Le Kenya, futur dépotoir des Etats-Unis ?

La décharge de Dandora au Kenya (photo prise en 2009)
La décharge de Dandora au Kenya (photo prise en 2009) - © SIMON MAINA - AFP

Washington et Nairobi ont lancé des discussions en vue d’un accord commercial. Il prévoit l’exportation des déchets plastiques des Américains vers le Kenya. Depuis que la Chine n’en veut plus, les Etats-Unis cherchent de nouvelles destinations pour s’en débarrasser.

Au pays de l’Oncle Sam, les habitants consomment 16 fois plus de plastiques que la moyenne des pays pauvres. Chaque année, 500 millions de tonnes de déchets américains sont envoyés dans le monde. L’Afrique pourrait bientôt devenir leur nouvelle destination avec le Kenya comme porte d’entrée.

Depuis quelques mois, les autorités kenyanes discutent avec les Américains d’un accord commercial. Accord qui prévoirait l’envoi des déchets plastiques américains vers Nairobi. Officiellement, il s’agit d’aider le Kenya à développer une industrie du recyclage avec des milliers d’emplois à la clé. Mieux encore, ce pays d’Afrique de l’Est deviendrait à terme un hub pour envoyer ce plastique une fois recyclé vers d’autres pays du continent où la demande explose. L’accord commercial pourrait également prévoir l’accès au marché américain pour les produits kenyans. Voilà de quoi tenter Nairobi, dont l’économie s’est dangereusement fragilisée suite à la crise du coronavirus.

Une catastrophe pour l’environnement

Mais pour l’heure, le Kenya n’est pas capable d’absorber ces millions de tonnes de plastiques des Américains. La gestion des déchets est catastrophique dans le pays. L’un des symboles étant la décharge à ciel ouvert de Dandora, aux abords de la capitale Nairobi, plantée au cœur de bidonvilles. Une immense montagne de détritus qui grandit au fur et à mesure que la population urbaine augmente.

La société civile monte au créneau pour empêcher cet accord avec les Etats-Unis. Frederick Njehu est responsable de Greenpeace Afrique à Nairobi : "Le Kenya n’a absolument aucune capacité de recyclage et encore moins de stockage pour des millions de tonnes de déchets qui viendraient des Etats-Unis. De plus, seuls 7% de ces déchets peuvent être effectivement recyclés et avoir ainsi une valeur. Le reste terminera dans les décharges. C’est une menace énorme pour la vie marine, les rivières, les sols, sans parler des fumées toxiques qui s’en dégageront."

"Le Kenya sera forcé de changer ses lois environnementales"

Dans ce contexte de crise économique, il est facile pour Washington de faire plier Nairobi. C’est ce qui inquiète également Frederick Njehu : "Cet accord commercial est totalement déséquilibré. Nous négocions avec plus fort que nous. Le Kenya va devoir revoir à la baisse ses standards environnementaux au nom des investissements américains et d’un libre accès à leur marché. Par extension de cet accord, les Américains voudront à l’avenir exploiter nos ressources naturelles ce qui compromettra notre développement. Ce qui nous inquiète également c’est que le Kenya sera forcé de changer des lois." Comme celle qui interdit notamment l’importation des sacs plastiques en vigueur depuis 2017. La loi la plus sévère au monde en la matière qui prévoit une peine d’emprisonnement en cas de non-respect. Pour pouvoir accueillir le plastique des Américains, il faudra revoir ce texte, pourtant vivement salué il y a 3 ans par la communauté internationale.

Les négociations officielles n’en sont encore qu’au stade préliminaire. Elles devraient démarrer en décembre prochain. En attendant, c’est l’omerta du côté du gouvernement, mais il y a quelques mois, le président kenyan s’est dit "impatient" de conclure cet accord. L’homme quittera le pouvoir en 2022 et entend bien inscrire ce "plastic deal" à son actif. Ce serait le premier accord commercial bilatéral signé par les Etats-Unis avec un pays d’Afrique subsaharienne.

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