Le massacre des Yézidis en Irak peut-il être qualifié de génocide ?

Le massacre des Yézidis en Irak peut-il être qualifié de génocide ?
Le massacre des Yézidis en Irak peut-il être qualifié de génocide ? - © DELIL SOULEIMAN - AFP

Tout récemment, la communauté yézidie a enterré ses morts dans la province du Sinjar, dans le Kurdistan irakien. Des funérailles qui ont eu lieu presque 7 ans après les massacres perpétrés à l’encontre de cette communauté par les djihadistes de l’organisation terroriste état islamique. 104 cercueils issus d’une fosse commune. Près de 80 autres sépultures du même genre sont encore à investiguer dans la vallée. A cette occasion, les voix des Yézidis s’élèvent à nouveau pour réclamer que ces massacres soient considérés par la communauté internationale comme des actes de génocide. Mais qui sont ces Yézidis ?

Les Yézidis sont les croyants d’un culte dont le calendrier remonte à 4750 avant Jésus Christ. Un culte monothéiste, le plus ancien répertorié au Moyen Orient. Une toute petite communauté que l’on évalue à 800.000 âmes sur toute la planète. Au cours de l’histoire, elle a fait l’objet de nombreuses persécutions. La dernière en date remonte au mois d’août 2014.


►►► À lire aussi : La tragédie des femmes yézidies : "J’attends que les combattants de Daesh soient traduits en justice"


Plusieurs villages de la province du Sinjar, dans le nord de l’Irak, sont pris pour cible par les djihadistes de l’organisation terroriste état islamique. Ils se livrent à une tuerie effroyable sur les Yézidis. 3000 personnes, des hommes, des femmes et des personnes âgées sont assassinés, décapitées, torturées. Les témoignages lèvent le cœur. Des femmes sont violées devant leur famille, les jeunes filles sont converties de force et promises à l’esclavage, les jeunes garçons sont également convertis et destinés à devenir des enfants soldats. Beaucoup d’entre eux demeurent encore aujourd’hui disparus. De plus, des centaines de milliers de personnes sont jetées sur les routes, partant pour l’exil, à pied dans la montagne, quelques fois sans chaussures, sans bagage non plus.

Génocide ou pas ?

Un rapport d’enquête de l’ONU ainsi que des rapports de plusieurs organisations de défense des droits humains ont reconnu ces exactions comme génocide. Pour François Dubuisson, professeur de droit international à l’université libre de Bruxelles, on peut utiliser ce terme "si on arrive à démontrer une intention de détruire le groupe yézidi ou en partie."


►►► À lire aussi : Nobel de la paix : Les Yézidis, une minorité persécutée de longue date en Irak


Le fait que l’État Islamique ne soit pas une organisation reconnue internationalement, n’empêche pas d’appliquer cette qualification de "génocide", assure le professeur : "Il s’agit d’un crime international qui doit être imputé à des individus et ces individus ne doivent pas nécessairement agir au nom d’un état reconnu. Il y a d’ailleurs le précédent du massacre de Srebrenica où Radovan Karadžić et Ratko Mladic ont été poursuivis devant le tribunal pénal international de La Haye pour l’Ex-Yougoslavie alors qu’ils étaient dirigeants d’un État non reconnu : la République serbe de Bosnie."

Selon le spécialiste, qualifier des massacres de "génocide" peut avoir de multiples conséquences : "Des peines plus graves pourraient être prononcées car les faits seraient considérés comme plus graves. Il y a aussi la dimension symbolique d’une qualification particulière."

On pourrait aussi se demander ce que les Yézidis eux-mêmes pensent de cette qualification de génocide pour les massacres qu’ils ont encore récemment dû affronter. La Belgique abrite une communauté yézidie. Quelques milliers de personnes que l’on trouve essentiellement dans la région liégeoise. La communauté y a bâti un centre culturel et là, on s’en doute, la question de la reconnaissance des massacres de Sinjar comme des actes de génocide, est largement commentée.

Suleyman Agirman, le président du centre culturel yézidi de Liège, explique : "Si vous interviewez la communauté yézidie, ils vont vous répondre que c’est le 74e génocide. Il y en a eu 73 non reconnus ou qui n’ont jamais été médiatisés pour la plupart. Celui-ci a été aussi douloureux que les autres mais il a été médiatisé. On veut d’ailleurs que ce soit le dernier."

Résolution

Le sort des Yézidis depuis août 2014 a sensibilisé de nombreuses personnes, y compris dans la sphère politique. George Dallemagne, député Cdh s’est rendu à plusieurs reprises auprès des Yézidis en Irak et en Syrie. Il porte à présent une proposition de résolution de reconnaissance par la Belgique du génocide à l’encontre des Yézidis.

Il souligne la responsabilité que donnerait une telle reconnaissance à la Belgique : "Il y a eu 500 Belges qui sont allés combattre aux côtés de l’Etat islamique. La Belgique porte une responsabilité dans ces horreurs et massacres commis là-bas et nous ne pouvons nous défausser par rapport à cette question."

La reconnaissance de l’appellation génocide est appelée des vœux de la communauté yézidie de Liège. Suleyman Agirman conclut : "Je ne vais imposer la ligne que doit défendre mon pays, la Belgique, mais je peux lui suggérer : il serait très noble que la Belgique soit l’un des premiers pays de l’Union européenne à reconnaître le génocide qui s’est produit en 2014 sur le mont Sinjar."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK