Le Parlement européen a réélu M. Schulz à sa tête, O. Rehn et A. Tajani vice-présidents

Le drapeau étoilé rejoint ceux des nations de l'Union européenne le 30 juin 2014 devant la parlement de Strasbourg, pour marquer la session inaugurale du parlement à partir de mardi 1er juillet 2014
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Le drapeau étoilé rejoint ceux des nations de l'Union européenne le 30 juin 2014 devant la parlement de Strasbourg, pour marquer la session inaugurale du parlement à partir de mardi 1er juillet 2014 - © Patrick Hertzog

Le nouveau Parlement européen se réunissait mardi, sous la pression des europhobes après leur forte poussée aux élections du 25 mai, obligeant les partis pro-européens à serrer les rangs. Le socialiste Martin Schulz a été réélu à la présidence par 409 voix sur 751. L'Italien Antonio Tajani et le Finlandais Olli Rehn, qui étaient jusqu'il y a peu vice-présidents de la Commission européenne, ont été élu mardi à la vice-présidence... du Parlement européen. Ce troc de positions n'est qu'une des étapes d'un grand jeu européen de chaises musicales qui se poursuivra dans les prochains mois.

La séance a débuté par l'interprétation d'un fragment de la 9ème symphonie van Ludwig van Beethoven par l'orchestre philharmonique de Strasbourg. Mais plusieurs eurodéputés europhobes, dont le Britannique Nigel Farage, président de l'Ukip et chef du groupe de l'EFDD, ont délibérément tourné le dos à l'orchestre.

Des députés indignés ont manifesté leur colère sur Twitter. Le député UMP français Philippe Juvin, membre du PPE (centre-droit), a qualifié les europhobes de "débiles, 100 ans après le suicide collectif", en référence au centenaire de la Première Guerre mondiale.

"Rejeter la fraternité ne fera pas avancer les choses", a également lancé sur le réseau social l'eurodéputée libérale française Sylvie Goulard, ulcérée par ces "individus sans vergogne".

"Les élus europhobes et eurosceptiques, pour les uns restent assis, pour les autres tournent le dos quand est joué l'hymne européen. Inconsistant!", a commenté la députée PPE, Constance Le Grip.

Martin Schulz rempile

Le social-démocrate allemand, qui avait été candidat des socialistes pour la présidence de la Commission lors des élections européennes, a été réélu à la présidence du Parlement pour deux ans et demi avec 409 voix des 612 suffrages exprimés, sur un total de 751 députés. Il n'a donc pas fait le plein des voix. En vertu d'un accord de coalition avec le PPE (centre droit) et les libéraux, il pouvait compter sur le papier sur 479 voix.

Alors que les europhobes sont arrivés en force dans le nouveau Parlement, avec 100 élus contre seulement une poignée dans le sortant, M. Schulz a prévenu que "celui qui ne respecte pas les règles de respect mutuel et de dignité humaine va me trouver contre lui". "Je ne l'accepterai pas", a-t-il insisté.

Trois autres candidats étaient présents au premier tour: le conservateur britannique Sajjad Karim, l'Espagnol Pablo Iglesias, soutenu par la gauche radicale, et la Verte autrichienne Ulrike Lunacek.

Victimes de la défiance vis-à-vis du projet européen après des années de crise, les quatre principales formations europhiles (PPE, socialistes, libéraux et Verts) ont perdu des sièges lors des européennes.

L'addition des 221 députés PPE et des 191 socialistes ne donne qu'une majorité fragile de 412 sièges sur 751. In extremis, les deux groupes sont donc allés chercher les libéraux et leurs 67 députés pour consolider leur assise.

"C'est un autre Parlement", reconnaît le président du PPE, Joseph Daul, qui a dirigé pendant cinq ans le groupe parlementaire. "Si le Parlement européen veut garder ses prérogatives, il faut que toutes les forces démocratiques s'unissent".

De fait, cette alliance vise également à "instaurer un cordon sanitaire" face aux formations europhobes, qui réunissent 100 élus, contre seulement une poignée dans le Parlement sortant.

Acteur majeur de cette force montante, l'EFDD de Nigel Farage compte 48 députés autour de l'Ukip, sorti grand vainqueur des élections au Royaume-Uni où il milite pour la sortie du pays de l'UE, et des populistes italiens du Mouvement Cinq Etoiles de Beppe Grillo.

Les Britanniques sont aussi les piliers du groupe conservateur, qui au terme d'une rude bataille, est parvenu à décrocher la place enviée de troisième force du Parlement avec 70 élus.

Après avoir réélu Martin Schulz à sa tête, les eurodéputés ont procédé à l'élection de 14 vice-présidents. L'exercice était peu risqué, étant donné que seuls 15 candidats se présentaient. Seul le candidat eurosceptique Fabio Massimo Castaldo, issu du parti grilliste, n'a pas été élu.

Au final, six vice-présidents sont issus des rangs du PPE (conservateurs pro-européens), trois du groupe S&D (social-démocrate), deux ALDE (libéral), un GUE (gauche radicale), un ECR (conservateur eurosceptique) et une verte.

