Le nouvel axe franco-allemand tient l'avenir de l'Europe entre ses mains

Marianne Dony, présidente de l'Institut d'études européennes de l'ULB
Marianne Dony, présidente de l'Institut d'études européennes de l'ULB - © RTBF

Faut-il craindre la perspective de nouvelles élections en Grèce ? Le pays peut-il sortir de l'euro ? Les invités de Matin Première, la directrice de l'Institut d'études européennes de l'ULB Marianne Dony et l'eurodéputé libéral allemand Jorgo Chatzimarkakis tablent beaucoup sur le rééquilibrage du couple franco-allemand, avec l'arrivée de François Hollande, pour éviter à l'Europe le plongeon dans l'inconnu.

L’Europe est une fois de plus au cœur de la tourmente. Au bord du gouffre, avancent certains, avec la perspective de nouvelles élections en Grèce qui éclipsent presque l’arrivée aux affaires en France du socialiste François Hollande, partisan d’une révision du pacte de stabilité. Même cette élection, aux yeux des défenseurs de l’assainissement des finances publiques dans la zone euro, constitue un risque pour le futur. "Je m’inquiète effectivement de l’annonce des nouvelles élections en Grèce et de l’échec des négociations, bien plus que de l’élection de François Hollande comme président de la République française parce qu'en effet la situation grecque est extrêmement compliquée et qu’elle risque d’avoir un effet de contagion à l’ensemble de la zone euro", énonce pour sa part la présidente de l’institut d’études européennes de l’ULB Marianne Dony. L’avenir de la construction européenne elle-même est en jeu, estime-t-elle.

Exclure la Grèce de l'euro: juridiquement impossible

On ne peut pas totalement exclure que le processus mène à la sortie de la Grèce de la zone euro, si un mouvement massif en ce sens devait s’exprimer lors du nouveau scrutin ; mais ce qui est rigoureusement impossible d’un strict point de vue juridique c’est d’exclure la Grèce, explique Marianne Dony. Une réalité qui relativise les propos tenus notamment en Allemagne. "Mais on ne peut pas obliger un Etat à rester quelque part où il ne veut absolument pas rester", concède-t-elle.

Jorgo Chatzimarkakis, eurodéputé libéral allemand d’origine grecque, confirme : "C’est aux Grecs à décider". Pour lui il n’y a pas de mouvement en faveur de l’abandon de l’euro en Grèce. "80% des Grecs veulent rester dans l’eurozone, mais la plupart des Grecs ne veulent plus de l’austérité ; et c’est très difficile de faire les deux en même temps". Jorgo Chatzimarkakis pense qu’il est possible qu’une grande liste pro-européenne se forme tandis qu’un autre bloc se constitue autour des formations radicalement contre les mesures de la troïka. "Et là, c’est comme un referendum…", conclut l’élu libéral.

L'enjeu: adoucir l'austérité

Pour Marianne Dony, ce referendum qui se profile porterait moins sur la sortie ou non de l’euro que sur les plans d’austérité eux-mêmes. "Toute la difficulté va être de trouver le moyen d’un petit peu adoucir la situation de la Grèce tout en continuant à avoir les réformes structurelles qui sont totalement indispensables", souligne-t-elle, en prévenant : "Je crois qu’on n’a pas assez conscience des efforts énormes qui ont déjà été faits par la Grèce et qui, peut-être, du point de vue des Grecs, n’ont pas été suffisamment pris en compte par les autres".

Jorge Chatzimarkakis ne pense pas que l’on pourra réellement renégocier les plans d’austérité :  "Le mot ‘renégocier’ est un peu tabou, et cela ouvrirait la porte à beaucoup de choses dont on ne veut pas en Europe (…) mais il faut ouvrir les yeux sur la situation sociale en Grèce (…) : il y a un demi million de Grecs sans salaire, sans rien ; et ça c’est trop… Ça ressemble beaucoup à la situation de la république de Weimar en Allemagne et on sait très bien historiquement que cela sert les extrémismes politiques".

"Adoucir oui, renégocier non", synthétise-t-il. " Et c’est aux politiciens européens de communiquer cela. Il compte sur l’équilibre du nouveau couple franco-allemand pour y parvenir. "Je pense effectivement que l’arrivée de François Hollande est une chance pour l’Union européenne", réagit Marianne Dony, "parce que l’arrivée d’un nouveau président en France est toujours un événement extrêmement  important surtout quand on voit qu’on ne va pas se situer dans une stricte continuité".  Elle poursuit : "Ce qui a peut-être été un problème pendant l’époque ‘Merkozy’ c’est qu’il y avait peut-être trop de suivisme du président français par rapport à la position allemande". Et elle aperçoit une autre raison d’espérer dans l’axe Paris-Berlin renouvelé : "Ce qui est très favorable à mon sens c’est que tant François Hollande que Angela Merkel sont des partisans de la méthode communautaire, supranationale, tandis que Nicolas Sarkozy privilégiait quand même très fort la méthode intergouvernementale".

Jorgo Chatzimarkakis rappelle que dès le début de la crise grecque, l’opinion publique allemande avait été chauffée à blanc contre la Grèce. Mais depuis, "l’atmosphère a changé : on ne menace plus", constate-il, se disant confiant dans la manière dont, souverainement, les Grecs vont désormais se positionner.

T.N.

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK