Le pape à Lesbos : une visite pour réveiller les consciences

Refugiés syriens arrivés sur l'île de Lesbos.
Refugiés syriens arrivés sur l'île de Lesbos. - © ACHILLEAS ZAVALLIS - AFP

Le pape François a décidé de se rendre dans l'ile grecque de Lesbos demain. Il veut marquer sa solidarité avec les Grecs et les réfugiés. L'ile de Lesbos est devenue l'une des portes d'entrée des migrants en Europe. Une porte fermée depuis la fermeture de la route des Balkans. Que va dire le pape , alors que l'Europe se déchire sur la façon d'accueillir ou de rejeter ces candidats à l'asile ? Le sujet est délicat.

Le pape François est connu pour son franc- parler. En juillet 2013, juste après son élection, il s'était rendu sur l'ile italienne de Lampedusa. Le naufrage d'un bateau surchargé de réfugiés venait de faire plus de 300 morts. Cela avait secoué l'opinion. Aujourd’hui, ce genre de naufrage n'émeut plus grand monde.

Le pape n'ira pas tout seul à Lesbos: il sera accompagné des chefs des Eglises orthodoxes de Constantinople et d'Athènes. Une visite œcuménique qui a pour but de rapprocher les Eglises catholiques et orthodoxe.

A Lesbos, les 3 dignitaires religieux visiteront le centre fermé de Moria, où plus de 3.000 réfugiés attendent dans l'angoisse de savoir de quoi sera fait leur avenir. Beaucoup craignent d'être renvoyés en Turquie. A l'annonce de la venue du pape, ce camp surpeuplé a été nettoyé, et les murs réparés et repeints.

Un pape humain, mais qui dérange

A Lampedusa, François avait fustigé "la mondialisation de l'indifférence". Plus récemment, a Pâques, il avait condamné le refus des pays prospères qui pourraient offrir un accueil et une aide. Mais son message est mal perçu par les mouvements xénophobes, en progression en Europe, mais aussi par une partie du monde catholique. Le pape a appelé chaque paroisse et chaque monastère en Europe a accueillir une famille de migrants. Or, de nombreuses communautés catholiques acceptent volontiers des réfugiés chrétiens, mais redoutent un afflux de musulmans.

Jean Pierre Delville est l'évêque de Liège. Il explique combien la question des réfugiés tient particulièrement à cœur au pape François, qui est lui-même petit-fils de migrants italiens en Argentine. Mais il comprend la crainte de certains : "C'est possible que dans les mentalités, il y a une islamophobie, une peur du musulman qui s'est accrue à cause des attentats. C'est un mouvement d'opinion publique qu'il est difficile de contrôler, et je crois que le pape veut aller à contre-courant. Dans les différents diocèses de Belgique, il y a partout des maisons qui sont mises à disposition de réfugiés, nous avons des "housing cafés" chaque semaine dans les diocèses, qui réunissent les propriétaires et les locataires en demande, pour concrétiser ces besoins et cela marche très bien ! Mais il y a évidemment une opinion publique plus large, y compris dans l'Eglise, qu'il faut en quelque sorte conscientiser. C'est la volonté du pape, et il veut le faire de manière œcuménique. C'est la raison pour laquelle il a voulu être en présence à Lesbos du patriarche Bartholomée de Constantinople, et de l'archevêque d'Athènes, deux dignitaires religieux orthodoxes, qui sont tous les deux très concernés par la situation."

 

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