"Le monde ne nous a pas aimés", l'émouvante lettre d'une Iranienne condamnée à mort

"Le monde ne nous a pas aimés", l'émouvante lettre d'une iranienne condamnée à mort
"Le monde ne nous a pas aimés", l'émouvante lettre d'une iranienne condamnée à mort - © Tous droits réservés

Malgré une mobilisation internationale, Reyhaneh Jabbari a été pendue le 25 octobre. Cette jeune Iranienne avait été accusée de meurtre, après avoir tué celui qui, disait-elle, l'avait sexuellement agressée. Elle laisse cependant derrière elle un témoignage poignant: dans une lettre à sa mère, elle dit toute son amertume face aux lois de son pays.

"Le monde ne nous a pas aimés. Il n’a pas voulu mon destin".

Reyhaneh Jabbari avait 19 ans. Une jeune fille comme tant d'autres, en Iran. Elle était éduquée, avait un travail. Mais le destin l'a donc rattrapée, en juillet 2007. Selon ses déclarations, elle s'était défendue après avoir été agressée par un médecin, employé de surcroît au service des Renseignements iraniens. Selon les autorités, qui  disaient se baser sur des aveux, elle avait prémédité l'assassinat.

Beaucoup avaient douté de l'impartialité du procès. Rien n'y avait fait: elle a été pendue, après 7 ans de procédure et de mobilisation.

Mais l'émouvant témoignage que Reyhaneh laisse derrière elle nous fait entrevoir la brutalité d'un pouvoir, où la loi religieuse est au-dessus de la morale des hommes. S'adressant à sa mère, elle dit surtout son amertume face aux espoirs qu'elle a appris à avoir envers la vie, et envers à son pays. "C’était si optimiste d’attendre de la justice de la part des juges !"

"Durant cette nuit inquiétante, j’aurais dû être tuée. Mon corps aurait été jeté dans un coin de la ville, et après quelques jours, la police t’aurait conduite dans le bureau du médecin légiste afin d’identifier mon corps et tu aurais appris que j’avais également été violée. Le meurtrier n’aurait jamais été retrouvé puisque nous n’avons ni leur richesse ni leur pouvoir", écrit-elle.

Une dernière volonté révolutionnaire

La jeune fille implore sa mère de ne pas laisser son corps devenir poussière, mais de le léguer à la médecine. "Je ne veux pas que mes yeux ou mon jeune cœur deviennent poussière. Tu dois les supplier pour que, dès que je serai pendue, mon cœur, mes reins, mes yeux, mes os et tout ce qui peut être transplanté soit retiré de mon corps et donné à quelqu’un qui en a besoin. Je ne veux pas que le receveur connaisse mon nom, ni qu’il m’achète des fleurs ou même qu’il prie pour moi". Une volonté révolutionnaire qui s'oppose au dogmatisme religieux en Iran.

"Dans la cour de Dieu, j’accuserai les inspecteurs, j’accuserai l’inspecteur Shamlou, j’accuserai le juge, et les juges de la Cour Suprême du pays qui m’ont tabassée quand j’étais éveillée et n’ont eu de cesse de me harceler", écrit-elle enfin. "Ma chère et tendre Sholeh, dans l’autre monde c’est toi et moi qui sommes les accusatrices et les autres qui sont les accusés. Nous verrons ce que Dieu désire. Je voulais t’embrasser jusqu’à ce que je meure".

Reyhaneh Jabbari a laissé à son pays, classé premier en nombre de pendaisons par rapport sa population totale, un manifeste féministe et profondément humain.

Lisez l'intégralité de la lettre de Rayhaneh Jabbari ici.

W. Fayoumi

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