Le parti nationaliste hindou annoncé vainqueur des élections indiennes

La plus grande démocratie du monde passait aux urnes ce week-end. Les Indiens étaient appelés aux urnes depuis le 11 avril pour renouveler leur Parlement. Avec 900 millions d’électeurs, on peut parler de scrutin hors normes. Ces élections sont organisées en plusieurs vagues, car il est impossible de faire voter tout le monde en même temps. Sébastien Farcis, notre correspondant en Inde, était l’invité du Plus de Matin Première.

Les premiers sondages sont sortis dès la fermeture des bureaux de vote ce dimanche. Plusieurs chaînes de télévision ont publié vers six heures du soir leurs premières estimations. L’actuel Premier ministre, Narendra Modi, ferait son retour en force. « C’est une surprise, car on ne s’y attendait pas, explique Sébastien Farcis. Le parti nationaliste hindou, mené par Narendra Modi, obtiendrait une large majorité relative ou absolue — c’est encore à définir. »

Les sept organismes et chaînes de télévision qui ont publié leurs sondages sont unanimes : le BJP, parti nationaliste hindou, remporterait un deuxième mandat. « La question reste de savoir s’il doit maintenant s’allier avec des partis régionaux ou s’il pourra gouverner tout seul, comme c’est le cas aujourd’hui », précise Sébastien Farcis.

Alliances préélectorales

Si ces nationalistes devaient s’allier avec d’autres partis, où dirigeraient-ils leur préférence ? Si tout dépend du score qu’ils obtiendront ce lundi, certaines alliances préélectorales ont déjà été formées : « Avec des nationalistes hindous encore plus radicaux dans l’État de Bombay, avec d’autres partis dans l’est du pays, plus modérés mais très forts dans l’Est. La composition de cette alliance postélectorale définira plus précisément sa politique, décrypte le journaliste. Aujourd’hui, ils gouvernent tout seuls, donc c’est vraiment leur politique nationaliste hindoue qui est favorisée. Si demain ils devaient s’allier avec des partis plus laïcs et séculiers, leur politique devrait bien sûr changer à la marge. »

Du côté des thèmes de campagne, les aspects nationalistes et sécuritaires ont été les sujets de prédilection des différents partis. « Les deux thèmes ont complètement emporté la campagne, confirme Sébastien Farcis. Cela est aussi dû au fait qu’en février il y a eu une attaque terroriste par un groupe islamiste pakistanais dans la partie du Cachemire indien, qui a traumatisé l’Inde et qui a été l’une des plus meurtrières qu’a subie le pays contre ses forces de sécurité. Malgré cette attaque, Narendra Modi a riposté au Pakistan et s’est tout de suite présenté comme le commandant en chef, le gardien de la nation. Dans ces cas-là, on a tendance à favoriser celui qui est en place pour avoir une sorte de continuité. Narendra Modi a très bien joué ce jeu émotionnel et a relié ce thème de l’opposition au Pakistan musulman avec l’importance de garder nos valeurs hindoues, de favoriser nos hindous et d’accentuer cet antagonisme envers les musulmans et les musulmans indiens. »

Le discours plus laïc et économique de l’opposition n’a rien pu faire, car « Quand l’économie ne va pas bien, on parle de nationalisme et on parle de sécurité pour faire oublier le reste. L’opposition n’a pas vraiment réussi à convaincre les électeurs qu’il fallait revenir à des thèmes plus économiques et à voter sur ces thèmes », résume-t-il.

Scrutin hors normes

Avec 900 millions de personnes, il s’agit des plus grandes élections jamais organisées. Et Sébastien Farcis rappelle que l’organisation n’a jamais été le propre de l’Inde. « C’est vraiment très difficile. Quand on connaît l’Inde, qui est particulièrement anarchique et désorganisée, cela relève vraiment de l’exploit. C’est un exploit qui a lieu tous les cinq ans depuis plus de 60 ans, donc c’est quelque chose qui est maintenant bien rodé. Il faut en fait ouvrir un million de bureaux de vote différents et chaque bureau de vote doit se situer dans une périphérie de deux kilomètres des électeurs. Il faut donc des bureaux de vote partout », explique-t-il.

Il faut des bureaux de vote partout, de l’Himalaya jusqu’aux déserts du Rajasthan en passant par les campagnes très peuplées. « Un million de bureaux de vote, 10 millions de fonctionnaires pour les faire fonctionner, emporter les machines à voter – car on vote de manière électronique – dans chacun de ces bureaux, les rapporter, déployer l’armée dans les régions conflictuelles comme le Cachemire… c’est une aventure logistique énorme et on ne peut pas faire voter tout le monde en même temps, raconte Sébastien Farcis. On doit mener ces sept différentes phases de vote sur six semaines pour emporter le matériel de vote. On a l’impression que ce sont à chaque fois des pays différents qui votent et il faut dire que chaque phase de vote, les sept phases de vote, emporte plus d’électeurs que la France et la Belgique réunies. On a à chaque fois quasiment 100 millions d’électeurs qui votent. C’est donc à chaque fois massif de convaincre des régions. Chaque phase de vote a bien sûr des thèmes différents, suivant si on est à l’est, à l’ouest ou au sud. »

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