Le mois de Ramadan met la mobilisation à l'épreuve en Algérie

Dans le contexte du Ramadan, l’ampleur de la mobilisation lors de la manifestation de ce vendredi 10 mai est un enjeu important pour les protestataires.
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Dans le contexte du Ramadan, l’ampleur de la mobilisation lors de la manifestation de ce vendredi 10 mai est un enjeu important pour les protestataires. - © RYAD KRAMDI - AFP

« Je n’irai pas manifester. La journée, je ne sors pas de chez moi. ». Abdelghani secoue la tête. En cette période de jeûne, il évite tout effort physique avant son premier repas de la journée, un peu après 19h45. En Algérie, où l’islam est religion d’Etat, le mois de Ramadan, qui a débuté lundi, est habituellement synonyme de ralentissement de l’activité économique. Dans ce contexte, l’ampleur de la mobilisation lors de la manifestation de ce vendredi 10 mai est un enjeu important pour les protestataires.

L’appel a été lancé pour l’après-midi, après la prière. « Je ne sais pas si j’irai manifester, explique Walid. Je n’ai aucune envie d’être dehors sous le soleil mais je sais que les autorités sont persuadées que nous n’allons pas nous mobiliser, et qu’elles se serviront de ça contre nous. »

« Silmiya »

Le jeune homme n’est pas seul à penser ainsi. Adel s’inquiète pour le principe de « silmiya » (pacifique) : « Les gens qui fument habituellement sont capables de s’emporter très vite ». Naouel estime pour sa part qu’il n’y a pas d’autre solution : « Les manifestations de nuit sont dangereuses, alors je manifesterai dans l’après-midi ».

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Après 11 semaines de mobilisation, les changements politiques ne sont pas aussi importants que ceux qu’espèrent les manifestants. Si Abdelaziz Bouteflika a quitté le pouvoir, Abdelkader Bensalah, l’un de ses proches, est toujours président par intérim. Nourredine Bedoui est lui à la tête du gouvernement. En parallèle, Ahmed Gaid Salah, le chef d’état-major est bel et bien devenu l’homme fort du pays.

Après les arrestations d'hommes d’affaires, le 5 mai, Said Bouteflika, le frère de l’ancien président, Athmane Tartag et Mohamed Médiène, deux anciens hauts responsables des services de renseignement, ont été auditionnés par le tribunal militaire de Blida, et placés en détention provisoire dans le cadre d’une enquête pour « atteinte à l’autorité de l’armée » et « complot contre l’autorité de l’Etat ».

« Des règlements de compte »

Jeudi 9 mai, Louisa Hanoune, la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT) a, elle aussi, été auditionnée par le tribunal militaire avant d’être incarcérée. Son parti a dénoncé dans un communiqué « un acte de criminalisation de l’action politique indépendante » et « une mesure contre le peuple algérien et sa mobilisation révolutionnaire entamée depuis le 22 février ».

Plusieurs acteurs de la société civile se sont inquiétés de cette arrestation, estimant qu’il s’agissait d’une preuve de la volonté du système politique de se maintenir. La ligue de défense des droits de l’Homme a appelé à « maintenir la mobilisation ».

« Toutes ces arrestations, j’estime que ce sont des règlements de compte, déclare Safia, jeune fonctionnaire. Nous souhaitons un vrai changement. Ce que je crains, c’est que le régime se régénère, sous une autre forme. Il faut continuer à se mobiliser, mais c’est certain : les gens sont fatigués. »

Au premier jour du ramadan, des milliers d'étudiants ont défilé pour un onzième mardi consécutif à Alger

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