Le Japon va élire son sixième Premier ministre en cinq ans

(G à D) Seiji Maehara, Sumio Mabuchi, Banri Kaieda, Yoshihiko Noda et Michihiko Kano, candidats à la succession du Premier ministre Naoto Kan le 28 août 2011
(G à D) Seiji Maehara, Sumio Mabuchi, Banri Kaieda, Yoshihiko Noda et Michihiko Kano, candidats à la succession du Premier ministre Naoto Kan le 28 août 2011 - © Toru Yamanaka (AFP)

Le Japon désigne lundi son sixième Premier ministre en cinq ans, qui va hériter d'un pays lourdement endetté et traumatisé par la plus grande tragédie qu'il ait connue depuis la Deuxième guerre mondiale.

Cinq candidats sont en lice pour succéder au Premier ministre Naoto Kan, qui a démissionné la semaine dernière à l'issue de près de 15 mois de gouvernance marquée par le séisme et le tsunami géants du 11 mars, qui ont fait plus de 20.000 morts et disparus dans le nord-est et provoqué une catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima.

L'élection, qui s'annonce très serrée, va se dérouler en deux temps: lundi, les 398 parlementaires du Parti Démocrate du Japon (PDJ) vont désigner leur nouveau président, qui sera ensuite élu Premier ministre, probablement le lendemain, par le Parlement où le PDJ contrôle la toute-puissante Chambre des députés.

Tombé au plus bas dans les sondages, Naoto Kan, 64 ans, a jeté l'éponge vendredi, éreinté par les critiques sur sa gestion jugée calamiteuse de la catastrophe.

Son successeur n'aura pas la tâche plus facile, face à un Parlement divisé.

La reconstruction dans le Nord-Est du pays tarde à démarrer, la crise à la centrale de Fukushima n'est pas réglée et plusieurs dizaines de milliers de personnes survivent tant bien que mal dans des abris ou des préfabriqués.

La tragédie a fait replonger l'économie dans la récession, avec une dette qui atteint le double du PIB, un yen trop cher et des dépenses sociales qui explosent à cause d'une population vieillissante.

Cinq candidats pour un poste

Deux candidats se détachent du lot: le ministre de l'Economie, du Commerce et de l'Industrie (Meti), Banri Kaieda, 62 ans, soutenu par la faction la plus importante du PDJ, et l'ancien ministre des Affaires étrangères, Seiji Maehara, 49 ans, le favori des sondages de popularité.

Les trois autres candidats sont le ministre des Finances, Yoshihiko Noda, 54 ans, celui de l'Agriculture, Michihiko Kano, 69 ans, et un ancien ministre des Transports, Sumio Mabuchi, 51 ans.

L'homme fort du parti, Ichiro Ozawa, 69 ans, qui dirige la faction la plus importante, avec 120 à 130 parlementaires, et son allié, l'ex-Premier ministre Yukio Hatoyama, crédité d'une quarantaire d'élus, ont accordé leur soutien à Banri Kaieda, le propulsant en position de favori.

Contrairement au Premier ministre sortant qui s'est prononcé pour un abandon du nucléaire, Banri Kaieda est lui partisan d'un redémarrage des réacteurs nucléaires, afin de répondre à la demande énergétique.

Economiste réputé, prônant le libre-échange et l'ouverture du marché nippon, il jouit d'une bonne image en Chine où il s'est rendu plus d'une centaine de fois.

Seiji Maehara, qui pourrait devenir, s'il est élu, le plus jeune Premier ministre japonais depuis la Deuxième guerre mondiale, réclame lui l'arrêt de la construction de centrales nucléaires au Japon.

Partisan de la fermeté à l'égard du puissant voisin chinois, il est opposé à toute hausse des impôts susceptible selon lui de stopper la timide reprise économique.

Mais la valse des Premiers ministres nuit à l'image du Japon.

L'agence de notation financière Moody's a reconnu que l'instabilité politique avait pesé dans sa décision d'abaisser d'un cran à Aa3 la note de la dette à long terme du Japon.

Elle fait également bondir les survivants de la tragédie du 11 mars qui s'estiment oubliés par le microcosme tokyoïte.

AFP
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