Le socialiste italien David Sassoli élu président du Parlement européen

Les députés européens élus fin mai ont choisi leur nouveau président : c’est le socialiste italien David-Maria Sassoli, élu au deuxième tour par 345 voix sur 667 votes au lendemain de l’accord au forceps conclu par les dirigeants des 28 à Bruxelles. Les nouveaux parlementaires, qui ont pris leurs fonctions mardi lors d’une brève session inaugurale à Strasbourg, votaient à bulletin secret pour élire à la tête du Parlement européen le successeur de l’Italien Antonio Tajani (PPE, droite), longuement applaudi par les députés.

David Sassoli est né à Florence le 30 mai 1956. Eurodéputé italien depuis 2009, il a été réélu pour un troisième mandat en mai 2019 sur la liste du Partito Democratico (PD, groupe S&D) en Italie centrale. Il sera Président du Parlement européen jusqu’en janvier 2022.

Ce mandat de deux ans et demi faisait partie des "top jobs" à pourvoir et que cherchent à se partager les grandes familles politiques européennes, même s’il est moins convoité que celui de président de la Commission.

David Sassoli en rassembleur

Pour être élu mercredi, le nouveau président du Parlement devait obtenir aux trois premiers tours une majorité absolue des votes exprimés par bulletins secrets. Le premier tour de vote a eu lieu vers 10 heures du matin et aucune majorité absolue ne s’est dégagée. Sur 735 députés présents, il y a eu 73 votes blancs ou nuls et 662 valides.

L’Italien David Sassoli (S & D, sociaux-démocrates) était déjà celui qui s’approchait le plus de la majorité absolue de 332 voix avec 325 votes sur son nom, devant le conservateur tchèque Jan Zahradil, 162 voix, l’écologiste allemande Ska Keller, 133 voix et l’Espagnole Sira Rego (extrême gauche GUE/NGL), 42 voix.

Le Parlement a procédé à un second tour à 11h40 qui a donné la majorité absolue à David Sassoli avec 345 voix sur la majorité absolue de 334.

Souhaitant du cœur et de l’ambition à ses pairs, David Sassoli a plaidé dans son discours inaugural pour une Europe ouverte, basée sur ses valeurs fondatrices de solidarité, de fraternité, de démocratie et de progrès, unie dans sa diversité, rappelant les raisons de la création d’une Europe unie au sortir de la Seconde guerre mondiale. Pour Sasssoli, parlementaire européen depuis 10 ans, il faut "revenir à l'esprit des pères fondateurs", "conjuguer croissance, protection sociale et respect de l'environnement" et "relancer les investissements durables".

Pour David Sassoli, "ces derniers mois, de trop nombreuses personnes ont parié sur le déclin du projet européen, alimentant les divisions et les conflits que nous pensions être un triste rappel de notre histoire. Mais les citoyens ont montré qu’ils croyaient toujours à ce chemin extraordinaire, le seul capable de fournir des réponses aux défis mondiaux qui nous attendent."

"Nous devons avoir le courage de relancer le processus d’intégration, de changer notre Union afin qu’elle réponde de façon plus efficace aux besoins de nos citoyens et qu’elle fournisse de véritables réponses à leurs préoccupations, à leur sentiment grandissant de désarroi."

David Sassoli a également souligné les priorités du Parlement pour les années à venir. "Nous sommes confrontés à des transformations capitales: le chômage des jeunes, la migration, le changement climatique, la révolution numérique, le nouvel équilibre mondial, pour n’en citer que quelques-unes, qui nécessitent des idées nouvelles et du courage."

David Sassoli a critiqué le nationalisme, "un virus produisant des conflits destructifs", et les égoïsmes.

Il a salué la présence accrue des femmes au sein du Parlement, espérant que l’équilibre serait bientôt atteint, souhaitant "un plus grand rôle des femmes au sommet de l'économie, de la politique et du social". Il n’a pas manqué de rappeler le défi climatique qui attend l’Union, se tournant vers la jeunesse qui porte ces revendications. Un message aussi adressé à la Commission et au Conseil.

"Décevant"

L’Allemand Manfred Weber, chef du groupe parlementaire du PPE (le plus large dans l’hémicycle) et candidat malheureux à la présidence de la Commission, s’était dit "prêt à soutenir" mercredi le candidat du groupe social-démocrate (deuxième en termes d’effectifs), dans un souci d’alternance après la présidence Tajani. Aucun candidat PPE ne figure ainsi dans la liste de quatre prétendants publiée mardi soir.

Les sociaux-démocrates avaient présenté le nom de l’Italien David Sassoli, député européen depuis 10 ans, non sans avoir au préalable fustigé l’accord "profondément décevant", selon eux, trouvé mardi au sommet de Bruxelles. Ils souhaitaient en effet que la tête de la Commission revienne à leur chef de file aux élections européennes, le Néerlandais Frans Timmermans.

David Sassoli avait comme concurrente la députée écologiste allemande Ska Keller. "Nous avons besoin d’une dynamique pour un changement politique en Europe et cela n’est pas possible avec le paquet" de nominations décidé mardi à Bruxelles", a-t-elle déclaré.

Ouverture mouvementée mardi

Mardi, l’ouverture de la session du Parlement a été marquée par la manifestation d’une dizaine de milliers de Catalans.

Ils sont venus à Strasbourg soutenir trois indépendantistes élus fin mai, mais empêchés de siéger par les autorités espagnoles parce qu’ils n’ont pas pu prêter serment à Madrid.

A l’intérieur du Parlement, ce sont les provocations des 29 députés du Brexit Party de Nigel Farage qui ont le plus attiré l’attention. Priés de se lever durant l’hymne européen, ils l’ont fait mais en tournant le dos à l’assemblée.

Le Brexit n’ayant toujours pas eu lieu, il y a à nouveau 73 députés britanniques à Strasbourg (sur 751), qui pourront siéger provisoirement jusqu’à ce que le divorce se concrétise. La nouvelle date butoir a été fixée au 31 octobre.

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