Le miracle de Cività di Bagnoregio: la "ville qui meurt" revit

Cività di Bagnoregio est souvent appelée "la ville qui meurt", car cette ancienne petite ville étrusque, construite il y a plus de 2000 ans sur une colline d'argile et de tuf volcanique a perdu 25% de son territoire. Sur la place du village, le musée de la ville s'intitule d'ailleurs "Le musée géologique des glissements de terrain". Ici, c'est Giovanni Di Buduo qui explique aux visiteurs l'étrange histoire de Cività.

"Dans les années 50, raconte Giovanni, les glissements de terrains qui se sont ajoutés aux tremblements de terres des siècles précédents ont provoqué le dépeuplement progressif du village. En plus, le pont qui mène à la ville avait été détruit par les Allemands et n'a été reconstruit qu'en 1965, mais Cività n'est pas la ville qui meurt, mais la ville qui lutte pour survivre !"

Le coup de pouce de Hayao Miyazaki

Des 200 habitants qui vivaient encore à Cività dans les années soixante, ils n'en restent aujourd'hui qu'une dizaine, mais le village doit son salut au tourisme. Un véritable miracle, 30.000 touristes en 2008 ; plus d'un million et demi, en 2018 ! L'artisan de cette multiplication touristique, l'ancien maire du village et son pharmacien, Francesco Bigiotti, le premier a avoir compris le filon d'or du tourisme japonais.

"Miyazaki, un des plus grands réalisateurs de film d'animation japonais a choisi le cadre de Cività pour créer une de ses histoires. Depuis, pour les Japonais, venir ici est devenu pour eux comme réaliser un désir, un rêve." Les Japonais ont été suivis des Américains, puis des Chinois et des Russes, et les habitants ont vite compris leur fortune.

Felice, un retraité, a transformé les caves de sa maison, des grottes étrusques, en musée. Le ticket d'entrée est modeste, un euro, mais pour lui c'est un bon complément à sa retraite. "En fait, nous avions ces grottes étrusques magnifiques dans nos caves. Alors quand j'ai vu que le tourisme augmentait, je les ai nettoyées, mises en ordre et j'ai créé un petit musée pour le montrer aux gens. En plus, ici, dans le village on a aussi tourné le dernier film de Pinocchio et ma maison était celle de Gepetto", raconte le vieil homme avec orgueil.

Mais dans le village, tout le monde ne l'entend pas de cette oreille, Sandro et Bernardo assis sur le seuil de leur porte regardent passer les touristes et pensent qu'il faudrait imposer une limite. "Pour moi, cela suffit, il devrait mettre un numéro fermé ce serait beaucoup mieux, parce qu'il y aurait un respect plus grand pour le village, l'environnement, les plantes et surtout un respect du silence !"

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Au village, certains comme Sandro et Bernardo aimeraient imposer une limite au nombre de touristes. © Valérie DUPONT

Une entrée payante... qui a attiré les touristes

Mais chaque matin, les touristes reviennent toujours aussi nombreux et aucun ne recule devant le long pont qu'il faut franchir sous le soleil pour arriver devant la porte de la ville. De plus, Cività di Bagnoregio impose désormais un droit de passage : cinq euros par personne. Et c'est justement le ticket d'entrée qui a permis d'augmenter le nombre de touristes comme si le fait de payer l'avait rendue plus précieuse et désirable. C'est ce que la presse italienne appelle, le miracle de Cività.

"Le choix de faire payer un droit de passage a révolutionné la ville", explique Luca Profili, l'actuel maire de Cività. "Cet argent qui provient du ticket nous a permis d'augmenter nos rentrées tributaires et Bagnoregio est la commune d'Italie avec le moins de pression fiscale : peu à peu ces dernières années, nous avons aboli un tas de taxes communales."

Petit paradis dangereusement perché sur une colline qui s'effrite, Cività di Bagnoregio est désormais candidate à entrer au patrimoine mondial de l'Unesco.

Le bourg de Cività di Bagnoregio, dans le Latium, proposait de revivre la nativité, en décembre 2016:

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