Le pape en Bulgarie rencontre des réfugiés et célèbre 245 communions

Inlassable défenseur des réfugiés, le pape François a apporté lundi son soutien à des familles syriennes et irakiennes exilées en Bulgarie, pays pauvre de l’UE, soulignant l’ampleur des difficultés pour ceux « qui quittent leur patrie et cherchent l’intégration » ailleurs.

Dans le centre d’accueil de Vrajdebna, en périphérie de Sofia, une cinquantaine de réfugiés, dont beaucoup d’enfants en bas âge, ont accueilli, un peu intimidés, le chef du 1,3 milliard de catholiques, au deuxième jour de sa visite en Bulgarie.

Soad, une Irakienne logée dans cette école reconvertie depuis 2013 en centre d’hébergement temporaire pour demandeurs d’asile, parle d’un ton volontaire : « Je n’ai pas de statut, c’est difficile pour moi avec sept enfants […]. Le pape peut tout faire et tout changer, car il aide tout le monde, spécialement les réfugiés ».

Le pape François apprécie ces rendez-vous simples et informels avec les exilés de toutes nationalités qu’il rencontre régulièrement lors de ses déplacements.

Dans le camp visité lundi, qui accueille des familles d’Irak et de Syrie, un petit chœur d’enfants a entonné deux énergiques chansons en bulgare, avant d’offrir des dessins colorés au pape.

Les chants des enfants "apportent de la joie dans votre chemin plein de douleur d’avoir quitté votre patrie pour chercher l’intégration dans une autre patrie"", a commenté François.

Avant d’ajouter gravement : "Aujourd’hui le monde des migrants, des réfugiés, est un peu une croix, une croix de l’humanité, une croix de souffrance pour tant de personnes ».

« Nous resterons en Bulgarie, maintenant les enfants pensent que c’est leur pays », affirme Soad.

Pourtant l’expérience de nombreux réfugiés en Bulgarie tient du parcours du combattant dans ce pays où il n’existe pas de plan d’intégration des demandeurs d’asile, uniquement assistés par des bénévoles et une poignée d’associations.

« Espérons que le pape inspire à ses hôtes une attitude positive à l’égard des réfugiés », avait confié à l’AFP Linda Auanis, présidente du Conseil des femmes réfugiées, avant la visite du pape.

Accueillir les réfugiés

Si l’importante minorité turque (environ 10% de la population) issue de la longue domination ottomane sur la Bulgarie, est intégrée et représentée politiquement, l’arrivée de musulmans du Moyen-Orient est rejetée tant par le gouvernement de droite et ses alliés nationalistes que par l’opposition socialiste.

Même l’Eglise orthodoxe y voit une « menace pour la stabilité de l’Etat » et « l’équilibre ethnique » du pays.

Dimanche, dans son premier discours en Bulgarie, François avait appelé le pays à se montrer « accueillant » envers « ceux qui fuient la guerre ou la misère ».

Le chef de l’Etat Roumen Radev, proche des socialistes, lui avait assuré que « la société bulgare ne tolère pas le racisme ».

Mais en 2017 une famille syrienne accueillie dans la commune de Béléné (nord) sur l’initiative d’un prêtre catholique avait dû repartir sous la pression de manifestants nationalistes, alors que le prêtre a été menacé de mort.

Le camp de Vrajdebna visité par le pape ne compte qu’une soixantaine de demandeurs d’asile pour plus de 300 places. Les quatre autres centres d’accueil du pays sont également aux trois quarts vides.

Le nombre des arrivées de migrants en Bulgarie a considérablement baissé depuis 2016 avec le ralentissement du flux en provenance de Turquie et l’érection d’une clôture le long des 274 km de frontière commune aux deux pays.

Une autre communauté a reçu lundi le soutien du pape : il s’agit de la ville majoritairement catholique de Rakovski, exception dans ce pays orthodoxe où les catholiques représentent moins de 1% de la population.

Dans la cathédrale pleine à craquer et richement parée pour l’occasion, le pape a donné personnellement la communion à 245 enfants, une première lors d’un voyage.

« Ce sera pour eux un souvenir inoubliable », s’est réjoui le maire Pavel Gudjerov.

Quelque 10.000 personnes ont afflué dans les rues de cette cité campagnarde de 17.000 habitants, située à 160 kilomètres de Sofia, pour applaudir le cortège papal.

Sonya Naumova a fait le déplacement : « Mon mari est catholique, je suis orthodoxe. Mais nous sommes tous chrétiens et croyons en Dieu, n’est-ce pas ? », confiait cette habitante de l’est du pays.

En fin de journée, le pape sera de retour à Sofia pour une rencontre inter-confessionnelle « pour la paix » boudée par les seuls responsables de l’Eglise orthodoxe bulgare, rétifs au dialogue avec le Vatican.

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