Les relations Union européenne-Turquie se compliquent encore davantage

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission Jean-Claude Juncker lors de la signature de l'accord sur les migrants en mars dernier
Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission Jean-Claude Juncker lors de la signature de l'accord sur les migrants en mars dernier - © THIERRY CHARLIER - AFP

La Turquie cause décidément pas mal d'agitation au sein de l'Union européenne. Cette fois, ce sont les eurodéputés qui, lors d'un débat animé au Parlement de Strasbourg, ont demandé le gel du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Un signe de protestation contre la dérive autoritaire du président Recep Tayyip Erdogan. Mais quelles pourraient être les conséquences de ce coup de colère des parlementaires européens ?

Ce qui est certain, c'est que ça ne va pas réchauffer les relations déjà tendues entre Européens et Turcs. D'ailleurs, le président Erdogan a rapidement réagi à ce débat et visiblement cette protestation européenne lui donne des maux de ventre : "Impossible de digérer le message que les Européens m'envoient" a t'il expliqué. Même si ça ne l'empêche pas de dormir pour autant puisque pour lui "ce coup de colère n'a aucune valeur".

Aucune valeur contraignante

Et c'est vrai que cette résolution parlementaire qui sera mise au vote ce jeudi n'est que consultative. Elle n'a pas de valeur contraignante. C'est au Conseil, c'est à dire aux 28 Etats membres de décider d'interrompre, ou non, les négociations.

Mais malgré tout, ça reste un signal politique important. On peut même dire qu'il s'agit du premier signal fort des Européens depuis le limogeage de plus de 125 000 personnes - militaires, policiers, professeurs, magistrats -, l'arrestation de plus 35 000 individus -dont des élus ou des journalistes -, et la fermeture des médias d'opposition.

Des négociations en cours depuis 2005

Mais dans les faits, ces négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne patinent depuis plusieurs années. C'est en 1987 que la Turquie s'est officiellement portée candidate à rejoindre l'Union européenne. Il y a 30 ans. Et ce n'est qu'en 2005 que les négociations ont vraiment commencé. Des négociations qui portent sur 35 thématiques différentes, 35 chapitres dit-on dans le jargon européen. Et seulement 17 de ces chapitres ont été ouverts jusqu'à présent. Il n'empêche qu'en mars dernier, les Turcs et les Européens ont tout de même réussi à se mettre d'accord pour réduire la migration vers l'Europe.

Un accord d'ailleurs fortement controversé. Pour rappel, il s'agit de renvoyer en Turquie tous les migrants syriens arrivés en Grèce via la Turquie, en échange d'une aide humanitaire européenne de six milliards d'euros. Mais aussi en échange de la promesse de supprimer les visas pour les ressortissants turcs qui viennent en Europe ET de la relance du processus d'adhésion.

Erdogan, conscient de son pouvoir sur les Européens

Pour Guy Verhofstadt, le leader du groupe des libéraux au Parlement européen, c'est aujourd'hui devenu un marché de dupe : "Nous savons tous ce que les autorités turques veulent. Elles veulent adhérer à l'Union européenne, elles veulent la libéralisation des visas le plus rapidement possible, elles veulent plus d'argent dans le cadre de l'accord sur la migration, et elles ne veulent aucune ingérence, aucune critique sur ce qui est en train de se passer là bas. Elle passe à un système autocratique. Mais ne nous laissons plus berner. Nous savons tous que cela n'a rien à voir avec les valeurs européennes".

Mais voilà, même si les députés votent pour le gel des négociations, cela ne changera pas grand chose concrètement puisque dans ces dossiers, ce sont les Etats membres qui ont la main. Et à part en Autriche, aucun dirigeant européen ne veut prendre la responsabilité de dire non à la Turquie, de peur que cela ne remette en cause l'accord sur la migration. Et la gestion des flux migratoires, c'est l'un des gros enjeux des prochaines échéances électorales de 2017.

Le Président Erdogan a conscience du pouvoir qu'il a sur les Européens avec cet accord. Il brandit souvent cette menace d'y mettre un terme, notamment si les Européens ne permettent pas rapidement aux Turcs de voyager sans visa. Mais pour l'instant ce ne sont que des menaces.

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