusé d'entraver la bonne marche de la justice, entraînant les législatives anticipées de dimanche.

Par les urnes plutôt que par la rue

En privilégiant les urnes, plutôt que la rue, à la différence de ses voisins chilien, bolivien, équatorien ou colombien, récemment secoués par de violentes manifestations, le Pérou fait figure d'exception dans la région.

L'opposition a eu beau jeu de dénoncer "un coup d'Etat" en septembre, le Tribunal constitutionnel, l'armée et les Péruviens, las de la déliquescence de leur classe politique et qui approuvaient à 90% cette dissolution, selon les sondages, se sont rangés du côté du chef de l'Etat.

"Remplir un vide"

M. Vizcarra a succédé en mars 2018 à Pedro Pablo Kuczynski après la démission de ce dernier, également à cause du scandale Odebrecht.

Quatre ex-présidents péruviens: Alejandro Toledo (2001-2006), Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011), qui s'est suicidé, Ollanta Humala (2011-2016) et Pedro Pablo Kuczynski (2016-2018) ont été mis en cause pour avoir reçu de l'argent du groupe brésilien qui a reconnu avoir versé 29 millions de dollars d'enveloppes entre 2005 et 2014.

Sans doute un Parlement atomisé et une majorité de coalition 

Les partis traditionnels discrédités, de nouvelles formations ont vu le jour pour ces élections, ainsi qu'une myriade de candidats inconnus. Les études d'opinion prédisent donc un Parlement atomisé et dominé par les centristes où les alliances seront indispensables au président, dépourvu de parti, pour faire passer ses réformes.

Bien que Martin Vizcarra "n'aura pas de parti (représenté), il va entretenir une relation plus apaisée avec les formations du centre qui devraient obtenir la majorité au Parlement", fait valoir Augusto Alvarez Rodrich. Le chef de l'Etat "n'aura pas le même niveau d'opposition qu'il a connu avec les fujimoristes", ajoute-t-il.

130 parlementaires seront élus pour ... 16 mois

Lors de ce scrutin à un tour, 130 parlementaires seront élus pour une durée d'à peine 16 mois, jusqu'au 28 juillet 2021, afin de compléter le mandat de cinq ans issu des élections de 2016.

"La compétition vise à remplir un vide. La chute de l'"establishment" et la fin de la domination des fujimoristes ont fait place nette sur l'échiquier politique péruvien", résume l'analyste Carlos Melendez.

Mais au coeur de l'été austral et des vacances scolaires, cette élection ne passionne pas les Péruviens : un tiers d'entre eux se dit indécis ou compte voter blanc.

Vingt-cinq millions d'électeurs sont appelés à se prononcer dans ce pays où le vote est obligatoire. Une amende équivalent à environ 22 euros est prévue pour les contrevenants. Les prochaines élections générales doivent avoir lieu en avril 2021. Ni Martin Vizcarra, ni les parlementaires élus dimanche ne pourront se représenter.

 

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