Le Mali, un enjeu "stratégique" au niveau international

Le Mali au coeur de l'actualité
Le Mali au coeur de l'actualité - © AFP

Depuis deux semaines, le Mali occupe le devant de la scène. Dans Matin Première, Françoise Baré évoque en compagnie de Philippe Hugon le contexte de cette crise, ses conséquences et l'avenir proche de la situation malienne.

Philippe Hugon est directeur de recherches à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques de Paris (IRIS). Il est aussi spécialiste de l'Afrique sub-saharienne.

Le Mali occupe l'actualité depuis deux semaines. C'est un pays démocratique dans une situation de "chaos" avec un pouvoir putschiste illégitime, rappelle l'invité de Matin Première. Étant donné que le nord de l'Azawad a été conquis par des mouvements touaregs, islamistes, proches d'Al-Qaïda, "on est dans une situation à la fois d'un pays qui traverse une crise extrêmement grave avec des possibilités de contagion de cette poudrière vers les pays voisins. Mais il se noue également des drames humanitaires". C'est un enjeu "stratégique" au niveau international, résume Philippe Hugon.

Un putsch mal maîtrisé ? "C'est au départ une mutinerie de l'armée qui s'en est pris à sa hiérarchie corrompue et inefficace contre les mouvements rebelles", rappelle-t-il. "Cette mutinerie s'est transformée en un putsch de non-gradés" qui voulaient assurer l'intégrité territoriale: force est de constater qu'à présent, "l'Azawad est sous contrôle des différents mouvements, notamment le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad)". Des mouvements incapables d'assurer l'ordre minimum, relève l'invité de Françoise Baré.

Les problèmes du Mali

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, il y a eu des retours massifs de migrants qui étaient en Libye. Des mercenaires travaillant pour le compte de Kadhafi sont aussi revenus au pays. Mais des armes lourdes sont également arrivées au Mali, dans une zone où il y a beaucoup de trafic (d'être humains, de drogues, d'armes ou de voitures). C'est dans ce contexte qu'apparaît une revendication d'indépendance de l'Azawad de la part des touaregs, "alors qu'il n'y a aucune légitimité historique", glisse Philippe Hugon.

Un autre élément de la déstabilisation du Mali, c'est évidemment les mouvements radicaux islamistes qui s'infiltrent depuis l'Algérie. "Les Salafistes venant d'Algérie se sont réfugiés largement au Mali", explique le directeur de l'IRIS. Et puis, "on a eu un développement des mouvements d'Al-Qaïda".

Cependant, Philippe Hugon tient à préciser que tous les touaregs ne sont pas salafistes, au contraire. Mais d'une part, "vous avez des jeunes désœuvrés prêts à être recrutés pour des raisons idéologiques et économiques. Donc c'est vrai qu'il y a des touaregs dans les groupes d'Aqmi". D'autre part, dans les mouvances touaregs, "il y a une mouvance particulière qui se réclame de l'islamisme, qui veut instaurer la charia, qui a pris le symbole religieux de Tombouctou (...)". Cette mouvance est directement liée à Aqmi pour des raisons mafieuses, expose l'invité de Matin Première.

Et maintenant ?

Quid de l'avenir dans la région malienne ? "Il faut à tout prix éviter les risques de somalisation du Sahel !", exhorte Philippe Hugon. "Ça, c'est l'enjeu de la communauté internationale, des Nations unies, de la CEDEAO, de l'Union africaine".

Pour cet expert, le plus probable c'est que "les mouvements touaregs du MNLA se limitent à la zone dont ils veulent l'indépendance". Selon lui, il n'y aura donc pas de descente de touaregs vers le sud du pays. "Par contre, ce qui peut se passer, c'est que les mouvements islamistes qui veulent installer la charia profitent de la situation du désordre généralisé actuel pour faire des coups, voire des prises d'otages", expose-t-il.

Une intervention militaire ?

Par rapport à une éventuelle intervention militaire, Philippe Hugon est catégorique: la France ne peut pas intervenir militairement. "Ne serait-ce que la question des otages français au Mali", explique-t-il. "L'Europe n'a pas pris position là-dessus, le Conseil de sécurité n'a pas pris de résolution. Seule la CEDEAO s'est prononcée: mais l'armée de la CEDEAO n'a jamais fait montre d'une très grande efficacité", glisse-t-il.

AdC avec François Baré

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK