Pape François en Irlande : "honte de l'échec" des autorités de l'Église à propos des abus

Trente-neuf ans après la dernière visite d'un souverain pontife, le pape François est arrivé ce samedi matin en Irlande afin de clôturer la Rencontre mondiale des familles, mais il sera surtout attendu sur le dossier sans fin des abus du clergé.

L'avion papal a atterri à 9h26 GMT à Dublin. À son arrivée, le souverain pontife a été notamment accueilli par le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney. Lors de sa première prise de parole, le pape a exprimé sa "honte" et sa "souffrance" face à "l'échec des autorités ecclésiastiques" pour affronter de manière adéquate les "crimes ignobles" du clergé en Irlande.

"L'échec des autorités ecclésiastiques - évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres - pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles a justement suscité l'indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique. Moi-même, je partage ces sentiments", a-t-il déclaré devant les autorités politiques et civiles irlandaises peu après son arrivée dans le pays.

Une Irlande secouée par des scandales sexuels

Son 24e voyage à l'étranger intervient à un moment particulièrement périlleux pour l'avenir même de l'Église catholique, ébranlée la semaine dernière par de sordides révélations d'abus sexuels anciens perpétrés aux États-Unis et marquée récemment par une série inédite de démissions de prélats soupçonnés d'omerta au Chili, en Australie et aux États-Unis.

Au cours de sa visite de deux jours, le pape souhaite "rappeler la place essentielle de la famille dans la vie de la société et dans l'édification d'un avenir meilleur pour les jeunes", a-t-il expliqué dans un message vidéo diffusé avant sa venue.

Le pape François présidera samedi le Festival des familles, au stade Croke Park de Dublin, où sont attendues plus de 80.000 personnes, et célébrera dimanche la messe de clôture de l’événement au parc Phoenix de Dublin. Un demi-million de fidèles devraient y participer.

Le Premier ministre de rendre "justice" aux victimes d'abus

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a appelé ce samedi le pape François à user de sa "position" et de son "influence" pour faire en sorte que "justice" soit rendue aux victimes d'abus commis par des ecclésiastiques dans "le monde entier".

"Les blessures sont encore ouvertes et il y a beaucoup à faire pour que les victimes et les survivants obtiennent justice, vérité et guérison. Saint-Père, je vous demande d'utiliser votre position et votre influence pour que cela se fasse ici en Irlande et dans le monde entier", a déclaré Leo Varadkar à l'occasion de la visite du souverain pontife.

Un sujet qui ne pouvait être nié

Ses six discours prévus seront scrutés de près sur le thème sensible des abus perpétrés par l'Église irlandaise et il rencontrera discrètement des victimes d'abus sexuels samedi ou dimanche.

"L'important pour le pape est de les écouter", a expliqué le porte-parole du Vatican Greg Burke, reconnaissant que les abus était un sujet incontournable du déplacement. Depuis 2002, plus de 14.500 personnes se sont déclarées victimes d'abus sexuels commis par des prêtres en Irlande.

L'énorme scandale de pédophilie dans l'Etat américain de Pennsylvanie révélé la semaine dernière - plus de 300 "prêtres prédateurs" ayant commis des abus sur mille enfants - a incité lundi le pape François à diffuser une lettre sans précédent aux 1,3 milliard de catholiques de la planète.

Il y reconnaît que l'Eglise n'a pas été à la hauteur et qu'elle a "négligé et abandonné les petits". "Ce que l’on peut faire pour demander pardon ne sera jamais suffisant", dit-il en appelant à la "tolérance zéro".

"La lettre du pape mentionne pour la première fois l'abus sexuel comme un crime, une atrocité", a salué auprès de l'AFP la septuagénaire irlandaise Marie Collins, victime à 13 ans d'abus sexuels d'un prêtre. "Mais elle ne donne aucune indication concrète sur ce que le pape souhaite réellement faire".

"Non au pape"

En marge de la visite du souverain pontife, plusieurs contre-manifestations sont planifiées. Des milliers d'internautes irlandais ont appelé sur Facebook à "dire non au pape" en boycottant la messe de Phoenix Park, réservant des centaines de tickets qu'ils comptent ne pas utiliser.

En parallèle, une marche se déroulera dans les rues de Dublin, jusqu'au "Jardin du souvenir". À Thuam, dans l'ouest du pays, une veillée aura lieu en mémoire des 796 bébés décédés, entre 1925 et 1961, dans l'ancien foyer catholique des sœurs du Bon Secours et qui avaient été enterrés dans une fosse commune.

"La visite du pape est très pénible pour de nombreux survivants (d'abus). Elle réveille de vieilles émotions: honte, humiliation, désespoir, colère", a déclaré Maeve Lewis, la directrice de l'association One in Four, qui vient en aide aux victimes.

"C'est un week-end d'émotions contrastées", a résumé le ministre de la Santé irlandais Simon Harris, sur Twitter. "Pour beaucoup, la joie (de voir le pape); pour d'autres, un sentiment de souffrance".

Ces mouvements témoignent de la perte d'influence de l’Église sur la société irlandaise ces dernières années. La messe du pape François devrait ainsi attirer trois fois moins de fidèles que celle de Jean-Paul II en 1979, qui constitue la dernière visite pontificale dans le pays.

Depuis cette date, la proportion de catholiques dans une population de près de cinq millions d'habitants est passée de plus de 90% à moins de 80%. Sur le plan politique, l'Irlande a légalisé le mariage homosexuel en 2015, installé un Premier ministre gay, Leo Varadkar, en 2017, et libéralisé, en mai, l'avortement.

Leo Varadkar a promis notamment d'évoquer avec le Saint-Père qu'il accueillera samedi en début d'après-midi les abus commis par le clergé irlandais et de plaider la cause des familles gays et monoparentales.

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