Le Liban entame un confinement complet : onze jours sans sortir de chez soi

Depuis 5 heures ce jeudi matin, les Libanais sont complètement confinés.

"Complètement", cela signifie que toute la population devra rester cloîtrée 11 jours à la maison, interdite de sortie de ce 14 janvier jusqu’au 25 janvier à 5 heures du matin.

Interdiction de quitter son domicile, même pour faire de l’exercice, promener un animal domestique ou faire des courses alimentaires. Les Libanais ont donc dû faire des réserves de nourriture ces deux derniers jours, occasionnant des files devant les supermarchés ou les boulangeries.

"Il y avait des rumeurs ces derniers jours sur une possible fermeture des commerces avant l’annonce du gouvernement. Alors les gens ont commencé à paniquer : ils se sont tous rués dans les magasins pour faire des réserves pour la semaine" raconte Nour Franco-Libanaise de Beyrouth, à la RTBF.

"C’était un peu contreproductif, puisque ces files sont des clusters potentiels. Et on a vite vu des pénuries de pain et de produits essentiels, des boulangeries et les rayons vides, parce que les gens ont acheté en panique, c’était assez impressionnant".

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L’affluence dans un supermarché de Beyrouth, juste avant ce confinement strict. © Joseph Eid – AFP

L’alternative est de recourir plus tard à des livraisons, mais celles-ci ne sont pas facilement accessibles dans certaines régions.

Seuls un nombre limité de travailleurs aux fonctions dites "essentielles" sont autorisés à circuler dans les rues, donc les livreurs du secteur alimentaire et le personnel de santé.

Le couvre-feu sera complet.

Les frontières terrestres et maritimes seront fermées à tous les voyageurs pendant ces onze jours, sauf à disposer d’un visa ad hoc. Le nombre de passagers arrivant à l’aéroport de Beyrouth sera abaissé à 20% du niveau de janvier 2020.

"Plus de lits en soins intensifs"

C’est la situation dans les hôpitaux qui a mené à ces restrictions drastiques.

Le Coronavirus connaît une nouvelle flambée au Liban. Une flambée liée probablement à la souplesse des mesures durant les fêtes de fin d’année : ouverture des restaurants, des boîtes de nuit, fêtes de nouvel an, rassemblements familiaux… De nombreux Libanais ont aussi voyagé à l’étranger, ramenant les nouvelles variantes du Covid-19 sur le territoire.

Le résultat une envolée du nombre de cas détectés : 70% de cas détectés supplémentaires par rapport à la semaine précédente, quelque 6000 cas par jour à présent. Un chiffre probablement bien en dessous de la réalité, de nombreux Libanais n’ayant pas recours aux tests.

Le Liban est aujourd’hui l’un des pays où la progression du Coronavirus est la plus sévère.

Et cela se voit dans les hôpitaux de Beyrouth, explique ce jeudi la correspondante de la VRT au Liban, sur les ondes de Radio1, Daisy Mohr. "Les hôpitaux sont débordés. J’entends maintenant parler de gens très malades qui ne trouvent pas de lits dans les hôpitaux. Il n’y a plus de lits disponibles en soins intensifs. Il y a des gens qui font circuler des numéros de téléphone d’entreprises privées qui louent des respirateurs pour les utiliser à la maison."

11 jours cloîtrés, une épreuve humaine et financière

Face à cette flambée du Covid-19, les autorités libanaises ont donc opté pour ce confinement radical, pendant 11 jours. C’est une épreuve difficile pour les familles précarisées, dont la situation est déjà altérée par la crise économique qui frappe le Liban.

Tous ceux (nombreux) qui gagnent leur pain à la journée s’apprêtent à affronter 11 jours sans revenus. Et beaucoup n’avaient pas de quoi avancer l’argent de 11 jours de réserves alimentaires pour toute la famille.

"Il y a beaucoup de monde qui n’a pas les sous pour payer à l’avance autant de jours de courses. Les supermarchés pourront livrer mais ce ne sera certainement pas pour tout le monde, et ça, c’est un vrai souci."

Et Daisy Morh, sur Radio 1, souligne aussi que les familles précarisées vivent dans de petits logements, parfois à beaucoup, dans une promiscuité qui sera difficile à supporter sans sortir.

Cette préoccupation pour les habitants précarisés, Nour Franco l’exprime aussi. "Il y a un épuisement de la population, parce que le pays traverse l’une de ses pires crises économiques. Et il y a un manque de filet social pour ceux qui ne peuvent pas travailler."

Le ministre des Finances sortant, Ghazi Wazni, a déclaré lundi que le gouvernement consacrait 75 milliards de livres libanaises (environ 40 millions d’euros) aux familles durement touchées par le confinement.

Mais cette annonce suffira-t-elle ? La crise économique frappe dur et la colère gronde depuis longtemps au Liban. La situation, aujourd’hui, pourrait alourdir le ressentiment à l’égard du gouvernement.

"Il y a de la fatigue mais aussi de la rancœur envers le gouvernement qui n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment" commente Nour Franco. Un sentiment que ce confinement radical aurait pu être évité ou à tout le moins allégé. "Pendant les fêtes, toutes les mesures ont été levées ! Les bars, les boîtes ont été rouvertes. C’était prévisible qu’on en arrive à cette situation".

Face à l’ampleur de la crise que connaît le Liban, la Banque mondiale a décidé hier de débloquer 220 millions d’euros d’aide, selon des modalités qui restent encore à définir.

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