Le Parlement européen embarrassé par le prix Sakharov d'Aung San Suu Kyi

Une manifestation, à Karachi, pour protester du traitement réservé par le gouvernement birman aux Rohingya, le 8 septembre 2017.
Une manifestation, à Karachi, pour protester du traitement réservé par le gouvernement birman aux Rohingya, le 8 septembre 2017. - © ASIF HASSAN - AFP

Plusieurs membres du Parlement européen sont embarrassés par le prix Sakharov attribué en 1990 à la Birmane Aung San Suu Kyi. L'ancienne prisonnière politique, qui avait obtenu cette récompense pour son combat en faveur de la démocratie, dirige aujourd'hui son pays en se montrant indifférente au sort de la minorité musulmane rohingya, cible d'une vague de violences.

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, a qualifié lundi le traitement de cette minorité par la Birmanie "d'exemple classique de nettoyage ethnique".

D'après les Nations Unies, environ 370.000 Rohingyas ont trouvé refuge au Bangladesh pour fuir les violences dans l'ouest de l'Etat birman depuis le 25 août. Cette nouvelle flambée des troubles dans la région de Rakhine a commencé avec des attaques de rebelles rohingyas contre la police birmane, qui ont déclenché une répression féroce de l'armée.

"Mettre les autorités birmanes sous pression"

Au Parlement européen, le chef de file des libéraux et démocrates, Guy Verhofstadt (Open Vld/ALDE), a demandé au président de l'assemblée Antonio Tajani d'agir. "Nous avons octroyé le prix Sakharov à Aung San Suu Kyi en 1990. Nous devons nous servir de celui-ci comme d'un levier pour mettre les autorités birmanes sous pression", a-t-il estimé mardi. "Que Mme Suu Kyi qualifie les rapports faisant été de nettoyage ethnique de 'fake news' n'est pas le type de réaction que nous attendons."

Un autre eurodéputé, le conservateur britannique Sajjad Karim, a pour sa part appelé le président Tajani à retirer le prix à la femme politique birmane. "En tant que musulman et défenseur des droits de l'Homme, je trouve particulièrement pénible d'observer l'ampleur des violences en Birmanie. C'est encore plus dur de voir qu'une ancienne incarnation d'espoir pour ce pays, Aung San Suu Kyi, nie que de tels faits se produisent et permette la poursuite des brutalités", a-t-il déclaré.

Confronté à la requête de M. Karim, le président Tajani a indiqué qu'il lui semblait "difficile d'intervenir à propos de décisions qui ont déjà été prises", en particulier sur base du comportement ultérieur d'une personne. Il a toutefois garanti qu'il s'informerait sur les possibilités dont dispose l'assemblée parlementaire et fournirait une réponse circonstanciée.

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