Au sein de la Commission européenne, les tâches d'Olli Rehn (affaires économiques et financières) et d'Antonio Tajani (industrie) ont été reprises provisoirement par Siim Kallas et Michel Barnier.

Deux autres commissaires élus au Parlement sont remplacés. La Luxembourgeoise Viviane Reding (justice) par Johannes Hahn et le Polonais Janusz Lewandowski (budget) par Andris Piebalgs.

Ces remplacements sont provisoires: les gouvernements des pays concernés doivent en effet désigner des remplaçants pour leurs commissaires en partance. La Finlande a déjà choisi son ancien Premier ministre Jyrki Katainen, qui doit recevoir l'aval du Parlement européen avant de prendre ses fonctions. M. Katainen sera ensuite reconduit dans la prochaine Commission européenne de Jean-Claude Juncker, où il convoite un poste important.

Ce n'est pas le cas de Ferdinando Nelli Feroci. Cet ambassadeur italien ne siégera à la Commission - après aval du Parlement - que jusqu'à l'entrée en fonction de la nouvelle équipe en novembre. Au sein de celle-ci, l'Italie de Matteo Renzi a de hautes ambitions. Elle voudrait bien placer Federica Mogherini au poste de haute représentante pour la politique étrangère.

Côté polonais, Jacek Dominik devrait assurer l'intérim jusqu'en novembre pour remplacer M. Lewandowski. Mais dans la prochaine Commission, Varsovie a dans sa manche elle aussi plusieurs candidats lorgnant sur de hautes responsabilités. C'est notamment le cas de Radoslav Sikorski, qui se verrait bien à la tête de la diplomatie de l'Union. Il est toutefois très improbable que les 28 nomment à ce poste un homme connu pour son opposition farouche à la Russie.

Les désignations les plus importantes devraient avoir lieu lors d'un sommet à Bruxelles le 16 juillet, où les chefs d'Etat et de gouvernement devraient se prononcer sur le haut représentant pour la politique étrangère, le président du Conseil européen et le président de l'eurogroupe. Les postes de commissaires seront ensuite attribués par Jean-Claude Juncker en coopération avec les gouvernements nationaux.

Entre le Parlement et le Conseil, la zone euro et l'hors zone euro, le nord et le sud, l'est et l'ouest, les hommes et les femmes, les équilibres seront très délicats à trouver.

"Efforts pour séduire"

Restent 52 députés non inscrits, parmi lesquels près de la moitié viennent du Front national français. Sa présidente Marine Le Pen a en effet échoué à constituer un groupe, ce qui la prive d'une meilleure visibilité et, plus encore, de moyens financiers conséquents.

Autant dire que les rivalités, voire les haines, sont profondes entre les eurosceptiques britanniques de David Cameron et les europhobes, entre ces derniers et l'extrême droite, entre les nationalistes et les ultras, incapables au final de présenter un front uni.

De quoi affaiblir leur capacité de nuisance sur le fonctionnement des institutions de l'UE.

L'élection du président du Parlement européen constituera aussi un test des rapports de force au sein de la mouvance pro-européenne, à deux semaines du vote sur la nomination de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission, le 16 juillet.

Le Parlement et les partis politiques européens sont parvenus à imposer un processus au terme duquel le candidat de la formation arrivée en tête, en l’occurrence le PPE, va prendre la tête de l'exécutif européen.

Mais le système, qui n'a été accepté qu'après de fortes réticences de la part de nombre de chefs de gouvernement, continue à être contesté. La personnalité de M. Juncker ne fait pas non plus l'unanimité. Sa grande expérience, après 19 ans comme Premier ministre du Luxembourg, est vue autant comme un atout par ses partisans que comme un handicap par ses détracteurs, à l'heure où l'Europe est sommée de se réformer.

Le vote aura lieu à bulletins secrets, et des défections sont attendues, tant à gauche, à commencer par les élus du Labour britannique, qu'à droite avec le Fidesz hongrois de Viktor Orban, seul chef de gouvernement avec David Cameron à avoir voté contre M. Juncker.

Ce dernier "a perdu beaucoup de son enthousiasme et de son dynamisme. Il va devoir faire des efforts pour séduire", estime un responsable européen.

"L'Europe, c'est de l'ennui..."

Ce premier juillet, c'est aussi le début pour l'Italie de sa présidence tournante de l'Union européenne. Et le chef du gouvernement italien Matteo Renzi entend en profiter pour donner une autre image de l'Union, présenter une Europe plus solidaire et plus engagée en faveur de la croissance. "L'Europe aujourd'hui c'est de l'ennui," dit-il. Elle est submergée de chiffres et privée d'une âme. Les milliers de jeunes gens morts pendant la Première guerre mondiale ne se sont pas sacrifiés pour "des paramètres" ou "un no man's land de bureaucratie" a-t-il encore déclaré.

RTBF avec AFP

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