Le pèlerinage de la Mecque, "une vitrine... et un business religieux pour l'Arabie saoudite"

Le pélerinage de la Mecque, "une vitrine... et un business religieux pour l'Arabie Saoudite"
Le pélerinage de la Mecque, "une vitrine... et un business religieux pour l'Arabie Saoudite" - © Tous droits réservés

Deux millions de personnes sont attendues cette semaine à la Mecque pour le grand pèlerinage musulman qui commence ce mercredi. C’est un pèlerinage religieux, un des piliers de l’islam, mais qui a une dimension géopolitique majeure.

L’événement est en effet marqué par un grand retour, le retour des Iraniens, qui ont été privés de pèlerinage l’année passée, expliquait Jonathan Piron, historien, politologue spécialiste du Moyen-Orient et de l’Iran, dans "Le Plus" de Matin Première.

"On se retrouve dans un climat géopolitique qui est assez particulier puisqu’il y a toute une série de tensions autour du pèlerinage, mais également entre l’Arabie saoudite et ses différents états voisins, le Qatar, l’Iran. On a vu en fait depuis un an et demi des ruptures de relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran en janvier 2016 et également entre l’Arabie saoudite et le Qatar en juin 2017. Il y a ici une autorisation qui a été donnée par l’Arabie saoudite aux Qataris et aux Iraniens de faire le pèlerinage, parce que c’est une obligation de l’Arabie saoudite, d’organiser et de faciliter ce pèlerinage. Mais ça se passe dans un climat de tensions où les rivalités ne sont pas levées".

Des citoyens iraniens ont perdu la vie lors de ce pèlerinage, à plusieurs reprises. En 1987, des bousculades ont amené la mort de plusieurs Iraniens, ce qui d’ailleurs avait entraîné une première rupture des relations diplomatiques. D’autres incidents ont eu lieu en 2015. "Mais il faut voir ça avec des racines qui sont plus anciennes: l’Arabie saoudite a trois grandes craintes depuis toujours. Celle d’une déstabilisation révolutionnaire dans la ligne des printemps arabes qu’on a vus depuis 2011. La crainte d’une propagation de l’État islamique et de tous les mouvements djihadistes (en 1979, il y a eu une grande prise d’otages dans la grande mosquée de La Mecque, qui revendiquait la déchéance de la famille royale). Et il y a surtout une peur aujourd’hui de l’Arabie saoudite de voir un retour hégémonique de l’Iran, tel qu’il existait avant 1979 et qui verrait donc l’Iran redevenir une puissance avec laquelle il faut compter au Moyen-Orient".

Des souverains plus "offensifs"

Idem pour les Qatari, autorisés à faire le pèlerinage: "Les tensions ne sont pas levées pour autant, d’autant plus qu’il y a une série de provocations qui ont encore eu lieu dernièrement entre les deux États. Notamment le rétablissement des relations diplomatiques entre l’Iran et le Qatar, espèce de réponse de Doha à Riyad pour montrer 'Nous ne nous laisserons pas faire'. On se retrouve aujourd’hui dans la région du Moyen-Orient avec une nouvelle génération d’hommes politiques qui arrivent au pouvoir en Arabie saoudite, et aux Émirats arabes unis, des jeunes qui sont ultraconservateurs, deux princes héritiers beaucoup plus offensifs dans la manière dont ils veulent s’imposer dans la région, à la différence des souverains précédents, où c’était surtout la prudence et l’équilibre des pouvoirs qui prévalaient".

Le déroulement du pèlerinage est codifié par l’Arabie saoudite. Mais il y a beaucoup de contestations sur l’organisation du pèlerinage parce que l’Arabie saoudite s’en sert comme d’une vitrine religieuse et politique.

"Depuis les années 90, il y a eu une série de grandes constructions à la Mecque, avec notamment ces grands hôtels qui dominent la grande mosquée et qui amènent de nombreuses critiques parce qu’il y a tout un business particulièrement florissant qui s’est développé et qui est assez mal vu par les plus doctrinaires, qui estiment que l’Arabie saoudite se fait énormément d’argent sur le pèlerinage. La Mecque aujourd'hui, c’est une espèce de grand marché dans lequel il y a énormément d’hôtels, énormément d’infrastructures qui ont été construites et qui amènent donc une série de bénéfices pour les personnes qui dominent les environs".

Le pèlerinage de la Mecque débute aujourd'hui

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